Construire un « référentiel métier » de l’entrepreneur social et solidaire

Les notions « d’entrepreneuriat », « d’entreprise » et « d’entrepreneur » ont fortement progressé ces dernières années au sein de l’ESS (sans faire pour autant consensus). En témoigne par exemple l’émergence récente du concept « d’entreprise associative » au sein des pouvoirs publics (rapport Langlais, rapport Morange) comme au sein du mouvement associatif (CPCA), pour des raisons à la fois défensives (se professionnaliser pour faire face au désengagement de l’Etat) et offensives (montrer qu’une autre entreprise est possible, être reconnu comme acteur économique à part entière).

La nouvelle définition de la Commission européenne (2003) : « est considérée comme entreprise toute entité, indépendamment de sa forme juridique, exerçant une activité économique. Sont notamment considérées comme telles les entités exerçant une activité artisanale ou d’autres activités à titre individuel ou familial, les sociétés de personnes ou les associations qui exercent régulièrement une activité économique » recoupe d’ailleurs l’écrasante majorité des structures de l’ESS.

La vision de l’entrepreneur dans l’ESS n’est pas stabilisée, elle se caractérise par différentes tensions. Ces tensions dessinent un large spectre de points de vue et de pratiques, qu’il importe de formaliser et structurer davantage, dans le cadre d’un référentiel métier de l’entrepreneur social et solidaire.

Un tel référentiel permettrait de mieux caractériser ses spécificités, dans sa relation aux administrateurs, aux salariés, aux autres parties prenantes ; sa pratique particulière du leadership et des fonctions managériales et commerciales ; sa gestion financière originale liée à l’hybridation des ressources.

4 réponses to “Construire un « référentiel métier » de l’entrepreneur social et solidaire”

  1. D. NGUYEN dit :

    Pourquoi vouloir tant différencier entrepreneuriat social et entrepreneuriat « normal » ?

    1/ Les valeurs
    Lisez les études faites sur les motivations des entrepreneurs « normaux ». Vous serez peut être surpris.

    2/ les relations …
    La prise en compte des parties prenantes est depuis longtemps intégrée aux reflexions et formations des entrepreneurs « normaux »

    Ensuite il y a confusion, il y a un ou plusieurs entrepreneurs à l’origine de chaque entreprise, il n’y a pas forcement un entrepreneur à la tête de chaque entreprise.

    Ceux que vous appelez entrepreneurs sociaux me semblent très proches dans leur fonctionnement des managers, nommés par des actionnaires ou par l’Etat à la tête de grandes entreprises. Ils ou elles ont à intégrer des tensions provenant de contradictions entre les intérêts des différentes parties prenantes : clients, actionnaires, salariés, opinion publique… Quant à l’hybridation des ressources, allez donc demander à un fabriquant d’armes (pour prendre un exemple volontairement éloigné de l’ESS) s’il n’est pas très dépendant de financements publics ….
    Toutes ces personnes ( grand patron comme directeur d’association ou autres) fondamentalement ne sont pas des entrepreneurs mais des gestionnaires. Ils sont d’ailleurs salariés donc liés par un lien de subordination.

    Il faudrait reprendre la réflexion sur ce qu’est réellement un entrepreneur, ce qui l’anime, sa façon de fonctionner (beaupoup de travaux ont été conduits sur le sujet même si la recherche française a quelques années de retard sur la question) et l’on s’apercevrait peut être qu’il n’y a pas besoin de construire un référentiel métier qui existe déjà. Par contre il est possible que la question à se poser soit plutôt : quelle place pour un entrepreneur dans l’ESS ? Ou l’entrepreneuriat peut il être collectif ?

  2. Béatrice V. dit :

    J’aime beaucoup votre vision des choses, Monsieur Nguyen, en effet, il ne suffit pas d’avoir des ressources hybrides provenant de la vente de produits et services et de subventions de l’Etat pour être jugé « entrepreneur social » et votre exemple sur la vente d’arme est assez parlante.

    Par ailleurs, il n’y a en effet pas une si grande différence entre entrepreneur sociaux et entrepreneur normaux puisque moi même, alors que mon entreprise ne répond pas aux critères de l’économie sociale : je n’ai pas les statuts de SCOP, ni de mutuelles, mais je suis une SARL, je me sens être pourtant « entrepreneur social ».

    La question à se poser est plutôt celle de la transformation de la figure de l’entrepreneur aujourd’hui » qui ne doit plus être repésenter en opposition avec le salariat du type patronat/salariat, mais bien comme un acteur de l’entreprise qui permet la création d’emplois, et essaye de faire en sorte que ses salariés se sentent le mieux possible dans l’entreprise. On stigmatise trop souvent les chefs d’entreprise comme la figure qu’on retient des grands patrons, mais on n’oublie que des milliers de chefs d’entreprise se sentente proches des valeurs de l’ESS…Sans doute le MEDEF devrait-il s’intéresser de plus prês à la question….

  3. Le Labo de l'ESS dit :

    Nous vous rejoignons sur l’idée que les entrepreneurs de l’ESS, étant des entrepreneurs, ils ont des points communs avec les entrepreneurs classiques : vision, prise de risque, pragmatisme, souci du développement, innovation, etc.

    Mais ils ont également quelques spécificités propres, par exemple dans le rapport au patrimoine (propriété collective et pas capitalistique) et à la lucrativité (lucrativité nulle ou encadrée) ou dans leur finalité (projet social, écologique). Et ces spécificités dépassent la question des statuts, ils renvoient à des pratiques différentes, qu’il faut formaliser, identifier, caractériser, d’où l’intérêt d’un référentiel.

    Ceci étant, nous ne souhaitons pas définir ces spécificités contre un « modèle entrepreneurial capitaliste » (qui n’existe pas, il est formidablement pluriel). En effet, nombre d’entrepreneurs classiques partagent des valeurs similaires avec les entrepreneurs sociaux : souci du territoire, du long terme, de l’humain, etc. Il suffit de voir le résultat des dernières élections prudhommales où nombre d’entrepreneurs classiques TPE / PME ont voté pour les listes économie sociale.

    Nous souhaitons affirmer ces spécificités, à la fois pour faire mieux (re)connaître ces entrepreneurs sociaux (qui restent caricaturés et mal connus), pour en faire émerger de nouveaux (on ne naît pas entrepreneur social, on le devient…) et pour mieux inventer ce que peut être l’entrepreneur de demain, d’après crise, ESS ou pas : entrepreneur chef d’orchestre, animateur d’un collectif de parties prenantes hétérogènes ; entrepreneur qui veille à une répartition équitable des profits, au service de son entreprise, de ses salariés, de son environnement ; entrepreneur qui sait gérer la fragilité dans son entreprise et ne cherche pas à l’externaliser ; entrepreneur qui est le garant d’une performance triple (économique, sociale, environnementale) et de sa mesure.

    Vaste chantier, sur lequel les acteurs de l’ESS et des réseaux patronaux classiques comme le CJD ou Entreprendre gagneraient à échanger, à se confronter, à collaborer.

  4. forveille dit :

    Agir local, penser global

    -> Par où commencer? Les partenariats locaux ou sur des territoires de proximité

    Les entreprises de l’ESS, peuvent rénover leurs pratiques et les mettre en phase avec les attentes de la société civile, si elles travaillent en coopération avec les autres acteurs sur le territoire.
    Sauf à trouver d’autres fondements économiques que le capitalisme, nous sommes entrés dans une économie plurielle en constante évolution avec des frontières moins rigides entre les différents types d’entreprise.
    Pour que de véritables partenariats se créent sur les territoires, il faut définir des critères d’utilité sociale et d’évaluation qui permettent à chaque type d’entreprise de se positionner par rapport à l’intérêt général ou collectif et de bénéficier d’un traitement équitable(règlement – fiscalité…).

    -> L’ESS doit devenir un pôle d’excellence en s’interrogeant sur ses modes de fonctionnement ou en répondant aux nouvelles solidarités
    Exemples :
    . Valoriser les métiers pour améliorer les salaires
    . Recruter des professionnels « militants »
    . Mettre en place des financements adaptés aux différents statuts
    . Favoriser la mise en place de modèles économiques en compléments des
    subventions(privées ou publiques)
    . Améliorer l’accompagnement des porteurs de projets ESS (création et développement)
    . Renouveler les président(e)s pour dynamiser le fonctionnement et régler certains
    problèmes humains(société de personnes)

    De nombreuse solutions peuvent être trouvées au sein de l’ESS
    Pour créer une représentation régionale et nationale, pourquoi ne copier ce qui se fait dans les chambres de commerce ou d’artisan?

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