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Du consommateur citoyen à l’investisseur citoyen

Impression ForumPublié le 30 mai 2012 

Une tribune d’Yves Jégourel, maître de conférences en sciences économiques (Bordeaux IV) publiée dans Le Monde | Eco & Entreprises daté du 30 mai 2012.

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EXTRAITS


La sphère politique semble redécouvrir les dangers des marchés financiers, au premier rang desquels les marchés de produits dérivés, suspectés de servir des stratégies spéculatives pouvant aller jusqu’à menacer la stabilité économique et politique des pays européens, voire de toute la zone euro.

Après une crise financière aussi importante que celle qui a débuté en 2007 sur le segment des subprimes (crédits immobiliers) américains pour s’étendre il y a quelques mois à la dette grecque, puis espagnole, il est légitime de vouloir limiter le pouvoir de la finance et d’empêcher que celle-ci fasse, une fois de plus, porter le poids de ses errements sur la sphère réelle.

Entre une ingénierie financière débridée et opaque, qui a donné naissance à des produits aussi dangereux que les "collateralized debt obligations" (CDO) et des produits dérivés tels que les célèbres "credit default swaps" (CDS), rien ne semble pouvoir en légitimer les derniers développements.

Il est donc politiquement avisé de s’inscrire dans cette voie, d’autant plus que les citoyens partagent largement l’idée que la finance doit être régulée, sinon combattue.

En cause : une spéculation évanescente dont l’action, nécessairement néfaste, pèserait lourdement sur l’activité productive. La réalité est bien plus complexe... mais il est politiquement risqué de s’attacher à le démontrer. (...)

L’INFLUENCE CITOYENNE PEUT ALLER BIEN AU-DELÀ DU BULLETIN DE VOTE

Mais l’émergence de modes de consommation éco-citoyens, oeuvrant pour une plus grande implication environnementale et sociale au quotidien, démontre que l’influence citoyenne peut aller bien au-delà du bulletin de vote.

Le capitalisme est, aujourd’hui, intrinsèquement financier, et donne un pouvoir considérable aux détenteurs de capitaux. C’est donc également par le comportement d’épargne que la moralisation du système économique et financier pourra se faire.

On pourrait objecter à cette affirmation qu’il existe une opposition radicale entre détenteurs du capital et forces salariales : les premiers souhaitent que le système reste inchangé, les autres luttent pour une plus grande équité dans la répartition des richesses. Cela n’est pas en tout point pertinent.

Entendons-nous : il est clair qu’une faible fraction de la population détient, en France comme dans le monde, une part considérable des richesses. En 2003, 10 % des ménages français les plus riches détenaient selon l’Insee, 46 % du patrimoine financier ou immobilier.

Mais ces statistiques révèlent aussi que 85 % des ménages possèdent un livret d’épargne.

De la même façon, près de 40 % des ménages détenaient, en 2010, des produits d’assurance-vie pour un montant global de plus de 1 300 milliards d’euros, tandis que 18,9 % avaient investi dans des valeurs mobilières. En dépit des fortes inégalités patrimoniales, l’opposition radicale entre capital et travail ne tient donc pas. (..)

Combien de nos concitoyens connaissent l’usage qui est fait du Livret A ? Ou sur quels supports sont investis les produits d’assurance-vie ? A-t-on indirectement financé une entreprise ayant largement délocalisé ses activités ? Les produits d’investissement dits "éthiques" excluent-ils les stratégies spéculatives ? En quoi diffèrent-ils des OPCVM solidaires ? Autant de questions auxquelles un épargnant responsable devrait pouvoir répondre.

S’il appartient à la politique de s’engager pour une plus grande réglementation des activités financières, c’est aussi à la construction d’une finance citoyenne qu’il convient de s’attacher. Et c’est l’affaire de tout épargnant.

Yves Jégourel,

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