Encadrer l’échelle des rémunérations dans l’entreprise

L’entreprise étant le lieu fondamental de production de richesses économiques, il est essentiel, pour lutter contre les inégalités, de s’intéresser à celles qui se produisent en son sein.

A la fin du 19ème siècle, le banquier JP. Morgan affirmait que l’échelle des salaires au sein de l’entreprise ne devait pas dépasser 1 à 20. H. Ford avait ensuite placé le niveau à 1 à 40… Mais à partir des années 1980, les écarts explosent aux Etats-Unis, pour atteindre 1 à 500 voire un à plusieurs milliers !

Alors que ces enjeux ont été longtemps ignorés du débat public, la crise et les scandales liés aux montants des bonus, parachutes dorés et salaires des dirigeants des banques et autres entreprises aidées par l’Etat les ont remis avec force sur le devant de la scène. Ces rémunérations, leur justification et leur progression, non seulement déconnectées des réalités des salariés, le sont aussi des performances réelles des entreprises concernées. Le maintien de tels niveaux et écarts de revenus est d’autant moins que justifiable dès lors qu’il se nourrit d’aides publiques massives financées par les contribuables.

La réflexion sur l’encadrement des rémunérations apparaît aujourd’hui légitime pour l’opinion publique, les syndicats et même une partie du patronat.
Cette réflexion pourrait se concrétiser de différentes manières : intégration dans les travaux sur la répartition de la valeur ajoutée (à l’ordre du jour de l’agenda social), recommandation de « bonne pratique » RSE (mise en place d’un encadrement de l’échelle des salaires issu d’une délibération des parties prenantes), réglementations relatives (à des secteurs, des tailles d’entreprise, des territoires, etc.) ou absolues (plafond universel d’écart des salaires), etc. Elle passe aussi par une revalorisation des bas salaires par un lien effectif avec les compétences professionnelles et la qualification exercées.

Certains plaident même pour l’instauration d’un salaire maximal ou d’un revenu maximum admissible (qui serait le pendant du SMIC), soit fixé par la loi, soit instauré de fait grâce à un taux d’imposition marginal supérieur à 90 % pour les salaires dépassant un seuil défini démocratiquement. Cette idée, jugée saugrenue il y a encore un an, émerge dans le débat public, et intéresse de plus en plus des économistes, intellectuels ou chercheurs. Elle demeure néanmoins très difficile à mettre en œuvre.
Ces différentes voies doivent faire l’objet d’un débat démocratique, associant notamment les partenaires sociaux.

7 réponses to “Encadrer l’échelle des rémunérations dans l’entreprise”

  1. Philippe M. dit :

    Je pense que le revenu maximum admissible par voie fiscale est le plus adéquat pour ce qui est de l’encadrement des revenus : une bonne part des inégalités ne vient pas des salaires, mais des autres sources de revenus (comme ceux de la spéculation, ou de la rente, par exemple).

    Néanmoins, dans un premier temps, une telle proposition (qui plus est, touchant à un point aussi sensible) risque d’élever trop d’oppositions et d’être instrumentalisée pour occulter le reste des propositions.

  2. L. Fraisse dit :

    Bien entendu, il convient d’agir fiscalement par la redistribution (cf. le débat sur le bouclier fiscal et la refonte d’une imposition progressive digne de ce nom).
    Pour autant, cela n’est pas incompatible avec la modération de l’écart des revenus au sein de l’entreprise qui affecte le pilotage d’un certain nombre d’entreprises cotées où la performance et la rémunération des dirigeants sont directement liées aux évolutions du cours de l’action.
    Lorsque dans le même temps la rémunération des salariés stagne et que les conditions de travail se précarisent, de tels écarts de rémunération ne sont pas sans conséquences sur le dialogue et la cohésion sociale au sein de l’entreprise.

  3. Y.HUNEAU dit :

    Mon père, PDG d’une entreprise de confection de 150 ouvrieres, disait et s’appliquait la règle suivante : le patron ne doit pas gagner plus de trois fois le salaire moyen de l’ouvrier.
    Moi-même comme directeur de collège je n’ai jamais gagné plus de 3 fois le salaire des employés les plus modestes de l’établissement
    Aucun regret .
    Il faut vivre à l’abri de l’opulence et de la misère, afin de pouvoir porter ses efferts sur ce qui est essentiel : faire vivre l’entreprise ou assurer un bon fonctionnement duservice public en sachant que la modération des salaires des cadres est une des conditions nécessaires et essentielles de la cohésion sociale ( On peut envisager un coéf. allant jusqu’à 8 voire 10 pour des dirigeants au sommet des plus grandes entreprises nationales)
    Même modération nécessaire pour l’échelle des retraites
    L’écrêtement des hauts revenus par l’impôt n’est pas la meilleure solution. Il faut que dans l’entreprise le salaire du cadre ou du responsable soit reconnu comme équitable, mérité, et non scandaleux par l’exécutant qui touche le plus bas salaire. L’impôt est la participation de chacun selon ses moyens au fonctionnement du service public et de la protection sociale, on ne doit pas le considérer comme l’outil à utiliser pour la redistribution sociale, même si dans son application il permet cette redistribution. Au premier niveau de l’action il faut maitriser l’échelle des salaires qui seule assure une répartition équitable des fruits du travail.

  4. gribouille dit :

    L(idée de Christine Boutin d’un revenu universel ( que je n’ame semble interessante

  5. gribouille dit :

    L’idee de C.Boutin d’un salaire universel me semble à appprofondir
    cela concernerai nos charges fixes: logement sante retraite..
    A cela s’ajouterai un revenu d’activité pour ceux qui construise la societe quel que soit leur place: travailleur, mere au foyer, … voire etudiant ou chercheur
    Ainsi ceux qui ne rentre pas dans le systeme sont penalise: ceux qui veulent rester en marge du collectif
    et cela donne aussi une echelle de revenu servant de reference
    bonne discussion en perspective!

  6. Alain H dit :

    Il est certain que le problème de partage des richesses est le plus grand mal de notre temps. Je pense que si les salariés étaient mieux représentés dans les conseils d’administrations qui décident des grandes orientations de la société, l’échelle des salaires serait beaucoup plus cohérente. Cela briserait les esprits de jalousie et favoriserait l’esprit de cohésion dans une même entreprise. Il faudrait arriver à casser l’impression qu’ont beaucoup de salariés comme moi, de ramer juste pour le bien être du capitaine et des actionnaires du bateau. Quand tout le monde aura compris que c’est en ramant tous dans le même sens que le bateau avance, alors nous irons peut-être vers un monde meilleur.
    Et quand le bateau avance bien, cela doit rapporter équitablement à chaque membre du bateau car chacun a son importance.
    Je ne pense pas que la solution de lois pour plafonner les salaires soit bonne car il y aura toujours des petits malins pour détourner les lois: c’est à l’ensemble de l’entreprise (représentée à chaque échelon) de décider du salaire de chacun. Et quand l’entreprise ira bien, c’est chacun de ses membres qui ira bien.

    Bon courage à des initiatives comme la votre car le chemin sera peut-être long.
    Mais avec les outils de communication d’aujourd’hui…, il faut que chacun y croit car l’union fait la force et l’avenir est entre nos mains.
    Nous avons déjà pris conscience du respect de notre planète, il nous faut juste accepter de mieux partager ses richesses.

  7. ERNEST dit :

    Bonjour,

    Pas de cohésion sociale sans limiter les écarts de salaire : même si le pauvre d’aujourdh’ui profite de la technologie et des sciences, que son niveau de vie c’est amélioré sur presque tous les plans par rapport à un pauvre des années passées, on ne dois apprécier la pauvreté que par rapport à un mode de consommation normal : une personne qui ne dispose pas d’internet par exemple va souffrir d’exclusion plus facilement… donc la pauvreté est relative à la richesse des autres. Les écarts de salaires exagérés ne peuvent que couter cher à la société : les riches doivent dépenser plus pour protéger leurs biens, les pauvres prennent des risques pour devenir riches, délaissent par exemple leurs santé pour payer la maison, ces risques sont assumés ensuite par les riches qui sont pas content de payer pour les pauvres. Donc la pauvreté coute cher aux riches! Un pauvre coute plus cher à la société qu’un personne de la classe moyenne. Un riche coute très cher à la société en maintenant les pauvres dans la pauvreté. en souhaitant conserver son capital.

    Il faut amoindrir les outils de protection des riches : la bourse et le foncier.
    Il faut augmenter les salaires minimum.
    Il faut un salaire maximum
    Il faut que les pauvres créent des entreprises et s’approprient l’entrepreneuriat !

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