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Hygia, l’innovation sociale au service de l’empowerment féminin

Impression ForumPublié le 8 avril 2014 

Sophie Kardous et Karima Ourabah ont créé l’association Association Définition Hygia socio esthétique en 2005. Trois ans plus tard, elles chapotent la création d’un Institut de Beauté Solidaire dans les quartiers Nord de Marseille. Hygia s’est doté d’un objet social en socio esthétique, ce qui en fait un ovni et un précurseur dans ce domaine.

L’association Association Définition a inscrit son objet social dans l’accompagnement à l’insertion et l’éducation pour la santé grâce un outil qui est l’esthétique. Les publics cibles sont les personnes fragilisées (difficultés sociales, médicales, sortant de prison, etc.). Hygia réalise à travers ce concept de « beauté - santé » et « prévention - médiation santé par la beauté » une action innovante en empowerment des femmes.

L’accompagnement de projet, les clefs pour la consolidation des initiatives

Forte de cette expérience, Sophie Kardous estime que l’accompagnement à la réalisation de projet est primordial. Les différentes initiatives doivent faire réseaux, partager, mutualiser, afin de concevoir des modèles solides. Quatre points sont particulièrement importants :

  • La faisabilité et la réalité économique. Hygia a fait appel à un starter et une couveuse chez Inter Made pendant deux années. L’accompagnement quant au modèle économique s’est fait auprès d’ESIA dans le cadre du Dispositif local d’accompagnement (DLA).
  • La consolidation du projet, qui passe principalement par l’accroissement de la visibilité au sein de réseaux spécifiques de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
    Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
    comme celui de l’Agence Provençale de l’Economie Alternative et Solidaire (APEAS) qui a une taille adaptée pour rendre visibles les très petites initiatives. A la différence de la Chambre régional d’Economie sociale et solidaire (CRESS CRESS Chambres Régionales de l’Economie Sociale et Solidaire ) ou de l’URIOPS qui sont trop gros et noient les petits projets. La consolidation d’un projet, c’est aussi la professionnalisation de ses membres, formées au développement et à l’évaluation de projets.
  • L’attachement de la société civile qui se manifeste par le soutien de différentes fondations et journalistes ainsi que le nombre d’adhérents (763 pour l’année 2013).
  • L’inscription dans la politique publique. Pour consolider le projet, il faut trouver une place au sein d’une politique publique. Tabou épineux à Marseille où le choix des offres de subventions n’est pas transparent. De nombreuses structures qui recèlent pourtant une forte pertinence sociale ne sont jamais soutenues, ce qui va impacter négativement la cohésion sociale du territoire.

Les difficultés qu’a pu rencontrer l’association

Entre centre social et plateforme de services publics, Hygia a touché plus de 700 personnes en 2013. L’association est devenue un Point Ecoute Santé Femmes mais ce dispositif, totalement innovant dans le socio sanitaire, reste incompris, au point que ses créatrices se demandent si ce projet est jugé illégitime. Seule l’Agence Régionale de Santé (ARS) participe à un appui financier malheureusement insuffisant. D’autres difficultés sont apparues et ont freiné le développement et la consolidation de cette initiative :

  • Aucune expérience antérieure sur laquelle s’appuyer n’a été répertoriée, ce qui a pu provoquer une certaine frilosité chez les potentiels financeurs.
  • L’outil « esthétique » a une connotation péjorative et il a été mal accepté par les féministes qui y ont vu un outil sociétal de subordination des femmes et pas une association qui lutte contre les violences faites aux femmes.
  • Les soins esthétiques n’ont pas été suffisants pour assurer un autofinancement. Il a fallu justifier maintes fois que cette entrée commerciale était non rentable et servait d’appui au travail d’Hygia dans l’empowerment des femmes. Le soin esthétique n’étant pas ici une finalité mais un support de travail.
  • Reprenant les propos de Madeleine Hersent, présidente de l’ADEL, « Les initiatives menées dans le champ de l’économie sociale et solidaire semblent condamnées à l’expérimentation permanente, alors qu’elles ne cessent de faire la preuve que cela fonctionne ! », Sophie Kardous assimile cela à la situation d’Hygia. Même avec l’intérêt général et le label d’entreprise solidaire, même avec les rapports d’activités fournis chaque année, l’association est toujours dans l’expérimentation après 4 ans d’existence.

Aujourd’hui, Hygia a fermé son dispositif d’Institut de Beauté suite à ces difficultés qui ont eu raison de son modèle économique.

Le futur de l’association Hygia, prolonger le diptyque d’innovation sociale et création d’emplois

Pour maintenir une activité innovante et restructurer son modèle, l’association continue une partie de ses activités.

Hygia continue son travail de vulgarisation. L’expérience de ce concept médiation santé par la beauté constitue un capital inestimable que ses créatrices ne veulent pas voir abandonné.

Pour ce faire, elles développent des formations auprès de plusieurs corps professionnels afin de sensibiliser ces personnels. Des interventions ont lieu à l’Institut de Recherche et Prévention Santé, dans des écoles d’infirmière, d’esthéticienne pour modifier les pratiques du paysage social. En plus des aspects pratiques qu’elles transmettent, les membres de l’association développent leurs aptitudes théoriques afin de compléter leur enseignement.

Elles continuent également d’animer des « boudoirs femmes », des ateliers collectifs auprès des publics fragilisés, La présence sur le terrain restant un objectif majeur.

Aujourd’hui, certaines structures institutionnelles et associatives sollicitent Hygia en vue d’un essaimage sur d’autres territoires. L’association essaye de pérenniser ces relations pour établir des partenariats sur le long terme, comme avec Pôle Emploi, qui pourrait proposer ce type de formation complémentaire.

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