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Le "Réseau-COSI" pour une Cohabitation Solidaire Intergénérationnelle

Impression ForumPublié le 25 octobre 2016 

Né de l’association Association Définition le Pari solidaire, initiative pionnière de la colocation intergénérationnelle en France, fondée en 2004, le « Réseau-COSI » permet désormais de fédérer près de 30 associations dans l’hexagone et les DOM-TOM.

Faire cohabiter des personnes âgées et des étudiants, il fallait oser. C’est le pari pris par Aude Messean quand elle crée, avec une amie, la toute première association Association Définition rapprochant ces deux générations. Son idée de Pari solidaire naît juste après la canicule de 2003 qui fait alors 19 000 morts en France, « il fallait réagir et on s’est inspiré d’une expérience réussie en Espagne, Vivir y convivir ». Elle souhaite ainsi répondre à une double problématique : la solitude et l’isolement des personnes âgées, en même temps que la difficulté pour les jeunes de se loger convenablement à des prix modérés.

Un travail de fourmi s’engage alors, car il faut trouver des prescripteurs pour répandre l’initiative ; l’association tape aux portes des pharmacies, des médecins, des personnels soignants et sollicite la presse. « On a rapidement eu une belle couverture médiatique et des personnes motivées ont commencé à nous appeler pour reproduire le même principe dans leur ville : Nantes, Rennes, Lyon, Lille… Nous avions bien réfléchi au modèle et nous avons pu les conseiller. Mais la plupart sont bénévoles, avec une activité professionnelle en parallèle et les freins juridiques sont nombreux », se souvient la fondatrice.

Si le nombre d’associations membres du réseau s’élève aujourd’hui à 27, en réalité, il devrait représenter le double ; en effet, nombre d’entre elles ont été contraintes de fermer faute de subventions, de soutien des collectivités locales ou d’accès aux domiciles de nouveaux hébergeants. La difficulté pour les structures qui proposent ce service est de trouver un modèle économique viable. « De surcroît, si l’alchimie s’opère entre le senior et l’étudiant, ils ont tendance à vouloir se passer de nous. Il est souvent difficile de leur faire comprendre qu’en continuant à payer une cotisation annuelle, ils participent à la pérennité du système ». Il s’agit d’une fourchette annuelle de 200 à 250€ pour les personnes âgées et d’environ 300€ pour les jeunes (calcul de la moyenne nationale).

Le statut associatif n’est d’ailleurs pas le seul à être choisi, « il y a également des Centres communaux d’action sociale (CCAS), des maisons de l’habitat, des Comités Locaux pour le Logement Autonome des Jeunes (CLLAJ), une association du réseau PACT dans le Var (Bâtisseurs de solidarités pour l’habitat) et une Union Départementale des Associations Familiales (UDAF) à Bordeaux, par exemple ; certains ont malheureusement été contraints de fermer », regrette Aude Messéan. En chiffres cumulés, le Réseau-COSI a permis la formation de 5600 binômes sur toute la France depuis sa création. La Présidente du réseau qui a passé le flambeau du Pari Solidaire met en garde : « c’est essentiel de mener une évaluation rigoureuse des jeunes et des seniors pour s’assurer qu’ils n’attendent pas du jeune de se substituer à un service d’aide à la personne et faire en sorte que les binômes soient formés par affinités. Il faut également à minima un permanent dans la structure, un référant pour dialoguer avec les personnes âgées et les jeunes, et les rassurer. »

COSI est le seul réseau d’associations de cohabitation intergénérationnelle labellisé "La France s’engage". Choisi directement par l’Elysée lors du lancement du programme présidentiel en juin 2014, l’association fait partie de la toute première sélection de quinze innovations sociales et solidaires. « C’est la première fois qu’on se bat autant pour nous depuis 12 ans d’existence », explique Aude Messéan. Faire partie des labellisés La France s’engage a permis au réseau de bénéficier d’un accompagnement sur 3 ans comprenant : les conseils stratégiques gratuits de l’ADASI pour mettre en place un modèle économique et trouver des mécènes, pour un essaimage pérenne ; l’accès à Passerelles & Compétences, association de mise en relation avec des professionnels d’entreprises fournissant du temps bénévolement ; et le soutien de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS) qui conçoit, propose et met en œuvre des politiques et actions pour la prise en charge et l’accompagnement des personnes fragiles et vulnérables.

Acteur désormais bien identifié par les pouvoirs publics, le Réseau-COSI a intégré un comité de pilotage pour y apporter son expérience. Il faut souligner qu’il remplit cinq des six critères d’évaluation de l’utilité sociale proposés par l’Avise. « Nous avons régulièrement rendez-vous dans les Ministères pour informer sur les fragilités juridiques et fiscales, et participer à des groupes de travail. Cette loupe sur notre action permet de faire avancer la cause au niveau national. » La Loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement a pour objectif d’anticiper les conséquences du vieillissement de la population ; elle prévoit un amendement qui devrait être promulgué avant la fin du quinquennat, et permettrait justement d’encadrer certaines solutions facilitant le maintien des personnes âgées à domicile.

« Nous essayons de faire de l’innovation sociale en permanence, avec notamment, des expériences réussies en résidence de personnes âgées, avec bailleurs sociaux ou des partenariats avec AG2R La Mondiale et Pro BTP, permettant d’associer le logement et la transmission de connaissances : des retraités de l’alimentation ou du bâtiment logent des apprentis. Même si nous avons la chance d’avoir Frédéric Lenoir comme parrain depuis 2011 et que la presse a fait beaucoup avancer la cause, davantage de communication demeure indispensable auprès des personnes âgées et leur famille. Il y a une énorme demande de la part des jeunes et pas encore assez de seniors pour les accueillir ».

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