Orienter sur la finance solidaire une part (1 à 10 %) des fonds d’investissement « souverains » ou de long terme.

Deux fonds récents sont particulièrement à considérer. En premier lieu, le Fonds de Réserve des Retraites (FRR), créé en 2000 et doté d’environ 30 milliards d’€ d’actifs en 2008 (objectif de 150 milliards d’ici à 2020). Son objectif est de prendre en charge une partie des dépenses des régimes de base du secteur privé à compter de 2020, au moment du plein impact du choc démographique. Le FRR accumule et place des réserves financières tant que le contexte démographique demeure favorable, puis les utilisera donc pour financer une partie des retraites lorsque les besoins de financement des régimes s’accentueront.

Trois raisons peuvent justifier l’orientation d’une petite partie (entre un 1 et 10 %) du FRR sur le financement de l’ESS, ce qui n’affectera que très peu la performance globale du fonds et permettra même de la renforcer en temps de crise financière et de chute des bourses, comme c’est le cas avec les FCP 90/10 de l’épargne solidaire.
D’abord, l’un des cinq engagements du FRR consiste à assumer sa « responsabilité sociale vis-à-vis de l’ensemble de nos concitoyens – ce qui suppose une stratégie de placement respectant certaines valeurs collectives en termes de développement économique, social et environnemental. » Le FRR se positionne également comme un « investisseur public de long terme » qui « peut prendre en compte dans sa stratégie les sources de création de richesse à long terme que les marchés ne savent pas toujours bien valoriser ».

Seconde raison : sa gouvernance multi-parties prenantes, avec un Conseil de surveillance formé de représentants des partenaires sociaux, ministères, parlementaires, etc. Au total une vingtaine de membres chargés de fixer les orientations générales de placement du fonds.

Enfin, l’ESS crée de l’emploi, notamment pour des personnes exclues du marché du travail. Elle permet d’augmenter le nombre de cotisants pour les retraites de demain. Il en va donc de l’intérêt direct du FRR que d’investir sur l’ESS. Des réflexions de ce type sont également engagées à l’étranger (Norvège, Hollande…) avec des fonds similaires au FRR.

En second lieu, le Fonds Stratégique d’Investissement, lancé en 2008 sous forme de société anonyme, filiale de la Caisse des Dépôts. Il sera doté au départ de 20 milliards d’euros (14 milliards d’euros en titres et 6 milliards d’euros en numéraire), apportés à parité par la Caisse des Dépôts et par l’Etat. Parfois qualifié de « fonds souverain à la française », ce FSI intervient en fonds propres (toujours minoritaire) pour favoriser le développement des entreprises françaises à caractère stratégique ou à fort potentiel, ainsi que la sécurisation et la stabilité de leur capital. Le FSI se positionne comme « investisseur avisé au service de l’intérêt général, avec un horizon de long terme », et avec des doctrines d’investissement adaptées à cet objectif.

De ce point de vue, tout comme pour le FFR ou l’épargne salariale, une part minime du FSI pourrait être fléchée sur le financement de la croissance d’entreprises de l’ESS, soit directement sur des « tickets » de plusieurs millions d’euros, soit via le financement de fonds d’investissement dédiés à l’ESS.
Une variante de cette proposition consisterait à créer une sorte de « FSIS » (Fonds stratégique d’investissement solidaire) qui serait entièrement dédié au financement des entreprises sociales et solidaires, stratégiques, innovantes ou à fort potentiel de développement.

Une réponse to “Orienter sur la finance solidaire une part (1 à 10 %) des fonds d’investissement « souverains » ou de long terme.”

  1. E. Savignac dit :

    Sûrement utile. Mais avant d’aller demander des sous à l’Etat, ne faudrait-il pas essayer de mieux mobiliser nos propres moyens ? Le CA cumulé des mutuelles de santé et d’assurances atteint les 30 milliards d’euros (source : Xerfi). 1 centième de 30 milliards, cela fait déjà 300 millions d’euros ! Chiche ! Que les grandes entreprises d’économie sociale décident de consacrer 1% de leur CA au développement du secteur. A moins qu’elles mêmes ne croient pas / plus à l’économie sociale et solidaire…

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