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Les Monnaies Locales Complémentaires, solutions à la crise … mais pas que

Impression ForumPublié le 20 mai 2016 

Une tribune de Jean-Philippe Magnen, co-auteur du rapport « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité » [1] et ancien vice-président du conseil régional des Pays de la Loire.

Parce qu’elles ont un effet contra cyclique évident et avéré, parce qu’elles remettent l’argent à sa vraie place, celle d’un outil au service de l’échange de biens et de services, les Monnaies Locales Complémentaires (MLC) séduisent nombre de citoyens et d’élus, d’entreprises et d’acteurs locaux sur de plus en plus de territoires, en France et ailleurs dans le monde. Le film « Demain », vu par plus d’un million de spectateurs à ce jour, illustre avec enthousiasme et pédagogie cet engouement et ce qu’il permet d’imaginer à plus grande échelle.

Face à la crise, trois options se présentent : le repli sur soi d’abord, qui peut se traduire par une sortie de l’euro, mortifère ; la dérégulation totale, l’ultra libéralisme et la mondialisation, ensuite, option que porte par exemple l’apatride Bitcoin. Et une 3ème solution qui a résolument ma préférence, la relocalisation des activités économiques et le fait de remettre l’humain au cœur des échanges, comme le font les Monnaies Locales Complémentaires et plus largement tous les acteurs de l’Economie sociale et solidaire.

S’il ne s’agit pas de remplacer l’euro, les MLC permettent de pallier ses insuffisances dans un système où 2% seulement de la masse monétaire mondiale circule dans l’économie réelle. Les Monnaies Locales Complémentaires participent au maillage d’un territoire entre les citoyens, les commerçants, producteurs, artisans ou encore entreprises par l’usage local des revenus tirés d’une production également locale, dans ce qu’on appelle les circuits – courts.

Il est maintenant temps d’amplifier et de consolider le mouvement, sous peine de voir nombre de projets s’essouffler : parce qu’au-delà de leur effet « anti-crise », et parce qu’elles sont de véritables innovations sociales et territoriales durables, ces monnaies peuvent surtout aider à la poursuite d’objectifs sociaux et écologiques cruciaux aujourd’hui. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’une des MLC (la Bristol Pound) les plus développées actuellement en Europe se trouve à Bristol, l’une des pionnières du réseau des villes en transition.

Pour réussir, je suis convaincu qu’elles ne doivent pas rester seules et, au contraire, impérativement être accompagnées, sur la durée, par les collectivités locales, notamment en faisant en sorte que celles-ci autorisent le paiement des services publics en MLC (et à termes la fiscalité locale), pour sortir d’un entre soi préjudiciable. C’est déjà le cas à Boulogne-sur-Mer (avec la Bou’Sol) pour les transports publics et les événements culturels, bientôt à Nantes (avec la SoNantes) pour les transports publics et certaines manifestations et événements culturels de la ville.

Il devient incontournable qu’augmente ce nombre de collectivités engagées pour un développement plus rapide du nombre d’utilisateurs et donc une démocratisation de l’outil.

Par ailleurs, et pour aller plus loin, nous devons trouver des synergies entre les monnaies locales associatives-citoyennes et des monnaies régionales, comme il en existe en Suisse et en Italie (le WIR et le Sardex), qui opèrent à une plus grande échelle et visent en priorité à renforcer les échanges interentreprises.

Entre ces deux types de monnaies, il y a des formes de mutualisation et de coopération humaine et technique à inventer. Ces monnaies n’ont pas le même objet et ne se concurrencent pas. Elles peuvent s’aider entre elles et contribuer à la cohérence de leur implantation et impact socio-économique sur les territoires.

Enfin, j’ai pu constater que celles qui fonctionnent le mieux s’adossent à des réseaux existants et s’intègrent dans un projet politique territorial, souvent de transition écologique.

Créer ou soutenir une monnaie locale complémentaire Monnaie Locale Complémentaire Définition est un projet politique qu’il faut assumer. C’est une vision alternative et moderne du développement territorial, où l’économie de liens compte autant que l’économie de biens.

Jean-Philippe Magnen


[1remis en avril 2015 à Carole Delga, secrétaire d’état au commerce, à l’artisanat et à l’économie sociale et solidaire.

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