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Pourquoi les économistes boudent l’ESS

Impression ForumPublié le 6 février 2013 

Article du quotidien TSA - l’actualité de l’action sociale.


Source : TSA - L’actualité de l’action sociale, 6 février 2013

Si l’économie sociale et solidaire (ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
) représente 10% des emplois salariés, elle ne suscite (au mieux) qu’un intérêt poli des économistes. Interrogés dans une étude, ceux-ci voient bien l’originalité de l’ESS, mais ont du mal à percevoir l’unicité d’un champ très large traversé par des logiques, des histoires et des activités tellement différentes.

Cruel paradoxe ! Sommée à Bercy de faire réussir le dispositif des emplois d’avenir, appelée à la rescousse pour sauver des entreprises au bord du gouffre via la reprise en coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. , l’économie sociale et solidaire est pourtant globalement snobée par les économistes qui ne l’intègrent pas - ou très rarement - dans leurs travaux. Comme si son rôle au plus près du terrain (dans le milieu associatif, dans les activités de services à la personne et même dans le tissu des PME) était marginal. A l’initiative notamment du mensuel Alternatives économiques, une bonne vingtaine d’économistes dont certains (Daniel Cohen, Philippe Askenazy) ont une visibilité médiatique, proposent leurs analyses sur ce paradoxe.

Objet économique non-identifié

Mais d’abord quels sont les contours de l’ESS ? Pour Florence Jany-Catrice, elle rassemble d’abord "des organisations qui réfléchissent à leur finalité, et qui le font dans un cadre à lucrativité limitée, ou sans lucrativité". Ce que Jacques Delors, en son temps, appelait "le tiers secteur". Deux types de critères se combinent dans l’approche de l’ESS : un autre mode de gouvernance Gouvernance Définition avec un réinvestissement des profits (le côté solidaire) ; des activités d’intérêt général (le versant social). Pour autant, cela suffit-il à unifier un ensemble très vaste qui rassemble associations, mutuelles, coopératives, couvrant quasiment l’arc-en-ciel de toutes les activités ? Philippe Askenazy en doute : "Si l’on voulait avoir un vrai objet économique identifié, il faudrait additionner l’objet social et solidaire et, en même temps, être au clair sur des structures institutionnelles le sous-tendant".

Réponse nouvelle ou réparation sociale ?

Quel est l’apport spécifique de l’ESS dans le contexte économique actuel ? Les sons de cloche sont divers. Certains y voient une dimension de "témoignage" d’une alternative possible. Pour Blanche Segrestin, il s’agit de "contredire les thèses selon lesquelles l’efficacité était liée à l’exclusivité du contrôle par les actionnaires". D’autres décèlent une capacité à trouver une réponse à la crise de l’Etat-Providence. Une assertion contestée par Philippe Asken« zy : "Il est naïf de croire que la crise et la croissance de la pauvreté qui l’accompagne, va donner plus de place aux organisations de l’ESS. Bien au contraire, je pense que cet appauvrissement touchera nécessairement aussi l’ESS". Pour d’autres, enfin, son intérêt est d’abord de recréer du lien social. Ce que certains désignent, non sans ambiguïté, comme une fonction de réparation sociale. Comme l’explique Pierre-Yves Gomez, "l’ESS se pense comme un acteur de la transformation sociale, mais en pratique, c’est essentiellement un acteur de la réparation". Dans les faits, estime François Fourquet, "les entreprises de l’ESS ne font pas le poids dans les décisions qui orientent la vie collective mondiale."

Le secteur associatif aux oubliettes

L’ESS ne fait peut-être pas le poids, mais elle se développe à un rythme que bien des pans de l’économie lui envieraient. Pourquoi alors ce faible intérêt des économistes ? Philippe Askenazy (toujours lui !) estime que "la coopération est une forme de non-objet théorique". Même si l’altruisme commence à intéresser des études d’économie expérimentale, les économistes ont bien du mal avec tout ce qui ne se quantifie pas. Ce désintérêt vis-à-vis de l’ESS ne touche pas simplement les économistes dits libéraux ; il affecte également les économistes dits hétérodoxes, influencés par les idées marxistes et privilégiant une vision industrialiste. Pas étonnant dès lors que la place des Sociétés coopératives ouvrières de production (Scop SCOP Société coopérative et participative ) soit sur-évaluée par rapport à son réel impact. Celles-ci ne représenteraient, en effet, que 42 000 salariés sur les 2,3 millions du secteur. A l’inverse, les associations, notamment dans le champ de l’action sociale et la santé (qui, elles, emploient la moitié des salariés de l’ESS) sont rarement prises en compte. Peut-être parce que étroitement dépendantes des financements publics, elles ne sont pas considérées comme des agents économiques autonomes.

Auberge espagnole

On le voit bien, les économistes, même ceux qui sont intéressés par cette démarche, ont bien du mal à se saisir d’un champ marqué par son hétérogénéité interne. Comme l’explique le document, l’ESS rassemble aussi bien "la société financière de la NEF et le groupe Crédit agricole, les filières de commerce équitable Commerce équitable Définition du concept de commerce équitable et les centres Leclerc, les Amap AMAP Association pour le maintien d’une agriculture paysanne et les groupes coopératifs Sodiaal ou Limagrain, la Cimade ou la Fnars et l’ordre souverain de Malte." Ce qui fait dire aux auteurs de cette stimulante étude que "l’ESS doit aussi réfléchir aux raisons propres à l’ESS qui expliquent le peu d’intérêt qu’elle suscite chez les économistes." Voilà de beaux sujets de réflexion !

Noël Bouttier

Lire l’article sur le site de TSA - L’actualité de l’action sociale

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