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[Tribune] Les coopératives : un modèle moderne, par Hugues Sibille

Impression ForumPublié le 11 décembre 2019 

Les coopératives sont de retour ! Cette forme d’entreprise de l’économie sociale que le capitalisme financier aimerait voir disparaître connaît un regain d’intérêt.

Au cours des cinq dernières années, le nombre de Société Coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. et Participative (SCOP SCOP Société coopérative et participative ) et de Société Coopérative d’Intérêt Collectif Intérêt collectif Littéralement, il s’agit bien de l’ensemble des avantages ou des bénéfices dont peut profiter une collectivité spécifique. Il ne faut donc pas le confondre avec l’intérêt général qui vise le plus grand nombre. Par exemple, dans la dénomination des SCIC, le terme d’intérêt collectif désigne les différents collèges qui composent leur sociétariat et non l’utilité sociale qu’elles se sont donnée.

Source :CNCRESS
(SCIC SCIC Société Coopérative d’Intérêt Collectif. ) s’est accru de 22% et leurs effectifs de 15%. Les SCIC connaissent un engouement avec 700 coopératives dans des secteurs très variés, comme les énergies renouvelables (Enercoop), l’auto-partage (Citiz) ou encore le streaming équitable (1D Lab). Le modèle de coopératives de consommation, après un déclin, redémarre avec de nouvelles formes d’organisation et d’implication des citoyens comme c’est le cas pour certains supermarchés coopératifs tels que La Louve à Paris et La Cagette à Montpellier. Le logement n’est pas en reste avec la vitalité de l’habitat coopératif (Le Village Vertical). Face à l’Ubérisation du travail, les Coopératives d’Activité et d’Emploi (CAE CAE Coopérative d’activités et d’emploi ) proposent un modèle innovant conjuguant souplesse entrepreneuriale et sécurité salariale. On entend à nouveau dire qu’une « banque coopérative Banque coopérative Une banque coopérative est une entité bancaire qui appartient à ses sociétaires. Ces derniers ont la double qualité d’associés et d’usagers, de propriétaires et de clients de leur banque. qui appartient à ses sociétaires, ça change tout ». La gouvernance Gouvernance La gouvernance est l’ensemble des règles et méthodes organisant la réflexion, la décision et le contrôle de l’application des décisions au sein d’un corps social. La gouvernance évoque souvent le « bon gouvernement » et donc des pratiques participatives et inclusives. La gouvernance renvoie aux sphères économiques, sociales, politiques, etc. coopérative est en passe de redevenir tendance.

D’où vient ce vent qui souffle dans les voiles coopératives ? Qu’est ce qui change pour expliquer un retour de flammes vers des formes d’organisation qui ne datent pas d’hier : les Fruitières de Comté ne furent-elles pas inventées au moyen-âge ? Premier signe, après une domination sans partage de la compétition et du chacun pour soi, on assiste à une redécouverte des vertus du mot « coopération Coopération Acteurs qui ont des intérêts similaires qu’ils planifient ensemble, où ils négocient leurs rôles mutuels et partagent des ressources pour atteindre un objectif commun tout en maintenant leur identité  ». Coopérer c’est faire ensemble. Des formules comme « seul on va vite, ensemble on va loin », ou « libres comme l’individu, forts comme le collectif » attirent des jeunes, des entrepreneurs, des acteurs du territoire. Après les Pôles de Compétitivité, ont émergé des Pôles de COOPERATION Territoriale (PTCE PTCE Pôles territoriaux de coopération économique. ). Un jeune diplômé de grande école sur deux aimerait travailler dans l’ESS ESS Le terme d’Économie sociale et solidaire regroupe un ensemble de structures qui reposent sur des valeurs et des principes communs : utilité sociale, coopération, ancrage local adapté aux nécessités de chaque territoire et de ses habitants. Leurs activités ne visent pas l’enrichissement personnel mais le partage et la solidarité pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement. qui défend ces valeurs de coopération d’après un sondage Ipsos.

La mondialisation et ses excès, écologiques ou sociaux, suscite des initiatives nombreuses et innovantes pour inventer une nouvelle économie « de proximité » qui soit non délocalisable, équitable et durable. Les coopératives y font valoir leur gouvernance à savoir :« une personne, une voix » et leurs règles de réinvestissement local des excédents. On voit mal les salariés associés d’une SCOP, réunis en assemblée générale, décider de la délocalisation de leur propre outil de travail !

Contrairement à une idée reçue, on peut entreprendre en coopérative dans tous les secteurs. Les zones de force restent les coopératives agricoles (40% du secteur agro-alimentaire) et les coopératives bancaires (60% des dépôts bancaires). Hélas, enchainées à l’hyper concurrence et au gigantisme (« too big to fail »), elles peinent parfois à maintenir leur spécificité de gouvernance coopérative et n’ont pas échappé par moment à une certaine banalisation. Le contexte doit les amener à revenir à leurs fondamentaux. L’enjeu pour le mouvement coopératif est de rapidement investir des secteurs émergents à fort potentiel comme la transition énergétique. En Allemagne près de 50% de la production d’énergie renouvelable est réalisée par des coopératives. Nous partons de loin en France, mais des initiatives se multiplient comme Ferme de Figeac, Combrailles Durable ou Enercitif à Paris qui sont des coopératives de production solaire et éolienne qui portent des projets citoyens d’un autre modèle de développement. L’alimentation durable (Biocoop), le vieillissement (Habitat et Humanisme), l’économie circulaire économie circulaire L’économie circulaire désigne un modèle économique dont l’objectif est de produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et les gaspillages de ressources (matières premières, eau, énergie) ainsi que la production des déchets. Il s’agit de rompre avec le modèle de l’économie linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter) pour un modèle économique « circulaire ». (Groupe Demain), mais aussi les activités culturelles (CAE Clara) sont des secteurs sur lesquels on entreprend de plus en plus en coopérative.

Lire la suite de l’Édito de Hugues Sibille, Président du Labo de l’ESS, ICI !

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