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Sharewizz, l’entraide 2.0

Impression ForumPublié le 4 décembre 2013 

Pourquoi acheter ce que vous allez utiliser ponctuellement et que vous pouvez emprunter gratuitement à côté de chez vous ? C’est la question que pose le projet Sharewizz, qui revisite le prêt et l’entraide de quartier. Cette plateforme met en relation, à l’échelle locale, des particuliers qui ont besoin de matériel pour une durée temporaire, avec des personnes qui ont ce matériel dans leurs placards ou leur garage, et qui sont d’accord pour leur prêter gratuitement. Entretien avec Benoît Renoul, fondateur du projet.

La naissance du projet

Le projet Sharewizz, entendez "share with", naît d’une situation particulière, dont son protagoniste comprend vite le potentiel. En 2011, Benoît Renoul entreprend un séjour à la montagne, mais n’a aucun matériel adapté. Pour limiter ses dépenses, il fait appel à son entourage pour savoir si quelqu’un peut lui prêter le nécessaire. Après une annonce sur les réseaux sociaux, un ami le contacte et lui propose de lui prêter tout le matériel nécessaire : partageant le même entrain pour la montagne, il lui donne aussi conseils et recommandations.
Inspiré par cette anecdote et par le site américain Couchsurfing, Benoît décide alors de créer une plateforme permettant de mutualiser gratuitement des objets entre particuliers. Elle fait intervenir trois composantes :

  • les prêteurs. Ce sont les personnes qui mettent à disposition les biens qu’ils sont enclins à prêter. Ils remplissent leur "catalogue" en ligne et indiquent leur lieu de résidence, pour en informer les personnes du même territoire. Tout type de matériel peut être partagé : pour la cuisine, le jardinage, le camping, sportif, culturel, etc.
  • Les emprunteurs. Ce sont les personnes qui recherchent un bien qu’elles ne peuvent pas acheter à cause de contraintes économiques ou qu’elles ne veulent pas acheter car elles ne l’utiliseraient qu’une seule fois. Ces emprunteurs utilisent la plateforme pour rechercher un objet et contacter le prêteur, afin de convenir d’un emprunt temporaire.
  • L’objet. C’est le lien entre les deux personnes : dans un esprit de partage, d’échange, cet objet est voué à la circulation et à la multiplication de son usage.

Les piliers de Sharewizz

Cette forme de partage s’ancre bien dans la consommation collaborative et s’approprie les trois piliers qui la composent :

  • Le pilier économique. L’aspect économique est indéniable. En se prêtant gratuitement des objets, les membres de ce réseau ne piochent pas dans leur porte-monnaie pour utiliser un bien.
  • Le pilier social. Sharewizz est un réseau social. Ses membres, outre le prêt du bien en question, peuvent échanger leurs expériences, leurs savoirs, débattre, etc. Vous empruntez un vélo de course pour profiter de la campagne environnante, votre prêteur pourra vous conseiller certaines routes. Vous prêtez un livre, n’hésitez pas à en parler quand on vous le rend. Ce transfert d’expérience autant que la pratique de la gratuité permet la création d’un nouveau lien entre particuliers. Afin de faciliter ces échanges, Sharewizz met en lien des personnes d’un même territoire.
  • Le pilier écologique. En facilitant les échanges d’objets, on en diminue la surproduction et la surconsommation.

Innover, c’est déblayer

Cette plateforme renverse certains a priori et promeut de nouvelles habitudes de consommation. Benoît Renoul le reconnaît, il est long de faire évoluer ces réflexes ! Cependant, les difficultés économiques actuelles poussent les personnes à inventer et à rechercher de nouvelles solutions de consommation, pour conserver au maximum leur niveau de vie, à moindre coût.

Mais ce modèle pourra-t-il se maintenir quand la crise économique sera derrière nous ? Le fondateur de Sharewizz défend son modèle : certes l’aspect économique constitue un attrait non négligeable, mais l’intérêt social et écologique prend une importance croissante, qui va devenir déterminante. Il croit à une évolution profonde et durable des habitudes de consommation.

Le prêt d’objets entre particuliers suscite également cette question : à quel point l’accès va-t-il prendre le pas sur la propriété ? A terme qui va posséder ces biens d’utilisation occasionnelle ? Le débat est lancé.

Aujourd’hui, sur Sharewizz, chaque membre est à la fois bénéficiaire et contributeur (lors de l’inscription, chacun doit partager au moins 1 objet) : la logique est communautaire. Et pour sécuriser les prêts entre personnes qui ne se connaissent pas, Sharewizz incite le prêteur à exiger une caution de la part de l’emprunteur. Il peut aussi demander la signature d’une convention de prêt (téléchargeable en ligne). De plus, pour instaurer la confiance entre les utilisateurs, la plateforme a mis en place un système d’évaluations afin d’assurer la réputation des membres. Après seulement 6 mois d’existence, ces garde-fous permettent d’assurer un filtre efficace : à ce jour aucun problème n’a été signalé. Et Benoît Renoul s’en réjouit : jusqu’ici, les retours d’expériences de prêts sont très positifs !

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