L’ESS face à la crise

L’économie sociale et solidaire (ESS), aux racines historiques profondes mais aussi d’une ardente modernité, rassemble une grande diversité d’initiatives économiques, ne relevant ni du secteur public ni du champ capitaliste.

Ces initiatives cherchent à produire, consommer, employer, épargner et décider autrement, de manière plus respectueuse des hommes, de l’environnement et des territoires.

La crise actuelle du capitalisme constitue une « opportunité » historique pour affirmer, faire connaître et reconnaître l’ESS, une ESS offensive mais ouverte, qui travaille à son propre développement, interroge et améliore ses pratiques, et œuvre aussi à une transformation sociale, écologique et démocratique de l’économie globale, en alliance avec d’autres acteurs de la société.

Car, comme le dit Edgar Morin, la crise financière n’a fait qu’accélérer des déséquilibres économiques, sociaux et écologiques plus profonds qu’il faut bien qualifier de crise de civilisation.

Par sa réactivité et les solidarités qu’elle met en œuvre, l’ESS constitue une réponse immédiate importante aux conséquences de la crise. Mais au-delà d’un nécessaire essor quantitatif et qualitatif de l’ESS, ses valeurs et ses pratiques peuvent inspirer positivement les nécessaires réformes des régulations économiques et inciter les pouvoirs publics, les entreprises et les citoyens à changer de comportement, pour tendre vers une économie plus solidaire, plus équitable, plus responsable.

Le retour de la croissance, point de mire des Etats, n’assurera en rien un retour des emplois supprimés, précarisés ou délocalisés. Elle ne saura conjurer les risques pesant sur l’environnement et sur l’avenir de nos enfants.

L’ESS, une réalité plurielle, des fondamentaux communs

Diverses dans leurs réalités, ces entreprises partagent des caractéristiques essentielles : une finalité d’utilité sociale s’inscrivant dans un projet économique ; une mise en œuvre du projet fondée sur une gouvernance démocratique et une gestion éthique ; une dynamique de développement s’appuyant sur un ancrage territorial et une mobilisation citoyenne.

En réponse à des besoins sociaux et pas seulement à la demande solvable, l’ESS a développé de nombreux services d’intérêt général, de la pratique du sport ou d’une activité artistique dans une association de quartier au remboursement des soins par une mutuelle de santé en passant par le maintien à domicile d’une personne âgée et l’accueil des jeunes enfants.

L’utilité sociale de l’ESS intègre de plus en plus une dimension écologique et contribue à un développement durable. Ses entreprises sont pionnières des filières de recyclage, de production et distribution d’une offre agricole plus respectueuse de la planète. Ses acteurs sont aussi fortement impliqués dans des campagnes de sensibilisation et d’éducation à l’environnement.

Depuis plusieurs années, l’ESS est engagée dans la réponse aux préoccupations éthiques, solidaires et équitables d’un nombre croissant de « consom-acteurs ». A un moment de défiance vis-à-vis des institutions financières, elle propose un autre rapport à l’argent à travers la finance solidaire, l’épargne salariale ou encore les monnaies complémentaires (SOL, SEL,…). Elle participe à une consommation responsable en contribuant largement à l’essor du commerce équitable. Elle réinvente le commerce de proximité par la promotion de circuits courts entre producteurs et consommateurs.

Par les engagements bénévole et citoyen qu’elle suscite, l’ESS dynamise positivement le lien social par la création de nouvelles solidarités et le souci de la mixité sociale.

Creuset historique de statuts d’entreprises de personne qui limitent la rémunération du capital et promeuvent un mode de gouvernance démocratique (une personne, une voix), l’ESS présente une alternative au diktat de la performance financière maximale.

Projets collectifs par essence, l’ESS propose aujourd’hui des formes innovantes d’entrepreneuriat: reprises d’entreprise sous forme coopératives, accompagnement d’entrepreneurs-salariés dans le cadre de coopératives d’activité et d’emploi, coopération entre salariés, usagers, bénévoles et collectivités locales au sein d’une SCIC.

Au sens le plus large, l’ensemble des coopératives, mutuelles et associations représente 200.000 entreprises et plus de 2 millions de salariés soit près de 10 % de l’emploi en France. L’ESS a un solde largement positif en matière de création d’emplois locaux souvent non délocalisables. Elle joue un rôle clé dans l’accès à l’emploi et le maintien de la capacité de travail des personnes fragilisées sur le marché du travail.

Ouvrir le champ des possibles

S’attaquer aux causes profondes de la crise appelle à de profondes transformations de notre modèle de développement autour de cinq enjeux prioritaires : investir dans l’intérêt général pour créer des activités utiles et des emplois de qualité; sortir de la démesure : mettre des limites au marché, à l’accumulation et réduire les inégalités; intégrer véritablement les enjeux sociaux dans le développement durable; redonner du pouvoir économique aux citoyens : pour une démocratie économique et faire du territoire le cœur de l’économie réelle.

L’Etat seul ne pourra répondre à ces enjeux sans interagir fortement avec les citoyens et la société civile, notamment dans sa composante économique qu’incarne l’ESS.

L’ESS : défis et perspectives pour une économie plurielle

Mais pour faire effectivement projet de société et apparaître comme le vecteur d’un autre mode de développement, l’ESS doit relever des défis internes et externes.

Si l’ESS ne se transforme pas dans une période historique sans précédent, les risques existent de relégation à un rôle d’amortisseur social de la crise, de banalisation entrepreneuriale face à une concurrence exacerbée, voire d’éclatement et de marginalisation. Il est urgent de trouver une parole politique commune.

Développer un langage de la preuve et mieux rendre compte de son utilité sociale, renforcer les mutualisations et coopérations économiques en son sein, améliorer ses pratiques démocratiques, se positionner comme fer de lance d’une économie territoriale solidaire et soutenable, faire mouvement et nouer de nouvelles alliances, autour d’un projet de société, avec tous les acteurs du changement… telles sont les perspectives d’un renouvellement de l’ESS. Perspectives que nous mettons ici en débat pour une implication de toutes les parties-prenantes de l’ESS.

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