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Entrepreneuriat social : phase deux ?

Impression ForumPublié le 19 janvier 2015 

L’entrepreneuriat social Entrepreneuriat social Définition s’installe dans le paysage français. La Loi ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
le reconnait comme membre à part entière de la famille, s’il respecte des conditions de lucrativité limitée et de gouvernance Gouvernance Définition conformes aux valeurs de l’ESS. En ce sens la loi française est à la pointe du droit européen. D’autres signes montrent cette installation : les organismes de création d’entreprises incluent un volet entrepreneuriat social. Le Salon des entrepreneurs témoigne d’un véritable engouement. Les enseignements supérieurs se multiplient. Les banques et organismes financiers mettent en place des outils dédiés. Les régions sont actives sur l’innovation sociale. Le Mouves se porte bien et fait maintenant partie de la Chambre française de l’ESS.
Il faut s’en réjouir vivement pour notre pays, tout en gardant un esprit vigilant sur les enjeux de la "phase 2" qui s’ouvre. Je pointe pour ma part quatre enjeux de moyen terme.

Le premier est de "tenir la promesse". L’entrepreneuriat social Entrepreneuriat social Définition bénéficie d’une notoriété positive grâce à une forte médiatisation. Tenir la promesse, c’est montrer qu’on crée des modèles économiques robustes. Certains entrepreneurs sociaux confondent parfois leur revue de presse et leur chiffre d’affaires !! C’est aussi montrer que si "statut n’est pas vertu", comme l’entrepreneuriat social le dit souvent, "absence de statut n’est pas non plus vertu en soi". L’entrepreneuriat social doit donc entrer nettement dans la reddition de comptes, avec des processus et indicateurs convaincants de mesure d’impact et de respect des principes.

Un second enjeu, porte sur le changement d’échelle. Et pour commencer sur l’émergence d’entreprises sociales de taille intermédiaire (ESTI). Des groupes émergent (Vitamine T, SOS) mais encore peu nombreux. Il en faut d’autres. Non par goût du gigantisme. Mais pour être en capacité d’apporter les réponses à la taille voulue, avec les investissements voulus dans des secteurs comme la santé, la silver économie, ou l’économie circulaire économie circulaire Définition , secteurs à intensité capitalistique. Ne pas le faire c’est admettre que la croissance implique à tous les coups le passage au pur lucratif. Je m’y refuse. Il faut donc des entrepreneurs "à la taille", des fonds propres "à la taille", et un accompagnement adapté.

Un troisième enjeu porte sur la frontière entre une partie du monde associatif et l’entrepreneuriat social. Nombre d’associations sont et seront de plus en plus des entreprises associatives. Prenons-en acte et travaillons à une bonne intelligence socio-économique entre les "nouveaux entrepreneurs sociaux" et les historiques associatifs. Pour l’essentiel ils ont, ou auront, les mêmes problèmes à régler : piloter des projets qui aient du sens, trouver des cadres compétents, rendre des services de qualité au meilleur coût, trouver des fonds propres... J’en ajoute un qui semble de plus en plus essentiel : renforcer les liens avec les citoyens dans des mécanismes de co-construction. Cela vaudra pour les anciens et les modernes. La finance participative Finance participative Définition le montre mais plus largement l’économie collaborative. L’épargnant, le consommateur, l’habitant, l’exclu... veulent et doivent être acteurs.

Enfin, dernier enjeu qui intéresse particulièrement le LABO de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
 : les trois strates historiques constituent une biodiversité positive : l’économie sociale avec ses statuts et sa puissance économique, l’économie solidaire avec sa solidarité en actes et son ancrage territorial, l’entrepreneuriat social avec sa jeunesse, son esprit d’entreprise et son réalisme. Il y a la une force de transition considérable si elle fonctionne sous le signe de l’alliance et non celui de la posture de pouvoir.

A notre place, nous nous efforcerons en 2015 que cette diversité soit porteuse d’espérances et de transformation sociale, dans l’après 11 janvier, qui nécessitera des citoyens bienveillants et exigeants, debouts. Bonne année, entreprenante et civique.

Hugues Sibille
Président du LABO de l’ESS

Commentaires

  • Excellent édito, qui incite à se rassembler et à aller de l’avant, beau moyen de mettre en œuvre l’esprit et la démarche du Pacte civique qui a besoin de concrétisation. Merci. JBF

  • Bonjour,

    Merci pour votre article, qui suscite quelques réactions sur la question de la "gouvernance Gouvernance Définition démocratique".

    Si je ne me trompe pas, à l’origine, les initiateurs de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
    Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
    ont créé des structures dont le modèle économique se voulait solidaire et la répartition au pouvoir la plus égale possible. Pour ce faire ils ont d’une part refusé (ou encadré) la lucrativité, et d’autre part mis en place un système dit "démocratique" : "une personne, une voix" et l’élection de représentants.

    Aujourd’hui, des mastodontes mutualistes ou coopératifs bancaires semblent pleurer sur la désaffection des adhérents ou coopérateurs de leurs gouvernances alors que, dans un même temps, vous pointez vous-même le profond désir des citoyens, consommateurs... de participer aux gouvernances. On peut donc finir par se demander si certains acteurs majeurs du monde traditionnel de l’ESS ont une envie sincère de mettre en œuvre le principe démocratique, lorsqu’ils organisent par exemple des AG qui se déroulent à 17h30 au cœur de Paris ? Par ailleurs, pourquoi les acteurs cités ci-dessus n’ont pas mis en place d’outils de participations numériques ? En effet, ces acteurs ne voient dans le digital qu’une manière "faire de la communication". La stratégie digitale ne se réduisant qu’à une gestion prudente de l’image sur les réseaux, dans un but de conquête... rarement de sourcing, jamais de participation. Enfin, comment considérer les pléthoriques directions marketing ou qualité dans les mutuelles ou banques coopératives, quand logiquement l’existence même de produits ou la perception de la satisfaction devrait émaner de LA gouvernance, sensée être proche des besoins et attentes des adhérents ?

    Ne serait-il pas temps de remettre le principe démocratique au cœur de l’ESS, plutôt qu’une improbable "utilité sociale"... décidée de façon verticale ?

    C’est dans ce contexte que l’entrepreneuriat social Entrepreneuriat social Définition s’affirme, en se basant sur l’ethos de professeurs néolibéraux abreuvant les jeunes aux méthodologies d’écoles de COMMERCE. C’est également en écho à cet inquiétant verticalisation de l’économie sociale et solidaire qu’on peut se poser la question de ce que pourraient représenter l’entrepreneuriat social dans ses intentions. Dans l’entrepreneuriat social, c’est l’instigateur de l’entreprise qui prime, dans l’ESS traditionnelle, c’est une communauté de personnes organisée dans le cadre d’une structure dont le but est d’emblée l’intérêt collectif ou général.

    Comme une partie de l’ESS l’a fait depuis longtemps, l’entrepreneuriat social semble avoir relégué le principe de démocratie, de représentation, de communauté humaine..., prétendument au profit de celui de solidarité... devenu maintenant une hypothétique "utilité sociale" ou "collaboration".

    Le principe d’entrepreneuriat social n’est-il pas le symptôme d’une fraude à la démocratie plus globale de nombre de structures de l’ESS traditionnelle ? Les choses ne vont-elles pas empirée en terme démocratique, alors même que nous devrions être dans le siècle de la participation ?

    "Il n’y a rien de plus fort que le marché"... ?
    Et demain, on est qui ?

  • félicitations Hugues pour ce nouveau poste ... et à très bientôt

  • Merci Hugues, l’essentiel est dit.
    L’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
    Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
    en général, et les entreprises sociales en particulier, ont une responsabilité historique, au cœur même de la compétitivité économique et sociale. Leur changement d’échelle, leurs innovations pour répondre aux besoins sociaux peu ou mal satisfaits, leur capacité à réconcilier un modèle économiquement soutenable et socialement profitable sont autant de défis accessibles. Et il faut que nos compétences soient à la hauteur des espoirs que nous suscitons.
    Et ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient !

  • D’accord avec ces points, mais j’en ajouterais un autre qui me semble au moins aussi essentiel, apprendre à construire nos désaccords. Ce qui fait la force d’un mouvement social c’est bien sûr sa capacité à mettre en avant ses valeurs communes mais c’est aussi, s’enrichir des différences, oser le débat d’idées pour ne pas se scléroser
    Cordialement
    Eric Dacheux

  • Bonjour,

    J’ai laissé un commentaire il y a quelque jours.
    J’ai passé du temps à le rédiger. Puis-je savoir pourquoi il n’a pas été publié ? Est-ce arbitraire ?

    Bien cordialement,

    Sam

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