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La finance participative : une révolution, y compris pour l’économie sociale et solidaire ?

Impression ForumPublié le 8 octobre 2013 

Dans 3-4 ans les modes de financements des entreprises, des associations, du développement territorial, des projets de façon générale seront sans doute très différents de ce qu’ils sont aujourd’hui. Cette transformation concernera également les épargnants, leurs comportements, leurs niveaux de responsabilité dans la société et leur culture financière.

La finance participative Finance participative Définition est un mode de financement dans lequel l’épargnant choisit lui-même la destination finale, le projet ou l’entreprise qui va recevoir son argent, que ce soit sous la forme de don (souvent avec contrepartie), de prêt ou de capital. Les nombreuses plateformes internet spécialisées qui organisent ces mises en relations permettent que chacun des projets puisse être financé par la foule (c’est le sens du terme anglo-saxon « crowdfunding Crowdfunding Littéralement, signifie "Financement par la foule" ; traduit en français par "finance participative".  »).

Les montants déjà levés, leur rythme de croissance et les enjeux économiques et sociaux de ce mode de financement font que le terme de « révolution financière » apparaît adapté. Aux Etats-Unis, plusieurs milliards de $ sont concernés, et ce total double chaque année, comme dans l’ensemble des pays développés. En France, une totalisation partielle aboutissait en 2012 à 25 M€, 17 500 projets et 300 000 épargnants, niveaux déjà dépassés au seul premier semestre 2013 avec respectivement 33 M€, 24 000 projets et 500 000 épargnants.

Deux facteurs principaux et durables sous tendent cette dynamique. D’une part la qualité des solutions techniques numériques qui permettent un accès inédit et peu coûteux à l’information et, d’autre part (et surtout), les aspirations de nos contemporains : circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts , goût pour l’autonomie et l’entrepreneuriat, souhait de participer à des projets porteurs de sens et de passion, etc., le tout dans une époque marquée par le recul de la confiance dans les experts et les institutions financières.

Cette dynamique comporte des risques :

  • que les projets soient insuffisamment sélectionnés et accompagnés, ce que les plateformes ne peuvent assurer seules,
  • que les épargnants ne bénéficient pas des pré-requis souhaitables pour analyser certains types de projets,
  • que la part des projets à fort impact économique et sociétal (entreprises classiques ou solidaires, projets d’intérêt général) demeure faible dans le total financé ; en effet à l’origine ce sont surtout des projets à fort contenu affectif qui ont été soutenus, notamment par le don, et, actuellement, ce sont les prêts à la consommation qui progresse rapidement,
  • que le développement se trouve freiné dans notre pays par la réglementation, la difficulté à élargir les collectes au- delà des premiers cercles relationnels, et que les plateformes de notre pays ne disposent pas d’un marché intérieur suffisamment dynamique pour assurer leur croissance en France et à l’international.
  • Le sujet est particulièrement crucial dans notre pays, marqué par la concentration des responsabilités, où l’aspiration à la responsabilité, à l’entrepreneuriat, à l’initiative individuelle et collective a souvent été bridée.

Pour que la dynamique en cours contribue à faire réussir en France le changement culturel et civique attendu, il importe que l’ensemble des parties prenantes concernées (institutions, acteurs financiers et de l’appui à l’entrepreneuriat, organisations en charge du développement territorial, les épargnants, etc.) prennent en compte les conditions de bon développement de la finance participative, ses enjeux et risques sous-jacents.

La tenue à Bercy des 1ères Assises nationales consacrées à la finance participative, et l’annonce par la ministre Fleur Pellerin d’évolutions réglementaires positives (soumises à consultation jusqu’au 15 novembre), montrent que les institutions nationales sont attentives. La légitimité acquise par l’association Association Définition Financement Participatif France, qui regroupe l’essentiel des plateformes et un certain nombre d’experts et d’organisations partenaires, constitue également un facteur très positif (elle a organisé les Assises).

Il n’en demeure pas moins que l’action et l’appropriation doivent se diffuser largement et rapidement.
Il y a à cet égard des signes positifs :

  • la volonté d’échange exprimée par plusieurs grands réseaux d’appui dans le domaine de l’entrepreneuriat,
  • l’organisation de réunions territoriales de sensibilisation (le « Tour de France ») [1],
  • le lancement par la BPI BPI Banque Publique d’Investissement du portail www.tousnosprojets.fr permettant d’accéder à l’ensemble des projets présentés par les différentes plateformes (avec possibilité de trier ces projets selon divers critères),
  • le lancement ici ou là d’opérations de dynamisation territoriales grâce à la finance participative (ex du PNR de Haute Chevreuse).

Les organisations en charge de l’économie sociale et solidaire ont quant à elles longtemps privilégié les solutions de financement collectives.
L’épargnant était invité à soutenir un objectif solidaire, notamment en apportant son argent à des fonds spécialisés, mais devait laisser aux gestionnaires de ces fonds la responsabilité de sélectionner les projets à financer.

Les formes alternatives de financement devaient rester collectives :

  • le « cigalier » qui investissait à titre personnel dans un projet connu de son club Cigale n’était pas toujours bien perçu,
  • il y a quelques années, une « Bourse des financements solidaires » avait été mise en place et ses responsables avaient exclu d’emblée les apports d’investisseurs individuels.

Ces situations témoignaient sans doute d’une certaine défiance à l’égard de l’individu, et d’un crédit apporté a priori au collectif. Ces préventions n’étaient cependant pas absolues, ainsi La NEF a-t-elle très tôt permis à ses souscripteurs de connaître la liste des projets financés, ce qui, à défaut de donner à ces souscripteurs une possibilité de choix, leur offrait, en plus d’une réelle transparence, la possibilité d’un contrôle a posteriori.

La dynamique participative offre heureusement la possibilité de revisiter ces préventions. Les organisations de l’économie sociale et solidaire ont rapidement pris en compte la création de plateformes dédiées à ce domaine et l’intérêt qu’elles représentent. Ces organisations sont présentes et actives dans la fédération Fédération Définition Financement Participatif France et dans ses actions.

Cette évolution paraît aller dans le bon sens et représenter une possibilité de réaliser encore mieux le projet de l’économie sociale et solidaire.

L’accomplissement des personnes, individuel et collectif, leur meilleure connaissance et contrôle de leurs actes et de leur environnement, leur prise de responsabilité accrue, constituent sans doute à la fois un objectif et une condition de la réalisation d’une autre économie.

André Jaunay,
Vice-président de Financement Participatif France (fonctionnaire territorial, fondateur de France Angels et de Développeurs Sans Frontières)


[1si l’organisation d’une étape de ce Tour de France vous intéresse vous pouvez contacter André Jaunay à l’adresse suivante : andre.jaunay [at] club-internet.fr

Commentaires

  • Bonjour

    Je pense qu’André Jaunay prête aux promoteurs de la Bourse aux financements solidaires des intentions qu’ils n’avaient pas.

    ce n’était pas la primauté du collectif sur l’individu qui justifiait en 2000 la priorité donnée aux réseaux existants pour la construction de la bourse aux financements solidaires .

    C’était la nécessité de sélectionner et d’ACCOMPAGNER les projets sur le territoire qui nous avaient conduits à privilégier cette entrée. André le dit très bien , c’est le problème numéro UN de ces plateformes de financement participatif, c’est de ne pas bien sélectionner pas accompagner et créer des contreréférences a terme.

    En 2013 après la tornade financière et sociale provoquée par les "banksters", on peut se permettre, dans l’utilité sociale ou l’ESS ESS Économie sociale et solidaire | Présentation , quelques contre références aux yeux des épargnants et des donateurs qui ont compris que professionnalisme et grosses machines ne se confondaient pas toujours...

    En 2000 au moment ou l’économie solidaire se posait déjà ! la question du changement d’échelle, on ne pouvait pas se permettre de contre références..

    La BFS, par ailleurs, avait initié a la demande de ses adhérents dont la NEF une politique de transparence des projets soutenus que permettent désormais les nouvelles technologies encore plus aujourd’hui qu’hier.

    Il n’y avait donc aucun ostracisme vis a vis de l’individu épargnant !! comme il n’y en a pas plus dans les Cigales ou on pense que réfléchir et agir a plusieurs, c’est toujours plus intelligent que tout seul....

    MAIS, les financements participatifs aujourd’hui pas plus que la BFS hier ne produiront ce changement d’échelle si la réglementation publique n’accompagne pas ce désir d’individus plus soucieux de la destination de leur épargne.

    Au contraire de ceux qui veulent tout dérèglementer en se cachant derrière de bonnes intentions et actions (comment peut on s’opposer à la BA de Monsieur Tout le Monde a travers un financement participatif en opposant la sécurité de l’épargnant ?),

    je pense qu’il faut profiter de ce mouvement pour mieux orienter et donc REGLEMENTER l’épargne privée actuellement destinée à l’assurance vie et en grande partie aux iles caimans vers des placements certes moins rentables mais beaucoup plus efficaces pour l’intérêt général comme un livret populaire pour l’emploi ou un appel à l’épargne populaire pour financer la transition énergétique.

    La France a bien créé un livret d’épargne populaire pour le logement social.. Pourquoi ne le fait elle pas pour l’emploi et sur de grandes largeurs ?
    L’Italie a recours à l’emprunt populaire. Pourquoi la France qui est un pays à l’épargne forte aussi ne le fait elle pas au besoin en supprimant les avantages alloués à une épargne non responsable et en les allouant à une épargne consciente et utile ?. et qu’on vienne pas nous dire que l’Europe s’y oppose , ce qui serait faux...

    Ce sont ces instruments publics et eux seuls qui permettront à l’ESS de changer d’échelle et de transformer la société.

    Un épargnant conscient, une épargne utile à l’intérêt général, voila qui pourrait réconciler individu et collectif, au profit de la transformation sociale.

    • Mouais...
      Il y a quand même une question de principe, à laquelle l’Histoire nous invite à proposer une réponse prudente : réfléchit-on toujours mieux à plusieurs ?... les groupes, les partis, les défilés, les peuples, les religions, les organisations de façon générale ont-ils fait la preuve de leur discernement et de la qualité de leurs choix ? en se tournant vers le passé rien ne le démontre, le collectif ne présente pas a priori de garanties supérieures à la personne... on ne voudrait laisser à la personne, dont l’accomplissement suppose la réflexion, l’action (et, certes, les échanges et le débat), on ne voudrait donc lui laisser, au plan financier, comme c’est le cas maintenant, que les jeux de hasard (33 milliards d’euros par an, 85 millions par jour, 1000 euros en moyenne pour chacun des 30 millions de Français pratiquants réguliers), sinon, disqualifiée, livrée aux experts et "sachants" divers, ce serait bien peu libertaire, non ?
      Une des grandes questions à venir (pour le sort de la planète) c’est celle de l’accomplissement et de la responsabilité des personnes, y accède-t-on en continuant de concentrer les capacités de décision ?
      Très cordialement,
      André Jaunay

  • Bonjour,

    Prêter de l’argent avec intérêt n’est-il pas une forme de capitalisme !
    Le capitalisme est un outil diablement efficace pour l’économie sur quelques décennies. Il dissimule l’égoïsme de l’humain qui s’investit alors pour son propre intérêt, mais la situation actuelle démontre qu’à plus long terme, il est créateur d’injustice et va jusqu’à détruire l’économie qui est sa raison d’exister.

    On peut aussi regarder le fonctionnement du système financier actuel avec une banque européenne qui prête aux banques à 0,25%...
    Prêter de l’argent avec pour seul intérêt le coût de fonctionnement de l’organisme qui organise cette opération (et inciterait également l’emprunteur à rembourser sa dette) mais sans gain financier pour le "préteur" serait peut-être une voie claire et efficace.

    Bonne journée.

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