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Les AMACCA replacent la culture entre les mains des citoyens

Impression ForumPublié le 30 août 2012 

Les Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique (AMACCA AMACCA Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique ) sont fondées sur le modèle des AMAP AMAP Association pour le maintien d’une agriculture paysanne  : elles permettent aux citoyens de sortir de leur rôle de simple consommateur et de s’emparer des projets culturels. Ils deviennent ainsi des "spect’acteurs", à travers un dispositif de développement local participatif.


La culture. Oui, mais laquelle ?

Les AMACCA AMACCA Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique , Associations pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique, sont fondées sur le modèle des AMAP AMAP Association pour le maintien d’une agriculture paysanne  : elles entendent revoir le lien entre producteurs et consommateurs dans une logique qui dépasse largement l’échange marchand. Ces associations mettent les citoyens au cœur d’un projet culturel dont ils sont les acteurs. Ce faisant, elles militent pour une culture non marchande, une réappropriation de ce bien commun.

Le temps du constat

Les AMACCA naissent d’un besoin, celui de s’arroger le droit à la culture, au savoir. Elles essayent de casser la spirale infernale qui peut parfois vider de son sens la Culture, notamment quand elle l’engrène dans une structure marchande qui la conditionne démesurément. Olivier Lanoë qui a élaboré le concept d’AMACCA regrette que les acteurs culturels se soient transformés en épiceries et brocantent la culture pour répondre aux exigences d’un secteur de plus en plus marchand. Pour contrecarrer cette braderie, diverses expérimentations ont été mises en place.

Celui de la proposition

Olivier Lanoë, syndicaliste et guitariste, a développé le concept des AMACCA en 2007. La première association Association Définition  de ce réseau, l’AMACCA des Culticulteurs La Ciotat, voit le jour en 2009. Depuis, plusieurs ont été créées à travers toute la France. Les débuts sont faits de louvoiements, mais c’est bien normale : desserrer un étau n’est jamais chose aisée, surtout quand il faut faire bouger de nombreuses lignes : les artistes, les acteurs de la culture, du public, les citoyens et éventuellement les divers agents d’un territoire (commerçants, entreprises, etc.). Car une AMACCA, dans sa généreuse acceptation du bien commun, veut en faire bénéficier tout le monde. Il faut dire que jusqu’à présent, même si le secteur public subventionne le secteur, le savoir est loin d’être accessible à tous. D’abord économiquement. Une place de cinéma, un ticket de concert, c’est beaucoup pour beaucoup de personnes. Egalement socialement. Pour lutter contre une certaine forme de passivité, les citoyens doivent se servir, prendre la culture entre leurs mains, la modeler à leur guise, pourvu que ça soit eux qu’ils le fassent. On ne peut pas regarder un bien commun en fronçant les sourcils d’incompréhension. C’est notamment le défi des associations que de diffuser ce mode de fonctionnement dans les quartiers populaires où la culture ne joue plus son rôle de cohésion.

La structuration du mouvement

En 2011 ont eu lieu les rencontres nationales des différentes associations. L’occasion de mettre au point une charte, discuter des succès ou des échecs, mutualiser ces expériences et formaliser le réseaux qui échafaudera une politique nationale. L’accent sera mis sur le long terme, seule échelle de temps raisonnable pour élaborer un réel projet participatif. Les acteurs entendent également renforcer leur connaissance du territoire et se faire entendre pour bénéficier de bases stables et d’une légitimité accrue au moment du démarrage. Les AMACCA entendent la culture au sens de l’UNESCO (2001), c’est-à-dire un espace citoyen de partage qui, à l’intérieur d’un territoire, dynamise toutes les énergies pour atteindre l’émancipation individuelle et collective.

Un enjeux de long terme...

Olivier Lanoë regrette qu’aujourd’hui, les politiques publiques ne soient pas un réel soutien. Souvent elles ont favorisé le processus de marchandisation et ne favorisent plus l’accessibilité. De plus, les subventions sont perçues comme versées de manière non transparente, ce qui interpelle bon nombre d’acteurs. Contre les critiques, le réseau soutien le système des subventions, outil publique au service d’un secteur privé qui œuvre pour le bien commun. Lorsque les structures de l’Economie Sociale et Solidaire en produisent, permettant à un territoire d’acquérir une forte plus value culturelle et sociale, cet argent est bien placé, et plutôt que de le considérer comme une dépense inutile, il faut y voir un investissement qui certes n’est pas immédiatement palpable, mais qui porte toujours ses fruits.

… grâce au micro-mécénat Mécénat Définition  

Faire émerger des actions et développer ces alternatives culturelles nécessite un financement. Les recettes des billetteries sont aujourd’hui loin de couvrir les dépenses des associations culturelles, et augmenter le prix des billets aggraverait la "fracture sociale de la culture". Faire payer des contributions trop lourdes aux adhérents serait contraire aux principes des AMACCA, puisqu’elles doivent être ouvertes à tous les citoyens.
Olivier Lanoë a résolu ce problème en transformant un instrument financier en instrument citoyen. Depuis 2003 et la "loi Aillagon" relative au mécénat, un contribuable peut bénéficier d’une réduction d’impôts de 66% sur les dons qu’il a consentis aux organismes culturels dits d’intérêt général. En effectuant un don à une AMACCA, le citoyen choisit donc directement comment utiliser une partie de son impôt. Cet outil permet de diminuer sensiblement le montant des contributions des adhérents, permettant la participation de tous au projet. D’où le nom de "micro-mécénat".

Aujourd’hui, des AMACCA naissent aux quatre coins de la France. La première, celle des Culticulteurs de La Ciotat, a déjà organisé plusieurs types d’événements : théâtre de rue, concerts de jazz, de rock alternatif… Dernièrement, l’AMACCA du Gapeau a organisé en mai sa première manifestation culturelle, avec, entre autres, plusieurs concerts.
Ce projet, qui n’en est qu’à ses débuts, est en pleine évolution : les AMACCA se sont récemment dotées d’une Charte de fonctionnement, ainsi que d’un kit de démarrage élaboré pour faciliter la création d’une AMACCA.

D’autant plus que la société civile est de plus en plus capable. La compétence est partout, et les AMACCA comptent bien les exploiter. Outre la production culturelle, les associations misent sur les micro-mécénats pour favoriser l’implication et la participation la plus large possible et ainsi faire des citoyens les acteurs, financeurs, créateurs, éducateurs et spectateurs des biens communs Biens communs Définitions . C’est une véritable transition qui dépend de peu de choses : la participation, l’engagement le plus large, témoignage d’une citoyenneté renouvelée.

Pour en savoir plus :

Commentaires

  • Bonjour,

    Tout d’abord, félicitations pour la présentation de cette initiative ô combien intéressante et innovante. Voilà maintenant pas mal de temps que j’ai entendu parler des AMACCA AMACCA Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique et je m’interroge sur sa réelle démocratisation de l’accès à la culture sans pour autant remettre en question ses bonnes intentions.

    Partant du postulat qu’environ la moitié des ménages français ne sont pas imposable et que ce chiffre est probablement condamné à croître au regard du climat économique général, la création d’un dispositif complémentaire ne serait-il pas à prévoir afin de réellement démocratiser l’accès à la culture ?

    A titre d’exemple, doter annuellement chaque ménage d’un "crédit culture local" qu’il pourrait utiliser comme bon lui semble. Cette monnaie affectée ne pourrait être utilisée que dans le cadre de biens ou services culturels. Avec un crédit tel de 100 euros, n’importe quel ménage pourrait aller à un concert, une pièce de théatre, prendre des cours de peinture, s’acheter des livres ou bien alors rentrer dans le dispositif d’une AMACCA. Ce crédit pouvant augmenter en échange d’une participation à une activité socialement utile type travail bénévole Bénévole Définition associatif. Cette réflexion autour de la création d’impôt additionnel et non "soustractionnel" au revenu relêve encore de l’utopie mais pourrait être expérimentée au niveau local.

    La problématique d’accès à la culture est quelquechose de très épineux car est la résultante d’un processus d’éducation précoce et de sensibilisation continue tout au long de la vie. Si le projet des AMACCA est un programme intéressant, son impact ne sera, à mon avis, que limité car ne touchant qu’une part de la population déjà préoccupée par la culture et dont les revenus leur permettent de s’y impliquer. Ainsi, l’autre moitié des ménages non imposable, pour qui la culture pourrait résolument constituer un ballon d’oxygène à un quotidien rythmé par les impératifs pécuniaires, n’est pas inclus dans ce programme alors que ce sont ces derniers qui seraient la cible prioritaire.

    En conclusion, la culture constitue souvent le sommet d’une pyramide à laquelle ont accès ceux ayant une base économique solide. La réelle démocratisation culturelle passerait donc par le renversement de cette pyramide où la Culture constituerait le socle à une amélioration personnelle mais également possiblement économique de l’individu. Ce questionnement reste en chantier mais il serait utile que l’on s’y attarde.

    • Bonjour Kévin,
      Je partage totalement votre point de vue mais certaines caractéristiques ou précisions ne sont pas dans l’article.(hybridation des ressources, gouvernance Gouvernance Définition par exemple)
      Je vous invite à consulter les chartes AMACCA AMACCA Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique et vos voeux seront exaucés !
      D’autre part la notion de bien commun signale bien que ce ne sont pas seulement les parsonnes imposables qui sont concernées, elle peuvent simplement donner plus (pour deux raisons : à priori elle ont plus de moyens, au delà elle peuvent donner plus en sachant que 66% de leur dons sera défiscalisé) alors qu’un micromécénat (un dons) attribué par une personne non imposable ne sera pas défiscalisé.
      J’espère que c’est plus clair. L’objectif étant toujours de rechercher la meilleure solution éthique.
      Ceci dit, réussir un amorçage AMACCA est déjà un projet en soi avant même de créer l’AMACCA. la fiche pratique sur le sujet qui se trouve dans le kit vous en dira plus. De toutes les façons pour toutes les personnes qui souhaiteraient créer une AMACCA près de chez eux, ll est fortement conseillé de contacter un membre du réseau proche d’elles(liste sur le site) , avant même de commencer à communiquer - C’est du sur mesure pour chaque situation.

    • Pratiquement un après j’ajouterai à ma réponse la référence à un outil qui mérite d’être mieux connu par tous ceux qui veulent changer l’angle d’approche des enjeux culturels : La déclaration de Fribourg sur les droits culturels.
      Ce texte (quelques extraits figurent dans le Kit de démarrage AMACCA AMACCA Association pour le Maintien des Alternatives en matière de Culture et de Création Artistique ) est le résultat d’un travail mené internationalement depuis des années.
      Aujourd’hui quatre départements ont fait un pas dans cette direction à travers le programme "Paideia 4D" mené par Réseau Culture 21. En passant par ces chemins la perversité des effets pyramides peut être inversée, et constituer ainsi un véritable tremplin vers la création d’AMACCA ou d’autres innovations porteuses de nouvelles valeurs, de nouvelles pratiques.
      Les premières AMACCA n’ont pas profité de ces conclusions mais aujourd’hui nous constatons la nécessite d’accompagner les créations d’AMACCA, afin de doter les citoyens d’un certain nombre d’outils avant même qu’ils les créent.
      Ces chantiers préparatoires portent en eux la durée correspondant au temps minima d’apprivoisement de ces nouvelles façons de faire.

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