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L’Humanité [Entretien] avec Claude Alphandéry « La signification politique de l’ESS n’est pas suffisamment reconnue »

Impression ForumPublié le 15 novembre 2016 

Entretien avec Claude Alphandéry, figure historique de l’économie sociale et solidaire, pour qui l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
oppose une résistance au capitalisme financier. Très efficace dans les territoires, elle peine pourtant à se penser de manière globale comme une alternative à un système qui s’épuise.

Cet entretien, publié le 8 novembre 2016, a été réalisé par Paule Masson et Jean-Philippe Milesy pour l’Humanité.

Depuis plus de trente ans, vous êtes un acteur engagé de l’économie sociale et solidaire. Comment jugez-vous son évolution ?

Claude Alphandéry L’économie sociale et solidaire est une manière de résister, et vous savez combien cette notion est importante pour moi qui ai participé à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. La dernière vague d’émergence de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
s’ancre dans les années 1980. Tout bascule en 1973, avec le « choc pétrolier ». Le tournant néolibéral entérine une rupture avec le progrès social des Trente Glorieuses et laisse place à un capitalisme moins ouvert, incarné par Donald Reagan et Margaret Thatcher. Face au développement du chômage, des inégalités et aux premiers signes de la crise écologique, la société civile développe son action propre dans des domaines caritatifs ou de défense des droits, mais elle ne prend pas encore en compte les nécessités de transformation du système économique. Les années suivantes sont plus innovantes. L’ESS s’engage dans des secteurs comme l’aide à la personne, la préservation de l’environnement, les enjeux alimentaires, les réponses « open source Open source Définition  » à la révolution numérique. Elle montre qu’il est possible de produire, échanger et décider autrement. Ce mouvement s’affirme dans les territoires et oppose une résistance au capitalisme financier, qui abandonne les réponses aux besoins les plus élémentaires.

L’économie sociale et solidaire a-t-elle seulement une fonction réparatrice ?

Claude Alphandéry Cette dimension n’est pas à négliger. Il y a tant à réparer. Mais, pour combattre efficacement les effets du néolibéralisme, il faut faire progresser la conscience qu’ils sont liés à un système qui s’épuise. On pourrait évoquer les drames écologiques à venir ou les inégalités sociales et les exclusions qu’ils provoquent, ou encore les contrecoups des conflits extérieurs, qui déplacent des populations entières. Partir de la réparation amorce un mouvement plus profond de véritable changement dans l’économie. Les initiatives de l’ESS sont aujourd’hui localement bien reconnues. Leur signification politique profonde l’est moins. Ses actions s’inscrivent pourtant en résistance à un système prêt à tout pour obtenir de gigantesques profits dans un marché où la demande se rétrécit et où les freins écologiques se multiplient.

Les grands acteurs de cette économie eux-mêmes n’ont pas toujours conscience du potentiel de transformation sociale que représenterait l’ESS…

Claude Alphandéry Nous vivons un temps d’intense pression idéologique et politique. La doxa libérale présente le grand et le riche comme l’objectif à atteindre. Or, il existe chez beaucoup le sentiment que l’ESS est marginale, fragile, pauvre et surtout fragmentée. Certains hésitent donc à opter pour la voie du changement face à un système qui, malgré tout, s’impose. Cela étant, j’observe que de grands acteurs de l’ESS sont en train de se constituer en réseaux citoyens et essaient de se rassembler. Je pense à Enercoop, à la NEF, banque coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. , ou encore à celles et ceux qui s’engagent pour une autre conception de la démocratie. Les choses bougent. Rien ne se fera sans le mouvement citoyen. Il existe un aphorisme, oriental je crois, que j’aime à citer : « On entend les arbres qui craquent, on n’entend pas la forêt qui pousse. » Dans notre monde, on entend plus les avatars des grands groupes que les jeunes pousses de l’ESS. Il manque du lien, et c’est au niveau des territoires qu’il est sans doute pertinent de le créer. Le Laboratoire ESS que j’ai créé a, depuis le début, travaillé sur le développement des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. ). Il en existe désormais 160. Nous avons aussi un problème d’évaluation. Le capitalisme calcule assez facilement la croissance de son profit. Mais pour l’ESS, comment estimer le développement de la démocratie, la confiance, la pénétration de la culture, etc.

Accédez à l’intégralité de l’article sur le site de l’Humanité.

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