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L’économie sociale et solidaire doit soutenir la transition culturelle

Impression ForumPublié le 6 avril 2017 

Une tribune de Bernard Latarjet, Conseiller culturel.

L’économie de la culture, dans ses différentes formes, est entrée dans une phase de transition. Ses modèles sont mis en cause par l’évolution conjuguée des techniques, des modes d’accès, des moyens de financement.
Ils le sont surtout désormais par la critique de son utilité sociale. Ces changements, dont témoignent, négativement, les expressions récentes de rejet et, positivement, l’affirmation internationale des droits culturels, devraient favoriser l’essor de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
.

Les entreprises culturelles occupent une place importante au sein de l’ESS. Plus de 20% d’entre elles y sont inscrites statutairement. Elles représentent de l’ordre de 15% des 225.000 entreprises qui composent aujourd’hui le champ de l’économie sociale et solidaire. 20% des structures ayant bénéficié du DLA (dispositif local d’accompagnement) appartiennent au monde de la culture.
La nouvelle donne économique et sociale des politiques culturelles crée un contexte favorable à l’essor de l’ESS au sein de la culture.

La raréfaction des financements par subventions de l’Etat et des collectivités locales conjuguée avec la hausse incompressible des coûts de fonctionnement de l’existant, conduit à brève échéance le modèle économique du service public à l’asphyxie.
La crise sociale dont les événements récents témoignent de l’aggravation conduit un nombre croissant d’acteurs de la culture à mettre en cause mission et efficacité de leurs entreprises, à dénoncer « l’entre soi », la fracture qui sépare désormais le monde « protégé » de la culture et le « peuple » des mécontents.
Depuis la déclaration de Fribourg, l’approche par les droits culturels, c’est-à-dire par l’élargissement de l’action culturelle à l’ensemble de la population, rend plus nécessaire encore cette remise en cause.

Enfin, les collectivités territoriales, et notamment les régions, portent un intérêt grandissant à la culture comme filière d’activités créatrices de richesses et d’emplois. En leur sein, ce sont souvent les services chargés de l’ESS et les outils mis en place pour son développement qui sont mobilisés pour compléter les aides traditionnelles ou compenser leur décroissance. Les 9 et 10 Mars derniers se tenaient à Strasbourg les assises nationales des directeurs des affaires culturelles (DAC) des collectivités territoriales sur le thème « culture et citoyenneté ». Les débats ont souligné la nécessité de stimuler l’économie sociale et solidaire comme voie – aujourd’hui trop sous-utilisée- de co-construction de projets de territoires dans des logiques financières nouvelles et plus coopératives. Ce diagnostic partagé confirme celui que l’UFISC exprimait en 2007 dans son « manifeste pour une autre économie de l’art et de la culture ».

Les entreprises culturelles sont donc entrées depuis peu dans une période de transition profonde – qu’il s’agisse du secteur purement marchand avec l’explosion des technologies nouvelles de production et de diffusion, du « tiers secteur » avec, en particulier la forte croissance du nombre des compagnies indépendantes, de secteur public dont on vient de rappeler les remises en cause dont il est l’objet.
Cette « transition culturelle » se manifeste notamment par une territorialisation accrue des projets, par la conjugaison au sein de ces projets d’ambitions artistiques, sociales et économiques articulées dans une vision plus globale du développement local, par le passage de la « démocratisation » à la « démocratie » porté par l’exigence des droits culturels.

Cependant, en dépit d’un contexte très favorable au rapprochement entre culture et ESS, il semble que la situation demeure globalement stagnante et qu’une coupure demeure – sinon s’élargisse – entre une action culturelle et sociale de proximité relevant de l’ESS et des structures de production et de diffusion relevant d’un entreprenariat plus classique. Le nombre de SCOP SCOP Société coopérative et participative , de SCIC SCIC Société Coopérative d’Intérêt Collectif , de fondations, d’associations se référant explicitement aux règles de l’ESS ne semble pas croître de manière significative. Les nouveaux outils - CAE CAE Coopérative d’activités et d’emploi , PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. – ont connu des applications exemplaires mais limitées en nombre. Certes, l’économie collaborative, le partage et la mutualisation de services et de moyens – gestion, production, communication…. – se développent. Mais le passage à l’économie coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. reste rare. Une résistance se manifeste souvent parmi les opérateurs contre l’inclusion de la culture dans une logique plus entrepreneuriale et à la prise en compte des moyens qui relèvent du bilan et du renforcement des fonds propres plutôt que de ceux qui agissent sur le résultat d’exploitation.

En outre, la réduction des subventions risque d’inciter un plus grand nombre d’établissements à s’orienter vers une activité créatrice plus directement marchande et cantonner l’ESS à un tiers secteur de plus en plus isolé et fragile.
Qu’en est-il réellement ? Quels sont les freins ? A quelles conditions l’ESS peut-elle porter davantage la transition culturelle en cours ? C’est à ces questions que la réflexion nouvelle engagée par le « Labo » s’efforcera de répondre.

Bernard Latarjet

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