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ESS et création de valeur

 

L’étude « ESS et création de valeur. Vers une nouvelle approche de l’impact social. Une approche prospective de la mesure d’impact » est co-pilotée par le Labo de l’ESS, l’Avise et la Fonda. La première phase, portée par l’Avise, a permis de dégager les caractéristiques, les avantages et les limites des démarches de mesure d’impact existantes. La deuxième phase, coordonnée par la Fonda, propos une analyse des formes émergentes de création de valeur sociale à travers la « transformation des chaînes de valeur ». En juin 2019, le Labo de l’ESS publie la troisième et dernière phase de cette étude. Appuyée sur les deux précédents rapports, ce travail a permis d’aboutir à un processus pédagogique construit autour de sept pré-requis et dont l’objectif est de faciliter et encourager des démarches continues et progressives d’évaluation d’impact. Souvent jugée contraignante et complexe à mettre en œuvre cette phase a pour ambition de démontrer que la mesure d’impact social est avant tout bénéfique et au service des entités.

Première phase : Impact social et notion de valeur

Reprenant la définition de l’évaluation de l’impact social donnée par le Conseil supérieur de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
, la première publication issue de l’étude, « La mesure de l’impact social : caractéristiques, avantages et limites des démarches existantes », présente l’impact social sous la forme d’une « chaîne d’analyse de valeur ». Elle précise que l’évaluation doit également prendre en compte les interactions avec l’environnement externe et les dynamiques rétroactives, non représentées dans le schéma linéaire de la chaîne d’analyse de valeur ; par ailleurs, le mode d’action et de fonctionnement doivent également être pris en compte, pour rendre compte des spécificités des acteurs de l’ESS.

Cette première analyse fait apparaître la notion centrale de « valeur », et plus précisément de « valeur sociale », qui est multidimensionnelle et à ce titre ne peut être appréhendée qu’à partir d’une « situation de valorisation ». La situation de valorisation est une négociation : la valeur de l’action de la structure ne peut être objectivée que dans un accord entre la valeur constatée par les bénéficiaires, les apports et leurs conséquences observés par les partenaires et la contribution que la structure estime apporter à l’écosystème territorial. La valeur sociale s’inscrit donc dans un système complexe, prenant en compte l’ensemble des parties prenantes et l’évolution dans le temps, et dont la situation de valorisation peut être analysée comme « chaîne de valeur étendue », c’est-à-dire partagée par les acteurs.

Deuxième phase : Transformation des chaînes de valeur

Dans la deuxième publication issue de l’étude, « Vers une approche de l’impact social », la notion centrale est celle de la « chaîne de valeur étendue », qui rend compte de la complexité d’une situation de valorisation partagée entre les diverses parties prenantes de l’action.
La création de valeur est analysée à partir de quatre caractéristiques :

  • La re-création de la valeur : il s’agit d’identifier les sources de valeur « dormantes ». En s’appuyant sur les sources de valeur inexploitées d’un territoire (à la manière de l’économie circulaire économie circulaire Définition qui cherche à valoriser les « rejets »), cette approche permet une vision plus systémique : la chaîne de valeur est « étendue » par cette vision globale.
  • La co-construction : il est question d’une création de valeur qui n’est jamais générée par un acteur seul, mais par une coopération d’acteurs. La chaîne de valeur est étendue aux parties prenantes et la valeur du projet repose sur la complémentarité des actions menées qui concourent à l’amélioration de l’ensemble de l’écosystème territorial.
  • La convention : créée en chaîne, la valeur se partage au long de celle-ci. La chaîne de valeur est partagée entre les différents acteurs, dans un partage équitable et à travers une reconnaissance commune de la convention de valeur.
  • L’investissement dans la création de valeur : l’investissement social ne doit pas être compris comme simple valorisation monétariste, mais au contraire étendre les enjeux de la chaîne de valeur de façon extramonétaire.

La particularité de la chaine de valeur du projet social est qu’elle ne génère par une marge mais régénère les ressources du bien commun : infrastructures publiques, bénévolat, ressources environnementales, codes sources, connaissances et expériences mises en commun… Autant de valeur commune à laquelle a contribué l’ensemble des acteurs de la chaîne.

Cette approche analytique a pour vocation d’être transformée en outil opérationnel qui puisse permettre une expérimentation sur le terrain.

Troisième phase : Pistes d’action pour renouveler la mesure d’impact social

La troisième phase de l’étude, portée par le Labo de l’ESS lancée en 2018 a abouti à la publication d’un rapport en juin 2019. Appuyée sur les deux précédents rapports, cette troisième phase a permis de déboucher sur un processus pédagogique construit autour de sept pré-requis dont l’objectif est de faciliter et encourager des démarches continues et progressives d’évaluation d’impact. Souvent jugée contraignante et complexe à mettre en œuvre, ce rapport a pour ambition de démontrer que la mesure d’impact social est avant tout bénéfique et au service des entités.

Les 7 pré-requis présentés dans la phase 3 :

1. La démarche d’évaluation doit être perçue comme accessible et utile
Une mesure de l’impact social ou une évaluation est un outil de professionnalisation, de gestion et de compréhension des activités et projets d’une organisation. Au-delà de rendre des comptes, notamment sur les ressources utilisées, elle est avant tout au service de l’entité et du collectif.

2. Elle inscrit le projet dans un écosystème territorial
La notion d’impact social s’évalue prioritairement dans l’écosystème et le territoire dans lesquels les actions sont menées. Cette approche permet d’inscrire les actions face aux besoins et apports des parties prenantes bénéficiaires et contributrices et face aux besoins et apports du territoire. Engager une évaluation dite globale permet d’évaluer la création ou l’opportunité de création de valeur économique et sociale.

3. Les parties prenantes bénéficiaires et contributrices sont associées au moment opportun à la démarche d’évaluation d’une entité
La mise en place d’une évaluation gagne à être co-construite avec les parties prenantes de l’écosystème concerné. Associées à la gouvernance Gouvernance Définition et au pilotage des projets, elles constituent un socle commun facilitant la construction d’un processus d’évaluation partagé.

4. La démarche d’évaluation est inhérente et partie intégrante de la stratégie et du pilotage de l’entité, dès sa création

Prévoir un cadre d’évaluation dès le démarrage d’une activité ou d’un projet permet d’anticiper la démarche de l’évaluation13 de bout en bout, mais surtout participe à l’apprentissage, à l’innovation et à l’orientation des efforts. L’équipe dirigeante d’une entité peut ainsi développer une culture pérenne de l’évaluation au service de son projet. Cette évaluation peut ainsi de rester ouverte et de ne pas s’enfermer dans un cadre avec un reportage d’indicateurs calibrés.

5. Elle prend en compte l’ensemble des effets positifs et négatifs induits des actions de l’entité
La mesure d’impact cherche à identifier l’ensemble des effets induits des actions auprès des bénéficiaires et à permettre à l’entité d’ajuster ses actions en conséquence. L’organisation cherchera à maximiser les effets positifs et à minimiser les effets négatifs détectés.

6. Elle s’inscrit dans le temps
La démarche de mesure d’impact est un processus inscrit sur le long terme. Elle demande tout d’abord un temps d’acculturation, de préparation et de construction progressive et ne peut se restreindre à un exercice ponctuel. Par ailleurs, le délai entre la mise en oeuvre effective d’actions et l’observation de leurs impacts peut être relativement éloigné dans le temps. Cette problématique de temporalité est donc centrale dans la gestion d’une démarche d’évaluation.

7. Elle peut renforcer le pouvoir de négociation et faciliter la mise en oeuvre d’actions créatrices de valeur
Une entité forte du constat de la création de valeur qu’elle génère dispose ainsi d’arguments pour dialoguer avec ses parties prenantes et peut notamment consolider sa place et son rôle. Elle pourra aussi dialoguer avec les financeurs parties prenantes de façon plus précise sur les besoins et les actions à financer pour renforcer positivement ses impacts. La démarche de mesure d’impact permet de clarifier les ambitions et générer de la confiance entre les parties prenantes et l’entité.

Ces sept prérequis constituent le fil rouge de la construction de notre réflexion. Ils représentent des pistes à destination des entités souhaitant procéder à l’exercice de la mesure de leurs impacts et peuvent être utilisés comme des étapes à suivre pour l’élaboration d’un « Cadre dynamique de la mesure d’impact ».13

Aller plus loin :

Images : Chaîne d’analyse de valeur issue du Rapport « Mesure d’impact social : caractéristiques, avantages et limites des démarches existantes » ; Chaîne de valeur sociale issue du Rapport « Vers une nouvelle approche de l’impact social »

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