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[COVID-19] La pensée confinée - Philippe Frémeaux

Impression ForumPublié le 30 mars 2020 

Si nous voulons que cette crise soit réellement une opportunité pour réorienter l’activité économique vers « ce qui compte vraiment », pour reprendre les termes du Forum pour d’autres indicateurs de richesse Indicateurs de richesse Les nouveaux indicateurs entendent se substituer au PIB ou PNB, ces derniers ne prenant pas en compte un certain nombre de problématiques contemporaines pourtant primordiales dans la dynamique de transition en cours. (FAIR), il faut assumer de se placer radicalement dans une perspective post-croissance et non chercher uniquement ce qui va permettre de relancer rapidement l’activité sans discernement dans les mois qui suivront la fin du confinement.

Concrètement, cela veut dire un certain nombre de choses. D’une part, ne pas avoir peur de défendre l’idée qu’il faut engager sans hésiter aujourd’hui les dépenses qui permettent de limiter la casse sociale et économique entrainée par la rétraction de l’activité que provoque le confinement d’une très large partie de la population. Ensuite, si nous voulons que la « reprise » post-crise soit une opportunité pour modifier les priorités de l’activité économique, il ne faut pas que l’obsession d’un retour à un haut niveau d’activité, synonyme d’emploi et de moindres besoins de financements publics en revenus de remplacements, report/remise de cotisations sociales ou d’impôts, fasse que seules les mesures écologiques susceptibles de contribuer à une rapide reprise soient prises en compte (dans une logique green new deal post-keynésienne).

Il faut au contraire assumer l’idée que certaines mesures souhaitables sur le plan de la lutte contre le changement climatique et sur le plan du bien-être ne sont pas "à double impact" et peuvent être facteurs de décroissance : si l’on choisit d’investir dans les nouvelles mobilités plutôt que dans la production de véhicules de grosse cylindrée et si l’on renchérit les taxes sur le transport aérien pour qu’il cesse de bénéficier d’exonérations fiscales pousse au crime, il faut accepter l’idée qu’il y aura moins d’emploi dans la filière automobile, chez les avionneurs, dans les aéroports même si cela peut soutenir l’activité dans le BTP (nouvelles voiries et infrastructures) et dans l’industrie touristique nationale…

Si l’on lutte de manière conséquente contre l’obsolescence programmée des produits industriels et contre les déchets à la source cela aura aussi des conséquences sur une multitude de secteurs même si on décide en parallèle d’investir dans la petite enfance, les services aux personnes ou le système hospitalier... Le bilan en termes d’emplois demeure incertain et, de toutes façons, ce ne sera pas les mêmes emplois et ils ne seront pas offerts nécessairement dans les mêmes lieux..

En conséquence, cela veut dire que les mesures hétérodoxes de soutien à l’activité et au revenu acceptées dans l’urgence aujourd’hui n’ont pas vocation à disparaître « as soon as possible » mais qu’au contraire, elle ont vocation à diminuer en sifflet et peuvent sans doute avoir vocation à devenir permanentes dans le cadre du nouveau modèle mis en œuvre.

Oui, mais tout cela n’est pas possible va-t-on me rétorquer, alors que le montant de la dette publique atteint déjà 100% du Pib. Eh bien non ! Il faut aussi se battre pour que soit assuré un financement monétaire de ces dépenses aussi bien à court terme qu’à moyen terme. La BCE pourrait ainsi financer directement le surplus de dépenses qui en résulte pour les assurances chômage nationales, ce financement dépassant le strict cadre de la prise en charge du chômage partiel ou technique pour s’étendre dans le temps à l’accompagnement des reconversions industrielles en termes de revenus de remplacement et d’accès à la formation.

Cela peut sembler utopique en l’état actuel des négociations européennes et du mandat que donnent les traités à la BCE, mais, face à une situation exceptionnelle, il faut aussi savoir faire preuve d’imagination. On a pu parler de la possibilité que la BCE distribue une somme d’argent directement à tous les ménages pour soutenir l’activité (voir la remarquable - et remarquée - note de Jezabel Couppey-Soubeyran sur le site de l’Institut Veblen). L’heure n’est plus à distribuer de l’argent à tous les ménages, mais de sortir les dépenses publiques sociales de la dette en assurant leur financement direct par la BCE.

Philippe Frémeaux
Éditorialiste à Alternatives Économiques
Président de l’Institut Veblen
Membre du Conseil d’orientation du Labo de l’ESS ESS Le terme d’Économie sociale et solidaire regroupe un ensemble de structures qui reposent sur des valeurs et des principes communs : utilité sociale, coopération, ancrage local adapté aux nécessités de chaque territoire et de ses habitants. Leurs activités ne visent pas l’enrichissement personnel mais le partage et la solidarité pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement.

Commentaires

  • J’apprécie la pensée de Monsieur Frémeaux, mais il me semble que nombre de philosophes et sociologues défendent depuis longtemps ce point de vue. Cependant, avec le gouvernement actuel, rien ne sera possible, jamais. La Constitution de la Vème République donne les pleins pouvoirs à un monarque-président de qui tout dépend. Encore, il nous faut le souhaiter, deux ans à attendre...

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