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Le circuit court de la tomate, de l’électron, de l’euro…

Impression ForumPublié le 24 juillet 2012 

Une tribune de Philippe Chibani-Jacquot, journaliste indépendant, qui travaille notamment pour Novethic, Alternatives économiques et Politis.

Selon le dernier recensement agricole, 21 % des exploitations agricoles écoulent une partie de leur production en circuits courts Circuits Courts Définition du concept de circuits courts (1). La vente à la ferme ou sur les marchés de producteurs sont les formes traditionnelles de ce commerce sans intermédiaire, mais la tendance s’est amplifiée, poussée par la mouvance des locavores (2), du "made in local" et des nouvelles formes de commerce initiées sur le terrain de l’économie sociale et solidaire (ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
). Fer de lance de ces circuits courts de l’ESS, les associations pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap AMAP Association pour le maintien d’une agriculture paysanne ) ont convaincu en 10 ans 200 000 consommateurs (évaluation du Mouvement interrégional des Amap - Miramap). 200 000 personnes qui se nourrissent de légumes mais aussi parfois de fruits, de viande, miel, pain, vin… achetés en direct et payés à l’avance afin de préfinancer la production et sécuriser ainsi le revenu des producteurs.

Si les circuits courts touchent majoritairement l’alimentation, ils existent aussi dans d’autres secteurs de l’économie. La production d’énergie, les circuits financiers, la culture ou encore la santé sont le théâtre d’initiatives citoyennes et d’entreprises, qui prolongent et développent l’expérience d’une économie où le consommateur retrouve un rapport direct à ce qu’il consomme. Ces initiatives appartiennent très souvent à la sphère de l’ESS.

Pour bien comprendre comment le concept de circuit court peut dépasser le champ de l’alimentation, il faut repartir des éléments qui le caractérisent. Lorsqu’on interroge un locavore, trois arguments étayent ses choix de consommation. Il vous dira tout d’abord : "avec ça, on sait ce qu’on mange !" ce qui exprime un besoin de traçabilité. En deuxième lieu, Il se réjouit : "c’est cultivé juste à côté…" répondant à une demande de proximité. Enfin, il rappelle son exigence de qualité : "au moins ça a du goût !"

Ce triptyque "traçabilité, proximité, qualité" vaut autant pour l’alimentation que pour la finance, l’énergie, l’habitat ou la santé. La banque coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. La Nef (près de 30 000 clients sociétaires), ou encore des investisseurs solidaires comme Garrigue ou Terre de liens répondent à un besoin de transparence, de proximité et de qualité des circuits de financement exprimé depuis la crise financière. Dans le domaine de l’énergie, l’attrait pour les sources renouvelables incite des groupes de citoyens à créer de nouveaux circuits, plus directs et locaux de fourniture d’énergie à l’image de Bois bocage énergie. Cette coopérative normande, précurseur des filières locales d’approvisionnement en bois énergie, a fait des émules un peu partout en France.

Non seulement les exemples cités respectent les principes de traçabilité, proximité et qualité, mais ils apportent la plus value d’une organisation collective et participative qui consolide la démarche de circuit court. Par exemple : dans l’Orne, Bois bocage énergie organise une filière de production et de distribution locale de plaquettes de bois pour chaudière issu de la taille d’entretien des haies bocagères : produit local, qualité et respect de l’environnement garantis. De plus, l’entreprise une est société coopérative d’intérêt collectif (SCIC SCIC Société Coopérative d’Intérêt Collectif ) qui ajoute à la proximité géographique, la proximité des intérêts. Elle associe l’ensemble des parties prenantes à la gouvernance Gouvernance Définition de l’entreprise (agriculteurs/fournisseurs de bois, consommateurs finaux, élus, associations de défense de l’environnement…). Cette double proximité se charge de garantir le rapport direct et la transparence dans l’activité.

Autre exemple : Terre de lien est un fonds d’investissement dédié à l’achat de terres agricoles pour faciliter l’installation d’agriculteurs paysans et s’affranchir des effets de la spéculation foncière. Il est financé par des milliers d’épargnants qui se sont organisés collectivement dans des instances de décision démocratique, permettant de maintenir un lien direct entre l’argent épargné et les projets agricoles soutenus. A la relation directe, l’organisation collective de Terre de liens ajoute l’esprit participatif.

Les exemples pourraient être multipliés à l’envie : maisons de santé associatives, Coopératives d’habitants, offre culturelle… Et dans chaque cas, un élément ressort qui dépasse le simple constat de la cohérence entre les circuits courts et ces initiatives d’une économie plus solidaire. C’est l’aspiration grandissante des citoyens d’abandonner la posture du consommateur passif pour reprendre en main la maîtrise des échanges économiques qui jalonnent leur quotidien. Pour cela il faut favoriser l’esprit participatif et collectif dans l’action économique.

Sur ce point précis, l’ESS et les circuits courts ont un cercle vertueux à nourrir pour favoriser leur visibilité et leur légitimité auprès du grand public.

Philippe Chibani-Jacquot,
Journaliste

(1) Cette statistique prend comme base la définition du ministère de l’Agriculture qui a établi en 2009 qu’un circuit court se caractérisait par la limitation du nombre d’intermédiaire entre le consommateur et le producteur à un au maximum.

(2) Le mouvement locavore encourage les consommateurs à acheter des produits frais et de saison, à acheter sur les marchés et/ou aux agriculteurs ou paysans locaux.

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