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Dans l’ESS, l’ouverture des données a bien commencé : focus sur trois projets passionnants

Impression ForumPublié le 8 avril 2013 

L’ouverture des données (Open data) est un défi pour les acteurs de l’ESS, et en particulier les associations. Ils possèdent une mine d’informations d’intérêt général et sollicitent régulièrement les citoyens dans le cadre de leurs actions. Démonstration avec trois projets citoyens.

Au fur et à mesure que le mouvement d’Open data Open data ou mouvement d’ouverture des données se développe, émergent des projets qui mettent en avant la participation, la pédagogie et la transparence. Regards citoyens s’est fait connaître par l’ouverture en 2009 du site nosdeputes.fr, qui "cherche à mettre en valeur l’activité parlementaire des députés de l’Assemblée nationale". Open food facts répertorie les produits alimentaires du monde entier et restitue par exemple leur valeur nutritionnelle ou leur provenance, pour aider les consommateurs à mieux choisir leurs produits tout en souhaitant "inciter les industries agro-alimentaires à proposer des produits plus sains". Open street map (OSM) offre une carte du monde librement accessible et modifiable de données multiples : accessibilité des bâtiments publics, pharmacies ou médecins de garde… Ces projets fonctionnent sur des logiciels libres, et se présentent à la fois comme des outils de démocratisation / de diffusion de standards ouverts et d’information.

Regards citoyens publie des données que les acteurs publics voudraient parfois garder pour eux, malgré leur nature publique. Si NosDeputes.fr suscitait la colère de Bernard Accoyer, Président de l’Assemblée nationale, lorsque le site mettait en lumière l’absentéisme des députés, il permet aussi de mettre en valeur le formidable travail de plusieurs députés, souvent inconnus, restituant l’ensemble des discussions, aussi bien en commissions que dans l’hémicycle. C’est aujourd’hui le site de référence avec des données - qualitatives et quantitatives - pour chaque député (statistiques, tableaux et graphiques, par exemples sur le nombre d’interventions ou de questions posées – écrite et orales -, production parlementaire, thèmes privilégiés…) et par dossiers (les plus récents, les plus discutés…). Il est devenu un véritable observatoire de l’activité parlementaire.

NosDeputes.fr est née du constat de quatre geeks. Deux d’entre eux étaient militants de la cause numérique : en assistant au travail des parlementaires dans l’hémicycle, au moment de l’adoption de la loi DAVDSI (2005) puis HADOPI (2009), ils se rendent compte de tout le travail réalisé à l’Assemblée nationale, "beaucoup plus riche que ce que la médiation classique nous donne à voir". Rejoints par deux autres personnes à l’été 2009, ils compilent en moins de trois mois des jeux de données, rendent digestes une multitude d’informations juridiques, et ouvrent NosDeputes.fr en septembre 2009. Forts du succès de cette première initiative, un an après, ils ouvrent NosSenateurs.fr. Ces deux sites sont régulièrement mis à jour et Regards citoyens, entre autres projets, participe activement à NosDonnees.fr [1] avec l’Open Knowledge Foundation France et réalise des études, par exemple sur l’impact du redécoupage législatif.

Open Street map France travaille encore activement avec Regards citoyens pour créer un outil de visualisation de l’ensemble des circonscriptions législatives… une cartographie que ni l’Etat ni le Ministère de l’intérieur ne peuvent fournir : c’est une société privée qui en a la propriété, et eux n’en possèdent que l’usage. C’est donc à un travail de fourmi auquel se livre la branche française de cette association Association Définition mondiale née en Grande Bretagne, terre pionnière de l’Open data. Bureaux de vote par bureaux de vote, ils récupèrent les données de chacune des 577 circonscriptions pour ensuite les cartographier. Voilà en effet la valeur ajoutée de OSM : la cartographie. Avec le petit plus collaboratif qui fait que ce projet est souvent comparé à Wikipédia. OSM collecte puis diffuse et met à disposition une vaste base de données cartographique pour repérer puis géolocaliser arrêts de bus, bâtiments publics, accessibilités, distributeurs automatiques, pharmacies, bornes de vélos… Chaque internaute participe au développement de cette base de données géante en ajoutant ses données, en mettant à jour celles qui figurent déjà, en proposant de nouvelles informations. C’est le principe du crowdsourcing (littéralement "approvisionnement par la foule") : la carte devient un outil d’interaction. GPS en main et photographies aériennes à l’appui, des spécialistes contribuent aussi à la précision de cette carte mondiale. OSM est un véritable précurseur, qui démocratise la cartographie et rend concrètement visible des données éparses.

Des systèmes de filtres permettent d’embarquer sur n’importe quel site des données ciblées, mettant en valeur telle ou telle information. Particuliers et institutions (communauté urbaine de Brest ou de Rennes, les villes de Nantes ou Montpellier, Conseil Général de Saône-et-Loire…) utilisent OSM. Près de 1,58 millions de personnes contribuent. Le secteur marchand commence à regarder de près ce projet : Apple s’est ainsi émancipé de Google en utilisant des données d’OSM pour certaines applications mobiles… Mais, comme l’exprime Gaël Musquet, Président d’OSM France, "certains projets nous tiennent vraiment à cœur et méritent d’être mis en lumière". C’est justement le cas des projets mis en place à Haïti avec la population, dans un contexte de reconstruction post-crise et de développement économique, ou au Sénégal, où est mis en place un campus digital destiné à favoriser l’e-inclusion. Et parmi les projets français, Gaël a un coup de cœur pour Open Food Facts.

Open Food Facts naît en mai 2012 de l’idée de Stéphane Gigandet de répertorier l’ensemble des informations (ingrédients, données nutritionnelles, lieu de fabrication, additifs utilisés, etc.) sur les produits alimentaires du monde entier. Bien connu dans le monde des blogs culinaires, cet informaticien cherchait à promouvoir une alimentation plus saine, plus durable, les circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts , le bio, les produits de saison… Il s’est intéressé à OQALI, la base de données de l’Observatoire des aliments, réservée aux professionnels. Et il a décidé de créer son pendant, libre et accessible à tous, pour permettre au grand public d’être informé sur la nature et l’origine des produits qu’il consomme. Une communauté s’est ensuite créée, qui compte aujourd’hui plus de 300 participants et 6.000 produits. Par simple inscription en ligne, tout le monde peut contribuer à cette base de données de "l’information alimentaire ouverte" en décortiquant les codes barre et autres mentions. Des applis sur smartphones sont aujourd’hui disponibles pour une saisie rapide et facilitée. Open Food facts s’avère une façon pédagogique de sensibiliser à des questions sur la provenance des aliments, leur teneur en sucre ou en graisses, en rendant plus claires certaines mentions.

La communauté a créé le site "C’est fabriqué près de chez vous" qui permet de visualiser sur une carte OSM les lieux de production, de transformation et/ou d’emballage des produits alimentaires. En février dernier, au moment de "l’affaire Findus", une carte du trajet physique et du trajet financier de la viande de cheval a été publiée et reprise par de nombreux sites ; elle met en valeur la multiplicité des intermédiaires. La même carte pourrait être imaginée pour n‘importe quel autre produit. D’autres applications sont imaginées : une carte montrant la corrélation entre la composition des produits alimentaires vendus et les affections rencontrées selon les régions du monde (diabète, obésité, alcoolémie…), une carte des produits du terroir… et même proposer aux industriels de devenir contributeur. Présentation du projet en images :

Voilà trois projets qui montrent que l’ouverture des données est un enjeu démocratique. Aucun d’entre eux ne porte de jugement sur les données recueillies mais ils les rendent plus compréhensibles en les transformant en de véritables informations. Ils favorisent le dialogue, l’échange, la transparence et la pédagogie, en permettant au citoyen de se réapproprier des informations politiques de nature publique, de prendre sa place et de contribuer à la production de contenus plus précis, et au consommateur de décrypter les codes produits pour mieux choisir ce qu’il veut manger. A l’ère de l’information de masse, n’est-il pas grand temps ?...


[1Nosdonnees.org part du principe que les données doivent être gérées par les citoyens : tout le monde est invité à déposer les données dont il dispose. Il s’agit de dépasser le cercle des experts et professionnels de la donnée ou du numérique en s’adressant à tous les internautes.

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