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Hommage à Bertrand Schwartz

Impression ForumPublié le 28 septembre 2016 

L’UNML a souhaité rendre un hommage particulier à Bertrand Schwartz, le « père » des missions locales, disparu le 30 juillet dernier.

Hommage sous la forme d’un temps d’appropriation et de partage de sa démarche par le plus grand nombre, mais également par une mise en perspective de sa pensée dans l’action publique, en faveur des jeunes et de la formation permanente.

En effet, il a eu un rôle central dans la création et l’histoire des Missions Locales et dans la suite logique de la création de l’Institut créé en 2011, au nom et avec l’accord de Bertrand Schwartz.

Hugues Sibille, le président du Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
lui a rendu cet hommage, le 28 septembre.

C’est avec beaucoup d’émotion que je parle ce soir de Bertrand. J’espère que cette émotion ne trahira pas ma voix, mais j’ai préféré écrire mon petit speech.

Bertrand était pour moi, un père spirituel, cette référence qui vous inspire dans la vie, mais je le voyais aussi comme un frère, et sur le tard de sa vie comme un authentique ami.

Quand je pense à lui je pense d’abord à trois traits de caractère :

  • Un homme de fraternité : Cette qualité que la république a atrophiée au profit de la liberté et de l’égalité, Bertrand Schwartz la possédait comme si, à la façon d’Obélix, il était tombé dans la marmite quand il était petit.

Dans n’importe quel groupe où il arrivait, Bertrand était en empathie fraternelle, en écoute fraternelle. J’ai eu la chance de passer de cette fraternité universelle de Bertrand à une relation plus personnelle d’amitié. Il avait alors 80 ans et une incroyable jeunesse d’esprit. Nous étions voisins dans la verdure des Yvelines et nous passions de merveilleuses soirées d’une formidable légèreté fraternelle.

Chère Antoinette, ces moments resteront parmi les plus précieux de mon existence.

  • Un homme dérangeant. Bertrand résistait aux ordres établis et agaçait. Il prenait souvent les sujets en sens inverse des autres.
    C’était un innovateur de rupture.
    Il cassait les codes.
    C’était un trublion.

Au fond, il appliquait avant l’heure la méthode du "REVE" de Patrick Viveret :
R comme résistance, E comme expérimentation. V comme vision. E comme évaluation

Une anecdote. Il avait été fait en 2013, Grand-croix de la Légion d’Honneur et avait demandé à Martine Aubry de la lui remettre en spécifiant : "Pas d’invités. Juste la ministre et lui ». Martine Aubry sans doute inquiète de se retrouver dans ce tète à tète avait demandé à Gilles Gateau et moi-même d’être présents, aux côtés de Bertrand et Antoinette.

Nous entrons tous les quatre dans le bureau de la ministre et là, Bertrand, après lui avoir rapidement dit bonjour, sort une feuille de sa poche et lui lit un vaste inventaire de tout ce qui n’allait pas dans la politique sociale du gouvernement, notamment pour les jeunes. Aubry en restait sans voix, ce qui ne lui ressemblait pas. Ainsi était Bertrand, toujours exigeant, continument résistant, toujours force de proposition.

  • Un homme d’utopie réaliste.
    Utopiste il l’était. Rien ne l’arrêtait. En pensant à lui j’associe souvent cette phrase de Sénèque :
    "Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas, c’est parce qu’on n’ose pas qu’elles sont difficiles".

Bertrand osait tout. Mais il osait comme un ingénieur. Mains dans le cambouis. Jamais d’intellectualisme ou de choses abstraites. Quand il avait accepté par amitié pour moi de siéger dans le conseil scientifique d’Avise je sentais qu’il trouvait que c’était trop abstrait et que ça manquait un peu de cambouis pour y mettre les mains. Il n’était pas à l’aise avec les "pelleteux de nuages", comme disent ses amis québécois.

Bertrand Schwartz a été pour moi un magnifique inspirateur.
Les Québécois, toujours eux, dont il était si proche, parlent de "pratiques inspirantes". Bertrand Schwartz avait, pour moi, des pratiques inspirantes.

Celles qui m’ont le plus marqué sont celles que nous avions en tête pour concevoir les emplois jeunes de la période Jospin, cher Gilles, lorsque j’étais en charge de ce programme au cabinet. Nous déjeunions régulièrement ensemble. Les principes de "NS EJ" puisaient dans la méthode Schwartz :

* Associer les jeunes aux mesures les concernant, partir de leur écoute
* Travailler à l’échelle des bassins d’emplois dans la proximité des territoires et non par des approches top down
* Mettre le paquet sur l’accompagnement, l’ingénierie, les financer
* Mener les actions dans la durée, donner du temps au temps
* Responsabiliser le système local d’acteurs, miser sur la responsabilité et non sur la bureaucratie

Si ce programme a été un succès, il le doit à l’esprit Schwartz.

Et demain ? Quelles pourraient être des pratiques inspirantes de Bertrand pour l’avenir ?

Malheureusement, Bertrand est toujours très actuel pour que nous sachions enfin écouter la jeunesse, lui faire confiance. Je dis malheureusement, car la France ne fait toujours pas vraiment confiance à sa jeunesse. Bertrand Schwartz est inspirant pour toutes les innovations intergénérationnelles, pour toutes les actions en faveur de l’engagement des jeunes, pour tout ce qui met les jeunes en contact direct avec les réalités de travail comme les écoles de production.

Ensuite, Bertrand reste inspirant pour moi, pour défendre et faire progresser l’innovation sociale. Si Bertrand était de ce monde je lui demanderais de venir se battre avec nous pour un crédit-impôt-recherche en faveur de l’innovation sociale. Je lui demanderais de plaider auprès des politiques pour que nous ayons des crédits pour financer l’ingénierie de projets innovants. Je lui demanderais de soutenir les pôles citoyens pour l’emploi et de participer à l’expérimentation Territoires zéro chômeurs de longue durée.

Pour terminer, je trouve, comme l’a dit son fils à Authouillet, que la vie de Bertrand Schwartz fut belle, droite, loyale, courageuse, je dirais lumineuse. Dans la lumière de Bertrand Schwartz qui continue à éclairer ma génération, je n’oublie pas Antoinette, sans laquelle, sûrement, Bertrand n’aurait pas été Bertrand. Merci Antoinette.

Dans notre société française pessimiste et qui doute, Bertrand laisse un message, celui de Mark Twain :

"Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait".

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