Le Labo de l’ESS, association reconnue d’intérêt général, est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

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L’économie sociale et solidaire, un vecteur de développement des territoires

Impression ForumPublié le 16 décembre 2015 

Une tribune de Patricia Andriot, ancienne Vice-présidente de la région Champagne-Ardenne en charge de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
.

Une nécessaire nouvelle approche du développement économique qui passe par les territoires.

L’emploi est aujourd’hui un enjeu majeur de cohésion sociale et dans un contexte d’économie mondialisée, les différences territoriales s’exacerbent ; le développement économique ne peut plus être envisagé de manière uniforme selon les espaces géographiques et une approche territorialisée est indispensable. Il ne peut plus non plus être envisagé par la seule voie soit du développement exogène, soit du traitement de l’emploi et des charges ; c’est bien les modèles économiques qui doivent être questionnés et appréhendés différemment selon les territoires.

Dans ce contexte, L’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
est en effet très liée aux approches de développement local qui prône une économie endogène. Elle place au cœur de son projet la question de la territorialisation de la valeur ajoutée. L’ESS permet des approches innovantes pour trouver des réponses aux besoins locaux, contribuant à la création d’emplois et de dynamiques locales. Par les emplois qu’elle crée, par son inscription dans le développement local et son impact sur l’attractivité des territoires, mais aussi par sa capacité à mobiliser des citoyens autour de projets variés, l’ESS est un levier majeur pour le développement des territoires ruraux.

Elle le sera d’autant plus que la coopération sera au centre des démarches : coopération entre acteurs de l’ESS du territoire, entre acteurs de l’ESS et acteurs privés, entre acteurs et collectivités locales, et entre collectivités. La question de la transversalité des politiques publiques est un enjeu important, mais un peu oublié de la réforme territoriale.

La reconnaissance du rôle des collectivités territoriales dans une nouvelle approche des politiques économiques et dans la prise en compte de l’ESS.

Les principes même de l’ESS font que les entreprises de l’ESS sont souvent des entreprises qui choisissent de développer des activités économiques pour répondre aux enjeux du territoire.

Elles sont actrices d’un mode de développement « inclusif », qui crée des emplois non délocalisables et produit du lien social, par exemple en réinsérant, grâce au travail, des personnes éloignées de l’emploi, en développant des services de proximité dans les territoires, etc. L’ESS est souvent le 1er employeur de petites collectivités, notamment en milieu rural, et est une des rares formes d’économie privée à aller dans des zones rurales défavorisées, par exemple dans le domaine des services à la personne.

Au-delà de son impact en terme d’emplois, l’économie sociale et solidaire apporte des réponses à des besoins non satisfaits des habitants des territoires, et est ainsi un facteur important d’attractivité d’un territoire : la présence par exemple de services de garde petite enfance, d’associations culturelles, d’associations sportives, sont des éléments importants pour l’image d’un territoire.

Il est essentiel que les collectivités créent les conditions de la reconnaissance et de l’implantation de ces acteurs et cela passe souvent par une politique qui dépasse l’aide économique (subventions, avance remboursable) ou la création de locaux (pépinières d’entreprises, zone d’activités). Les collectivités ont un rôle déterminant dans la reconnaissance, la légitimation de cette économie ; à la fois en créant des aides adaptées qui n’écartent pas ce type d’acteurs des aides économiques, et en facilitant la participation des ces acteurs dans les instances économiques et de l’emploi (BPI BPI Banque Publique d’Investissement , CREFOP, stratégie régionale, etc.)

L’ESS, pour penser la transversalité et l’articulation entre collectivités

Une des dimensions souvent méconnues de l’économie sociale et solidaire est sa capacité d’innovation économique et sociale : nouveaux services, nouveaux métiers, nouvelles formes de gouvernance Gouvernance Définition … L’économie sociale et solidaire depuis de nombreuses années défriche de nouvelles filières et de nouveaux modes de faire. De multiples initiatives innovantes se développent aujourd’hui dans les territoires ruraux comme dans les quartiers, autour de la mobilité, des commerces de proximité et multi services, de l’agriculture citoyenne avec Terres de Liens par exemple, de la production d’énergies renouvelables...

De nombreuses dynamiques autour du numérique citoyen et solidaire permettent de repenser le développement en relocalisant services et activités : télétravail, e-learning, tiers-lieux et fab lab, points-relais de services publics.

Ces nouvelles formes de création d’activités et d’emplois sont souvent basées sur des logiques de coopération, associant différents acteurs : acteurs de l’ESS et acteurs privés, collectivités locales, citoyens... mais s’inscrivent en transversalité par rapport au cloisonnement habituel des politiques publiques ; il est donc essentiel pour promouvoir l’ESS de développer une capacité d’approche transversale des projets, une reconnaissance de la possibilité d’expérimenter et de jouer l’articulation entre les acteurs et les niveaux de collectivités.

La démarche de Pôles Territoriaux de Coopération Economique, également encouragés par la loi sur l’ESS, est également sans nul doute une réponse possible à de nombreux enjeux des territoires ruraux : un PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. associe « sur un territoire donné, entreprises de l’ESS et entreprises privées, collectivités locales et centres de recherche et de formation, qui mettent en œuvre une stratégie commune et continue de coopération et de mutualisation au service de projets économiques innovants de développement local durable ».

Que ce soit pas la co-construction, ou la collaboration, la dynamique territoriale autour de l’ESS doit être conservée peu importe les sensibilités politiques. Il en va du développement pérenne des territoires !

Commentaires

  • Beaucoup de souhaits de vœux sans doute sincères dans cette déclaration mais le verre reste à moitié vide.
    ce surplace de cyclistes d’un autre âge doit maintenant déboucher sur de vrais sprints, avec des chiffres des travailleurs, des réussites d’entreprises qu’on peut nommer, compter, développer.
    Je n’en vois pas un seul dans cette chronique. Ce n’est pas avec un jargon technocratique des années 90 qu’on dynamise un territoire mais avec de l’action.
    Une première action concrète est de discuter avec les établissements bancaires et financiers pour garantir le remploi d’au moins 5% de l’épargne locale dans l’économie locale, ce qu’aucun ne fait.
    Qui s’en charge ?

  • Un déficit démocratique dans l’espace public territorial.
    La concertation est désormais inscrite dans les textes et s’invite dans les discours politiques. Mais ce champ est clairement « polarisé » dans l’espace public. « L’hémisphère nord » est celui du « débat public. Il veut favoriser la participation à la décision publique. Plus richement doté, il utilise des formats d’action plus formels. Il est mieux reconnu, même s’il associe quantitativement moins d’acteurs ». « L’hémisphère sud » est celui du dialogue territorial. Il réunit « l’ensemble des processus de concertation et de médiation visant à mobiliser les habitants et les groupes organisés d’un territoire, en vue de définir des orientations de développement, de gérer des conflits locaux, de mettre en œuvre des projets ou de créer du lien social. Les décisions proposées dans ces espaces de concertation et de réalisation manquent de reconnaissance, alors qu’elles mobilisent une réelle capacité d’action avec peu de moyens. Les formats d’action y sont beaucoup plus diversifiés et parfois informels » .

    Les territoires qui s’organisent ne sont pas forcément des institutions et ne se limitent pas aux collectivités locales.
    Les habitants-citoyens qui mobilisent leur pouvoir d’action dans l’économie réelle et la gouvernance Gouvernance Définition territoriale sont amenés à devenir les partenaires naturels des représentants des gouvernements locaux et régionaux. Dans les faits, il en est autrement. Il y a là un chaînon manquant pour des partenariats beaucoup plus coopératifs, tenant compte des engagements sociaux de chacun. C’est ce qu’a montré l’étude « pour des références communes » dans l’Aude. Les gouvernements régionaux et nationaux ont un rôle à jouer pour pérenniser des solutions installées à l’usage. C’est ce que souhaite Elinor Ostrom en appelant à un changement de regard. Leur rôle est à redéfinir avec des mandats clairs et des retours aux électeurs. Se priver d’authentiques relations de coopération, est un autre des chaînons manquants d’une gouvernance démocratique.

    Parfois la légitimité citoyenne entre en collision avec celle des autorités publiques.
    Une participation citoyenne adulte s’autorise l’action, au nom d’objectifs qui sont susceptibles de rejoindre ceux des pouvoirs publics dans l’intérêt général, mais aussi de s’y opposer s’ils sont destructeurs de biens communs Biens communs Définitions . Les choix de localisation économique s’imposent bien trop souvent sans tenir compte des conditions de la vie au quotidien des habitants avec l’aval d’autorités publiques. Les obstacles que rencontre la reconnaissance du dialogue social territorial traduit la résistance des systèmes institués à leur propre transformation. Cette question rejoint le débat démocratique sur le contrat social en vertu duquel une autorité est légitime ou non à s’exercer. Les débats de fond sur les choix qui engagent l’avenir sont à inscrire dans les processus décisionnels incluant les démarches citoyennes car elles contribuent de fait à l’économie réelle et à la gouvernance territoriale.
    Amicalement à Patricia
    Martine Theveniaut

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