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Philippe Frémeaux : Résister pour vivre !

Impression ForumPublié le 4 août 2020 

C’est avec tristesse que le Labo apprenait hier le décès de Philippe Frémaux, éditorialiste, ancien rédacteur en chef d’Alternatives Économiques et membre du Conseil d’orientation du Labo. Hugues Sibille, Président du Labo et ami de longue date lui rend hommage ci-dessous.

Philippe Frémeaux, notre si cher Philippe, est parti.

Depuis 18 mois il résistait à son cancer avec un tel désir de vivre qu’on pensait qu’il parviendrait à repousser encore et encore la limite. Jusqu’à la fin il réclamait son ordinateur pour écrire. Jusqu’à la fin il téléphonait pour s’occuper de sa dernière création et fierté : les Journées de l’Économie autrement de Dijon (JEA) dont il avait fait une magnifique réussite citoyenne en peu d’années.

Il y a deux ans, alors qu’il n’était pas encore atteint par la maladie, je déjeunais joyeusement avec lui, parlais de retraite et il m’avait dit les yeux dans les yeux : « pas de retraite pour moi, je mourrai en scène, comme les artistes. »

Il l’a fait. Jusqu’au bout il est resté engagé, observateur scrupuleux de la société, plume vive, essayiste sans concession. Philippe venait régulièrement aux conseils d’orientation du Labo de l’ESS ESS Le terme d’Économie sociale et solidaire regroupe un ensemble de structures qui reposent sur des valeurs et des principes communs : utilité sociale, coopération, ancrage local adapté aux nécessités de chaque territoire et de ses habitants. Leurs activités ne visent pas l’enrichissement personnel mais le partage et la solidarité pour une économie respectueuse de l’homme et de son environnement. dont il était membre et où ses interventions étaient toujours attendues et justes. Il présidait brillamment l’Institut Veblen.

J’ai personnellement une immense admiration pour son parcours à Alternatives Économiques. Nous y étions arrivés à peu près ensemble en 1980 comme jeunes rédacteurs bénévoles autour de Denis Clerc. Ancien prof, Il était alors journaliste occasionnel au Monde et son métier était déjà d’écrire sur l’Économie et sur la société, ce qu’il fera toute sa vie avec justesse et talent. Il devint rédacteur en chef d’Alternatives Économiques en 1988 puis succéda à Denis clerc comme patron de la coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. de 1999 à 2012.

Il fut alors un entrepreneur exceptionnel. Il savait tout faire : écrire, diriger la rédaction, vendre le journal, imaginer des hors séries, manager une équipe qui croissait, parler en public, faire attention aux comptes de la coopérative, trouver de la pub. Tout ! Il fit d’Alter Eco non seulement un magnifique succès de la presse Économique avec plus 100 mille exemplaires vendus et un million de lecteurs, mais peut être plus encore un formidable support d’éducation populaire, formant des milliers et des milliers de jeunes à une lecture intelligente et critique de l’économie, ne donnant jamais un prêt à penser mais apprenant à penser par soi même.

Le tandem et la transmission entre Denis Clerc qui avait inventé, conçu et lancé magnifiquement ce journal et Philippe Frémeaux qui lui a donné un développement et un rayonnement exceptionnels est une des plus belles aventures humaines auxquelles j’ai participé.

Philippe était un esprit libre. Pour ne rien devoir aux puissants et écrire ce qu’il voulait, il avait refusé la légion d’honneur. Fidèle à des convictions de gauche, écologiste avant l’heure, mais toujours ouvert, jamais dogmatique, il adorait le débat d’idées, y excellait, avec un esprit issu des Lumières. Il fut un formidable débatteur à France Inter, France Culture, C dans l’air. Il adorait ça.

Il s’était intéressé à l’Économie sociale d’avantage comme entrepreneur coopératif que comme macro économiste. Défenseur de cette troisième voie, mais ne voulant appartenir à aucune chapelle, il n’hésitait pas à dire ses quatre vérités à l’Économie sociale instituée.

Claude Alphandéry a titré un de ses livres « Vivre et résister ». Toi, cher Philippe, ta dernière page aurait pu être titrée : résister pour vivre et mourir dans la dignité. La discrétion sur ton cancer, ton intérêt constant pour les autres, ton goût de l’avenir au moment de mourir sont de vraies leçons d’humanité. Merci aussi pour cela, Philippe.

Et chapeau l’artiste… Sur les photos tu as toujours ton œil ironique et caustique. Nos yeux à nous sont pleins de larmes. Adieu Ami !

Notre très grande amitié à Christine, Alexis et Alice.

Hugues Sibille
Président du Labo de l’ESS

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