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Transition énergétique citoyenne

 

La transition énergétique recouvre un ensemble de modifications structurelles pour passer de l’utilisation de ressources énergétiques non renouvelables à des ressources renouvelables dans notre production et notre consommation : industrie, transports, éclairage et chauffage… La transition énergétique citoyenne est faite « avec des citoyens qui se réapproprient la gestion de l’énergie, de sa production à sa consommation en passant par sa maîtrise, dans un esprit d’intérêt général. » Depuis 2015, le Labo de l’ESS analyse les leviers de la participation citoyenne dans cette transformation de modèle à partir des expériences des acteurs de l’ESS qui apportent aujourd’hui des réponses par leurs valeurs, dont notamment la gouvernance démocratique et l’ancrage territorial.

La transition énergétique s’appuie sur trois piliers : la réduction de la consommation d’énergie par la sobriété, l’amélioration de l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables et durables [1].

« La transition énergétique n’est pas seulement une réponse aux impasses écologique et économique du modèle actuel : touchant à l’énergie, le carburant de nos sociétés contemporaines, elle va impacter en profondeur l’ensemble de nos modèles socio-économiques. Se pose alors une question de choix de société. Dans quelle direction souhaitons-nous aller : une adaptation du modèle actuel (avec une décentralisation et une simple redistribution des cartes) sans remise en cause de la gouvernance Gouvernance Définition et de la hiérarchie des acteurs ; ou une transition vers un modèle remettant l’homme et le citoyen au centre du système, vers une démocratie économique, avec la finance comme moyen et non plus comme finalité et pouvoir ultimes ? »

Extrait de Pour une transition énergétique citoyenne, le Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement

La production d’énergies renouvelables citoyenne

Le Labo de l’ESS s’intéresse en particulier à deux des piliers de la transition énergétique, en ce qu’ils peuvent et doivent associer les citoyens pour réussir : la production d’énergie et la sobriété énergétique. La publication Pour une transition énergétique citoyenne de 2015 expose ainsi les leviers d’une production énergétique renouvelable et coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. . Les exemples se multiplient partout en France de citoyens qui se réunissent pour produire les énergies dont ils ont besoin. Ils fondent des coopératives, associent la collectivité à leur projet et se financent par le financement participatif. Se faisant, ils créent leurs propres emplois et bénéficient directement d’énergies renouvelables produites sur le territoire à coût réduit. Ce modèle décentralisé permet une maîtrise par les territoires de la production d’énergie et redonne du pouvoir d’agir aux citoyens, qui deviennent acteurs et plus seulement consommateurs, donnant corps à une certaine démocratie économique. Il permet de lever de l’épargne locale et de la mobiliser sur des projets locaux, forme de circuit court de financement et de gestion de l’épargne ; par l’investissement - non seulement financier - des habitants, dans un lien fort avec les collectivités locales, il suscite de nouvelles formes de cohésion sociale territoriale, orientées vers l’intérêt général. Enfin, ce type de projet crée une réelle sensibilisation à la sobriété et aux économies d’énergie qui se traduit par une réduction des consommations.

Le groupe de travail « Transition énergétique citoyenne » s’est réuni en 2015 afin de construire ses préconisations pour appuyer ce modèle et le faire changer d’échelle au niveau du territoire français. Ces préconisations peuvent être consultées dans la publication Pour une transition énergétique citoyenne et recouvrent les aspects réglementaires, financiers, d’accompagnement des projets émergents et d’inscription dans les dynamiques internationales. Elles indiquent également des pistes de mobilisation des acteurs de l’ESS en faveur de la transition énergétique citoyenne.

Pour promouvoir les réflexions et propositions autour de ces enjeux, un collectif d’acteurs s’est constitué : le Collectif pour l’énergie citoyenne, qui regroupent le CLER, le CNCRESS, Enercoop, Energie partagée, Energy Cities, ESS France, France Nature Environnement, la Fondation pour la Nature et l’Homme, le Labo de l’ESS, le Réseau Action Climat (RAC), WWF et 4D.

Depuis janvier 2018, un dispositif d’appui financier aux énergies renouvelables citoyennes a été lancé au Ministère de la transition écologique et solidaire avec l’ADEME, la Caisse des Dépôts, le Crédit Coopératif, l’Ircantec et Energie partagée. Il permet de mutualiser les risques et soutenir le financement des projets dans leur phase de développement, ce qui va dans le sens de la quatrième proposition portée par la publication Pour une transition énergétique citoyenne.

La sobriété énergétique

Des trois piliers de la transition énergétique, la sobriété est sans doute celui qui est le moins étudié. « Au contraire de l’efficacité énergétique qui intervient pour améliorer la technologie sans bousculer nos habitudes, la sobriété demande d’adapter nos comportements, voire de les remettre en cause. C’est moins évident. Cela demande un changement dans nos modes de vie beaucoup plus profond », explique Patrick Behm, responsable du groupe de travail au Labo de l’ESS. « Avec la sobriété énergétique, il s’agit de passer du modèle où la surabondance de consommation est prônée à un modèle où l’éthique deviendrait le moteur de notre développement. Pas étonnant que la sobriété peine à trouver son modèle économique au sens classique du terme ! », ajoute-t-il.

Et pourtant, les enjeux de la sobriété énergétique sont essentiels car ils conditionnent la réussite de la transition énergétique. « Plusieurs études [2] montrent par exemple que l’efficacité énergétique ne diminue généralement pas la consommation, car l’énergie gagnée d’un côté est rapidement perdue par l’émergence de nouveaux usages, c’est ce qu’on appelle l’effet rebond », indique Patrick Behm. Les réflexions du groupe de travail qui se réunit en 2017 et 2018 portent donc sur les leviers d’un changement structurel de nos comportements, en analysant le rôle des citoyens mais aussi celui des collectivités et celui des industriels dans cette transformation. Leur analyse porte par exemple sur des dispositifs encore peu présents en France et qui permettent la mutualisation matérielle au niveau ultralocal : laveries collectives au sein des immeubles, bricothèques de quartier, partage de services…

Le 29 octobre 2018, le groupe de travail proposera une restitution de ses réflexions dans le cadre de l’événement public "Transition énergétique citoyenne : quelle place pour la sobriété ?" au Cedias (Paris 7e).

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