Le Labo de l’ESS est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

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1ère ProspectivESS : "Economie collaborative & ESS : je t’aime, moi non plus ?"

Impression ForumPublié le 19 avril 2016 

Le mardi 29 mars 2016, le Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
conviait des experts de l’ESS et de l’économie collaborative lors de sa première soirée de prospectives sur l’ESS. Un moment d’échange privilégié, baptisé ProspectivESS, a pour but de dégager des propositions afin de permettre l’essor de l’ESS dans l’économie collaborative. Ces propositions seront rendues publiques et débattues avec un plus grand nombre d’acteurs.

L’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
ne peut passer à côté de l’essor phénoménal de l’économie collaborative, pionnière de ce mouvement encore neuf, à définir et à encadrer. « Je t’aime, moi non plus », le thème de la soirée que le Labo a organisé le 29 mars, posait par ailleurs le décor d’une relation ambiguë entre deux mouvances économiques qui se recoupent parfois et partagent une terminologie proche, mais dont les objectifs peuvent diverger.

Tandis que l’ESS centre son action sur le partage de la valeur, de la gouvernance Gouvernance Définition et sur l’équité, l’économie collaborative est plus souvent vue comme une mouvance économique qui fournit une alternative à un modèle de consommation à bout de souffle. Les têtes d’affiche de l’économie collaborative font l’objet de nombreuses controverses.

Dans un récent rapport commandé par le premier ministre, Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, dégage 19 propositions pour notamment promouvoir des territoires collaboratifs expérimentaux, penser une protection sociale ou encore garantir la transparence des plateformes collaboratives.

Des propositions qui intéressent particulièrement le Labo de l’ESS, en lien avec ses chantiers, notamment les Circuits Courts Economiques Solidaires (CCES) et la charte formalisée par le Labo qui pourrait encadrer certaines pratiques.

L’intérêt de différents ministères pour ces pratiques ainsi que les racines proches avec l’ESS, appellent aujourd’hui à explorer la relation entre ces deux mouvances qui pourraient s’apporter mutuellement.

Comment mieux cerner les contours de l’économie collaborative ?

La première table ronde d’introduction intitulée « Mieux se repérer » faisait intervenir Marguerite Grandjean de Ouishare, Julien Cantoni de la P2P Foundation et Laure Wagner de BlaBlaCar.
Les principes de désintermédiation, de transformation sociale, de partage de la valeur créée, de gouvernance ou encore de la définition du modèle d’économie collaborative et de son utilité, remise en question par un récent article sur le site de Ouishare, ont été abordés.

Laure Wagner a notamment été interrogée par Hugues Sibille, président du Labo de l’ESS et animateur des débats, sur la désintermédiation que permet l’économie collaborative ; la plateforme développée par BlaBlaCar étant un intermédiaire qui prélève 20% des transactions. Si cette captation de valeur est essentielle pour la viabilité du modèle économique de l’entreprise, le fait que les usagers ne soient pas considérés comme des « travailleurs » en tant que tel ou des parties prenantes de l’entreprise, a été soulevé ensuite, lors des groupes de travail.

Marguerite Grandjean de Ouishare a par ailleurs réagi à la question de la définition des contours de l’économie collaborative en mettant en garde sur le fait que le concept recouvre de trop nombreuses réalités pour que l’on puisse le délimiter trop fermement, au risque de l’enfermer. L’usage du numérique, à titre d’exemple, ne parait pas suffisant pour définir l’économie collaborative, en témoignent les Amaps ou encore les crèches collaboratives.

Enfin, le terme de collaboratif en lui-même suscite de fortes attentes dans les principes de l’horizontalité, ou dans l’idée de l’entreprise libérée (entreprises où les managers sont au service des collaborateurs et non l’inverse). Cependant, les problématiques de gouvernance varient selon les entreprises. Exemples : une coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. de producteurs et une coopérative de consommateurs n’ont pas les mêmes organisations et les attentes de leurs parties prenantes sont différentes ; une mutuelle Mutuelle Définition n’a pas le même rapport avec ses sociétaires qu’un acteur comme AirBnB qui fonctionne sur le mode pair à pair ; la ruche qui dit oui entretient encore un autre type de relation avec ses parties prenantes, etc.

Pour répondre à cette question : Julien Cantoni de la P2P fundation qui a participé à la rédaction des critères définis par la Platform cooperativism. Ces derniers pourraient permettre aux plateformes de l’économie collaborative de se rapprocher d’une gouvernance de type coopérative. Notamment, le partage de la valeur créée entre usagers (des libraires gagneraient ainsi des points convertibles en fonction de leurs contributions – avis, coup de cœur – dans le cas d’une plateforme concurrente d’Amazon). Suite à cette rencontre, Julien Cantoni a rejoint un groupe de travail initié par la confédération Confédération Une confédération est un groupement de fédérations. générale des Scop SCOP Société coopérative et participative sur le sujet.

Les groupes de travail qui ont suivi ces tables rondes ont permis de dégager d’autres pistes d’action ou des questions à approfondir : délimiter le périmètre de l’économie collaborative plutôt que de chercher à définir le concept, axer ce périmètre sur le principe de désintermédiation, réviser le cadre juridique du travail, de l’emploi et les dérives qui peuvent en découler (articulation entre travail, entrepreneuriat, collaboration), approfondir encore les questions de gouvernance et de partage de la valeur créée, etc. Les participants se sont également posé la question d’une appropriation par l’ESS des vertus du collaboratif tout en y injectant une partie de ses valeurs (voir la tribune de Daniel Kaplan).

Quelle place pour l’ESS dans le monde collaboratif ?

Avec une deuxième table ronde, Josepha Lerest, de la Maïf, Denis Pansu de la Fing et Marc-David Choukroun de La Ruche qui dit oui ont ainsi ouvert les débats sur la place de l’ESS dans le monde collaboratif.

Auteur d’une tribune qui rejette le modèle coopératif, Marc-David Choukroun pose des questions stratégiques pour envisager de lever des freins à l’essor du modèle de l’ESS dans ce courant.

Les plateformes collaboratives sont en effet gourmandes en financement. Elles ont besoin d’une forte capitalisation à leur démarrage mais également pour la maintenance de leur plateforme et l’entretien de leur communauté. La prise de décision doit être rapide. Des notions qui semblent échapper aux financeurs de l’économie sociale solidaire (qui connaissent encore des difficultés de réactivité en matière de levée de fonds notamment).

Par ailleurs, au-delà d’un million d’Euros, la France ne semble pas offrir une offre satisfaisante. BlaBlaCar a ainsi été contraint de chercher des financeurs étrangers pour le développement de sa plateforme.

La Maïf qui a créé un fond d’investissement de plus de 100 millions d’euros dédié à l’économie collaborative et qui investit d’ores et déjà dans plusieurs start-ups, financera les plateformes émanant de l’ESS.

Pour Josepha Lerest, la double expérience de la Maif dans l’ESS et l’économie collaborative lui permettra d’accompagner au mieux ces acteurs, en fonction de leurs spécificités.

L’ensemble de ces sujets sera repris par le Labo de l’ESS dans une publication à venir ; point de départ pour le développement de l’ESS dans l’économie collaborative.

Commentaires

  • Je vous cite : "Les participants se sont également posé la question d’une appropriation par l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
    Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
    des vertus du collaboratif tout en y injectant une partie de ses valeurs"
    Mais n’est-ce pas l’inverse qui devrait être mis en œuvre ? Aujourd’hui l’économie collaborative est réduite à sa portion congrue dans l’inconscient collectif. De mettre les AMAP AMAP Association pour le maintien d’une agriculture paysanne , un BlablaCar et un airbnb sous le même vocable d’économie collaborative m’agace particulièrement. Le numérique a permis la naissance de mastodontes – issus du modèle de la Silicon Valley – et la plupart de ces grandes plateformes de désintermédiation, dites "collaboratives" ne le sont que de nom. Qu’elle est la valeur sociale ou de partage d’un Airbnb, Uber ou BlablaCar ? Les chauffeurs d’Uber sont dépendants de la plateforme pour travailler sans avoir accès aux données, ce bien commun qu’est l’algorithme, puisque dans le cas d’Uber c’est là que ce situe la vrai richesse captée par l’entreprise. Les profits ne sont pas redistribués mais vont aux actionnaires de la Silicon Valley. Elles reposent toutes sur un modèle capitaliste et ne portent aucune des valeurs portées par l’ESS. Oui l’’économie collaborative a besoin d’être définie. C’est le modèle économique sous-jacent qui est déterminant et le type de gouvernance Gouvernance Définition . Lorsqu’on regarde le type de d’organisation sous cet angle là, il devient aisé de la définir comme acteur de l’économie collaborative ou pas (surtout à la lecture de la définition que vous en faites dans votre glossaire). L’économie collaborative est devenu un grand fourre tout et il est urgent d’en redessiner les contours. L’ESS pourrait apporter du sens à de nombreux acteurs de l’économie dite collaborative. Oui l’ESS a un rôle à jouer pour faire émerger d’autres formes de systèmes numériques que ces sempiternelles plateformes de mise en relation dont beaucoup proposent la même chose : plus efficient, plus rapide, moins cher.
    Il serait regrettable de voir l’économie collaborative et l’ESS comme une sorte de système binaire où il serait nécessaire de jeter des ponts entre les deux. Que l’ESS ait sans doute besoin de se "moderniser" je le conçois mais il ne faut pas que ce soit au détriment de ses valeurs fondatrices. Je m’aperçois surtout après la lecture de cet article que le secteur de l’ESS est en pleine réflexion. Pourtant l’ESS, oserais-je dire a le vent en poupe dans une société de plus en plus en quête de sens et c’est tant mieux.

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