Le Labo de l’ESS est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

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L’autre finance existe, Christian Sautter

Impression ForumPublié le 9 février 2012 

L’autre finance existe… et je l’ai rencontrée !

Cela n’a rien d’une découverte : des milliers d’entrepreneurs, des dizaines de milliers d’épargnants en font déjà un bon usage. Ses ondées bienfaisantes ne font certes pas l’actualité comme les "tsunami" de la finance spéculative, mais elle grandit discrètement et rapidement.

L’autre finance existe… et je l’ai rencontrée !

Cela n’a rien d’une découverte : des milliers d’entrepreneurs, des dizaines de milliers d’épargnants en font déjà un bon usage. Ses ondées bienfaisantes ne font certes pas l’actualité comme les "tsunami" de la finance spéculative, mais elle grandit discrètement et rapidement.

Et elle innove loin des cieux parisiens. Je me souviens de l’atelier passionnant qui lui était consacré au cours des États généraux de l’Économie Sociale et Solidaire en juin 2011. Les "cahiers d’espérance", magnifique initiative du Labo, avaient mis au jour des pratiques aussi joyeuses que clandestines dans l’univers toujours opaque et souvent inquiétant de la finance traditionnelle. Donnons quelques exemples, que les lecteurs de cette page vont, je l’espère, démultiplier.

L’épargne solidaire s’investit totalement ou partiellement dans des projets solidaires. Les salariés, les familles peuvent consacrer une fraction de leur épargne (il faut bien songer aux temps plus ou moins lointains de la retraite !) à épauler des entreprises d’insertion, des associations, des coopératives ou des entrepreneurs individuels : ces partenaires disposent ainsi de fonds pendant plusieurs années, à un coût faible, pour acheter le véhicule, les outillages, les bâtiments de leur nouvelle entreprise. Les réseaux d’épargne solidaire sont multiples : Cigales, Garrigue, La Nef et évidemment les Fonds communs de placement Insertion-emploi qui permettent à France Active de financer près de 800 entreprises solidaires chaque année.

Les "cahiers d’espérance" ont bien montré l’aspiration aux circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts  : l’épargne solidaire est collectée localement pour financer des projets locaux connus, de l’autre côté de la route. Pour éviter de prendre trop de risques, des dispositifs régionaux ou nationaux de garantie jouent tranquillement. La finance devient alors un vrai lien social, une relation humaine entre des épargnants de bonne volonté et des entrepreneurs de bonne qualité. Des expériences existent aux quatre coins de notre pays, et aussi dans d’autres pays européens, sans oublier l’admirable Québec. Le Labo a pour passion de les faire connaître, de les diffuser, de les multiplier.

Dans notre monde où les capitaux volent au-dessus de nos têtes à des vitesses prodigieuses, en masses quasiment infinies, il est temps de revenir à une économie à taille et à vitesse humaines. Déjà, une vingtaine de "pôles territoriaux de développement économique", tels que celui de Romans, atteignent une taille critique qui permet à la croissance de s’entretenir elle-même. Ces "pôles" d’économie solidaire crèvent la chape d’indifférence des médias à tout ce qui n’est pas l’économie libérale classique. Ils sont les phalanstères du XXIe siècle.

De même que les syndicats, les coopératives, les mutuelles sont nées au XIXe siècle en contrepoids d’un capitalisme qui abusait de son pouvoir industriel, de même les entreprises sociales ou solidaires qui se multiplient aujourd’hui sont un antidote à un capitalisme financier qui a perdu la tête.

Ces jeunes pousses dissimulées sous les feuilles mortes de la tradition vont, en quelques décennies, devenir vigoureuses et redonner au monde économique les valeurs de justice, de démocratie, de solidarité, d’innovation qui lui font si cruellement défaut.
Cette renaissance ne viendra pas d’en haut mais de mille actions minuscules qui jailliront des profondeurs des territoires qui constituent notre pays, notre Europe. Ces jeunes pousses, aidez-les à les faire grandir, à les faire connaître.

L’autre finance existe, vous pouvez l’encourager.

Christian Sautter

Commentaires

  • Bonjour, vous parlez de "mille actions minuscules", est-ce suffisant pour ce changement de paradigme que vous semblez appeler de vos voeux ?
    Pour faire face, pour proposer de nouveaux modèles, de nouvelles perspectives fortes, il semble important de dépasser ces expériences certes sympathiques mais gentiment anecdotiques. Alors, dîtes-nous : comment concrètement changer d’échelle ?
    Bruno L.

    • Comment concrètement changer d’échelle au-delà "d’expériences gentiment anecdotiques" ?
      Les expériences recensées par les Cahiers d’espérance ne sont pas anecdotiques. Elles ont d’abord le mérite de montrer que le système capitaliste n’est pas la voie ni la pensée uniques, qu’il est possible de se glisser dans les failles de ce système (failles qui s’ouvrent avec la crise) pour consommer, produire, épargner, investir autrement.
      Elles montrent ensuite que toutes les solutions ne doivent pas venir d’en haut, de l’État, comme on le croyait en 1981 et comme certains le croient encore à la veille des élections présidentielles de 2012.
      Une nouvelle étape de décentralisation est indispensable pour renforcer des "pôles territoriaux de développement économique". Comme en Allemagne, les Régions doivent être les organisatrices du développement durable, dont l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
      Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
      peut être un fer de lance.
      Elles confirment enfin que la démocratie n’est pas exclue de la vie économique. Chacun peut, près de chez lui, s’engager comme salarié, bénévole Bénévole Définition , épargnant, consommateur pour redonner du sens à un monde dominé par l’argent.
      A France Active que je préside, il y a cinq cents salariés, jeunes et pointus en finance, près de 2000 bénévoles et nous aidons des milliers d’entreprises à naître (à 87% par des chômeurs) et nous soutenons le développement de centaines d’entreprises solidaires, chaque année. Les 200 millions d’euros que nous parvenons à mobiliser sont une goutte d’eau dans la mer de la finance mondialisée, mais cette goutte rend heureux ceux qui travaillent à une autre économie.
      Cordialement
      Christian Sautter

  • Il est bien beau cet optimisme, mais je ne vois pas comment l’autre finance peut s’épanouir sans un revirement des pratiques financières actuelles. Les initiatives comme les Cigales existent depuis plus de
    20 ans. Où sont les derniers projets d’envergures à même de faire pencher la balance en faveur de l’économie solidaire ? quelles sont les grandes réformes nécessaires ?

    • Vous me trouvez trop optimiste et considérez que les Cigales ne sont qu’une expérience limitée. Vous avez raison de souhaiter un revirement des pratiques financières actuelles. Il faudra combiner des mesures venant du haut (par exemple la taxe Tobin sur les transactions financières et la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires) et les mesures venant d’en bas, montant de la réalité du terrain.
      Les banques et assurances mutualistes ne se comportent pas exactement comme des banques commerciales. France Active travaille avec les Caisses d’Epargne, le Crédit Agricole, les Banques populaires, le Crédit Coopératif, le Crédit Mutuel, etc, pour mobiliser chaque année 200 millions d’euros de financements en direction des chômeurs créateurs d’entreprises et des entreprises solidaires. Ce n’est pas beaucoup, mais ce n’est pas négligeable. Nous avons aidé à créer et consolider plus de 25000 emplois sur une seule année.
      Quelles grandes réformes pour aller plus loin ?
      D’abord, confier aux Régions l’animation de la vie économique de proximité.
      Tout ne peut plus venir de l’État central ou des préfets.
      Ensuite, multiplier par des contrats pluriannuels, des "pôles territoriaux de développement économique". Il y en a déjà une vingtaine (cf RTES) où une masse critique est réunie pour faire de l’économie autrement, sur un petit territoire.
      Aussi, renforcer l’épargne solidaire (dix ans à peine depuis la loi Fabius) et la canaliser vers des investissements d’entreprises solidaires de l’autre côté de la rue.
      Enfin, former des entrepreneurs solidaires, à la fois chefs d’entreprises se battant sur le marché et porteurs de valeurs de solidarité plutôt que de cupidité. Tout devrait être fait pour que les salariés puissent reprendre l’entreprise familiale dont le patron part à la retraite.
      Elles sont des dizaines de milliers. C’est très difficile, mais l’enjeu en termes d’emplois et de vie locale est énorme.
      Cordialement
      Christian Sautter

    • Soyons réalistes : les banques que vous citez n’ont prêté "que" 200 M€ sur les milliards qu’elles brassent. Et parralellement l’Etat français a été obligé de les renflouer de combien ????
      Il n’existe malheureusement pas de véritable Investissement Socialement Responsable, de véritable Responsabilité Sociale et Environnementale des entreprises et toutes ces magnifiques "créations" ne sont là que pour faire avaler le reste et/ou se donner bonne conscience.
      Ce sont par contre des initiatives locales (et discrètes) qui ont probablement les meilleurs résultats en nombre et en durée. Mais c’est vrai que ces belles entreprises ne soulèvent pas les foules et n’attirent pas les médias...

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