Le Labo de l’ESS, association reconnue d’intérêt général, est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

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Acteurs de l’ESS : ne soyez pas le cordonnier mal chaussé de l’intelligence collective

Impression ForumPublié le 18 février 2015 

La force des enjeux auxquels nous sommes tous confrontés (climat, énergie, économie, social, …) rendent impératifs d’y travailler tous ensemble. Nathalie Dupuis-Hepner, spécialiste de la transformation des organisations par l’intelligence collective, explore les ressorts d’une notion au cœur des enjeux du 21ème siècle mais également du changement d’échelle de l’économie sociale et solidaire.

Par nature, l’intelligence collective renvoie au fait de mieux travailler ensemble, pour gagner en efficacité et en inspiration grâce à la mise en connexion des idées, des connaissances et des pratiques. Elle repose sur la confiance, l’humilité et la complémentarité des talents présents dans l’entreprise. Elle porte des valeurs d’entraide et de coopération, au service du bien commun.

Dans sa sémantique même, le secteur de l’économie sociale et solidaire traduit la solidarité, l’écoute et le soin de l’autre, la création du lien social et le sens de l’intérêt général. Structurellement, il est donc tentant d’en déduire que l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
est pétrie d’intelligence collective.

Pourtant nombre d’organisations ont gommé depuis longtemps de leurs priorités cet intérêt pour le partage et l’enrichissement de ce patrimoine collectif. Un fonctionnement cloisonné s’est imposé : chaque micro-territoire protège ses savoir-faire et sa part de pouvoir. L’objectif commun ne devient-il pas virtuel, par manque de cohésion ?

Dans notre société en grande turbulence, devant l’ampleur et l’urgence des besoins sociaux, la raréfaction des ressources, la concurrence au sein même du secteur social, l’empilement des réglementations, le renouvellement démographique du secteur de l’ESS, ... il n’est plus possible d’agir seul. Aussi face à cette complexité et cette instabilité permanente la réponse viendra de l’innovation collaborative. C’est à ce prix que pourront se démultiplier des actions à fort impact social.

Connection, coopération et mutualisation sont -déjà- au cœur de nombreux modèles qui émergent de la transformation en cours : économie du partage ou collaborative, économie circulaire économie circulaire Définition , circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts , PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. … Au cœur aussi des concepts clés d’open source Open source Définition , open innovation et open data Open data ou mouvement d’ouverture des données .

La voie de l’intelligence collective s’impose, car elle seule combine trois composantes essentielles : une vision systémique des défis à résoudre, la reconnaissance de l’inspiration ouverte comme source de créativité, et la co-construction pluri-acteurs comme dynamique de transformation durable.

Une exigence et un atout pour les structures de l’ESS

L’intelligence collective n’est pas une simple méthode qu’on déroule, ni un logiciel qu’on déploie. C’est la structuration éclairée et pérenne d’éléments stratégiques, culturels organisationnels et fonctionnels, afin, dans toute organisation d’exercer autrement son métier au service de l’utilité sociale. Ce changement doit être incarné par une équipe dirigeante, qui l’inscrit dans la stratégie et les valeurs, assure l’exemplarité et partage cet état d’esprit avec tous, salariés et bénévoles.

En travaillant sur ses savoirs stratégiques, une organisation rend plus visible sa différence et sa valeur-ajoutée, consolide son projet sociétal et le plaidoyer auprès de ses financeurs, facilite aussi sa communication et les alliances avec ses partenaires.

La mise à plat des méthodes de travail et de l’interaction entre services renforce l’efficacité opérationnelle. L’objectif est de ne pas réinventer la roue, rendre visible ce que chacun sait pour gagner du temps et de l’énergie, traquer les coûts cachés et les incohérences, faire circuler rapidement les savoirs, les leçons de l’expérience et les bonnes pratiques.

En capitalisant sur ses connaissances thématiques, sectorielles ou fonctionnelles, on améliore par exemple la réponse aux appels à projet, les évaluations de mission, la gestion de la qualité et des risques. Sous l’angle des ressources humaines, on optimise l’intégration des nouveaux collaborateurs et les changements de poste (mieux faire face au turnover et aux départs à la retraite). On créée des synergies entre les équipes, on fédère les collaborateurs et on favorise aussi la motivation.

Les bénéfices sont donc multiformes. En contrepartie, pour qu’il y ait un réel effet de levier, il faut accepter des changements de méthode qui bousculent, se remettre en cause et se transformer, à tous les niveaux d’une organisation.

Il sera vain de se mobiliser pour la mesure de l’impact social, sans se préoccuper en miroir de l’évaluation de l’efficacité collective interne, car elles sont indissociables. La capacité à partager des réservoirs stratégiques de connaissances (intra et inter-réseaux) sera un élément déterminant de l’accélération et du changement d’échelle.

Pour être des acteurs incontournables de cette transition économique inédite, les acteurs de l’ESS devront probablement mettre en open-source les plans et les méthodes de construction de ce futur meilleur. Accepter une démarche structurée d’intelligence collective : une mise à l’épreuve et un révélateur de l’authenticité des acteurs de l’ESS au service de l’intérêt général ?

Nathalie Dupuis-Hepner
Spécialiste de la transformation des organisations par l’intelligence collective. Chief Knowledge Officer pendant 15 ans chez EY (Ernst & Young), elle y a dirigé les équipes en charge de la gestion des connaissances. Passionnée par les défis des mutations économique, sociale et environnementale et les enjeux de l’innovation sociale, elle créée sa propre structure de conseil et se définit comme un catalyseur de transformation durable. Elle est membre du réseau de consultants Les Company Doctors. Lire ses chroniques régulières dans le journal Les Echos.

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