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Économie collaborative, sociale et solidaire : la révolution numérique au service des territoires

Impression ForumPublié le 20 avril 2016 

Une tribune de Pascal Terrasse, député de l’Ardèche et auteur d’un rapport sur l’économie collaborative.

L’économie collaborative est entrée par la porte de la révolution numérique de manière disruptive et bouleverse notre économie, nos manières de consommer et bientôt notre mode de gouvernance Gouvernance Définition . Un bouleversement qui constitue un véritable enjeu pour la France, et dont les citoyens et les territoires sont au centre.

Les Français ne s’y trompent pas et l’ont adoptée massivement. Aujourd’hui, notre pays est l’une des locomotives mondiales de l’économie collaborative, à l’origine de superbes réussites comme BlaBlaCar ou Drivy. Mais ce secteur suscite beaucoup de fantasmes.

L’économie collaborative n’est pas l’« ubérisation » de la société. C’est avant tout l’économie des communs, du partage et de l’échange. C’est une économie qui supprime l’intermédiation et donc des coûts pour les prestataires et les consommateurs. En ce sens, elle constitue une forme nouvelle d’intelligence collective dans la gestion des ressources et l’organisation des échanges. L’économie collaborative améliore également les opportunités d’emploi de personnes qui peuvent en être éloignées. Elle soutient le pouvoir d’achat des consommateurs. Elle crée aussi des espaces d’expression pour ceux qui trouvent dans une activité accessoire, une source d’épanouissement personnel. On touche là au cœur des objectifs premiers de l’économie sociale et solidaire.

En donnant naissance à une nouvelle forme de sociabilité, l’économie collaborative réinvente la proximité, notamment dans les zones enclavées et dans les communes rurales. Cette opportunité de tisser des nouveaux liens, les collectivités territoriales doivent les encourager, les promouvoir et s’en inspirer. C’est l’une des raisons qui m’ont conduit à proposer l’idée d’un appel à projets autour de « territoires collaboratifs expérimentaux ». L’économie sociale et solidaire, son ancrage territorial fort et sa volonté de recréer du lien social pourrait faire remonter des initiatives particulièrement inspirantes dans ce domaine.

Il y a tout juste quelques semaines, en Ardèche, dans la commune du Cheylard exactement, un centre de formation innovant a reçu le label « Grande école du numérique ». Dans le même temps, la Communauté de communes du Pays de Vernoux, toujours en Ardèche, multiplie les initiatives autour de la réhabilitation d’une friche agro-industrielle en pôle local d’économie sociale et solidaire, avec notamment la création d’une ressourcerie-reyclerie, et l’aménagement d’espaces de formation et de co-working.

Pourquoi je vous parle de cela ? Car c’est dans les territoires où l’accès aux nouvelles technologies est aujourd’hui le plus difficile, où l’éloignement des grandes infrastructures de transports se fait le plus sentir, que la créativité est la plus vive. C’est dans les territoires de montagne, isolés et ruraux que l’essence même de l’économie du partage se développe le plus rapidement.

L’économie collaborative est porteuse de promesses pour des activités nouvelles. Et pour que cette transformation porte pleinement ses fruits, la France doit rester pionnière. Bien entendu, les collectivités locales ont un rôle de levier à jouer pour préparer les citoyens et leurs territoires à ce virage numérique.

Pour ce faire, le déploiement de la fibre optique dans toutes les communes, la formation et la sensibilisation aux nouvelles technologies doivent devenir des priorités. Car il ne faudrait pas que, dans certains territoires, la fracture des usages s’ajoute à la fracture numérique.

Le numérique a permis aux initiatives collaboratives de changer d’échelle, en facilitant les contacts entre les membres de communautés toujours plus larges. Pour que ces nouveaux acteurs continuent à croître, il est nécessaire de s’assurer qu’ils disposent des ressources nécessaires. C’est pourquoi il faut former les compétences et les talents de demain pour envisager l’économie collaborative, sociale et solidaire comme un nouveau modèle de développement.

Pascal TERRASSE
Député de l’Ardèche
Auteur d’un rapport sur l’économie collaborative

Commentaires

  • Bonjour M. Terrasse,
    Bravo. Article et rapport très intéressants.
    Le déploiement de la fibre dans le maillage national, y compris les zones rurales et de montagne, n’est hélas pas pour demain. Les investissement en fibre optique pour les zones urbaines peinent à venir sur la prochaine décade. Le réseau de "fils de cuivre" des zones rurales et de montagne n’est pas encore terminé qu’il manque déjà de budget de maintenance, car l’effort est déjà sur le financement de la fibre.
    Encore une fois les étapes antérieures ne sont pas terminées, pour cause de report de budgets mal évalués, qu’un nouveau seuil technologique est franchi.
    Dans le secteur rural l’obsolescence technologique est synonyme d’isolement systématique et d’oubli systémique.
    Les opérateurs de l’économie lucrative répondent à leurs contraintes de développement. L’Etat leur a complaisamment délégué la charge des investissement structurels. Leurs budgets sont intelligemment investis. Ceux de l’Etat sont politiquement saupoudrés dans une parfaite in-équité sociale.
    Si le réseau était la propriété de l’Etat dans cadre d’une politique de compétitivité numérique, donc le fruit d’une économie sociale et solidaire à long terme alors oui l’économie collaborative aurait un avenir sur le long terme. Pour le moment ses acteurs se comportent comme des opportunistes qui exploitent des vides juridiques du système pour mettre à la peine des secteurs professionnels enkystés dans de lourdes procédures administratives mises en place par l’Etat.
    Sous réserve que l’Etat soit le propriétaire de l’infrastructure et que ce projet "supra-quinquénal" corresponde à un plan d’investissement aussi rapide que le développement technologique alors oui, la révolution numérique pourra fonctionner au sein de l’économie sociale et solidaire. Nous sommes embourbés dans le manque de compétitivité de nos entreprises, dans le chômage et dans la gestion sociale de la vague du babyboum. Le maintien des infrastructures nationales est reporté à futur ou délégué avec des dotations rabotées. Manque une volonté et un programme politique cohérent.

  • Comment peut-on parler en même temps de "partage" et de "rester pionnière" ?
    Si quelqu’un est pionnier, c’est que d’autres sont à la traîne, ou bien ?
    J’ai l’impression qu’on ne change guère de paradigme, qu’il faut toujours qu’on cherche à tirer notre épingle du jeu, toujours coincés dans la guerre économique. Quel dommage...

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