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[Regards croisés] Sébastien Dottin, directeur de BGE Picardie et Vice-Président national du réseau BGE

Impression ForumPublié le 28 novembre 2019 

BGE est un réseau national qui accompagne et soutien le développement de l’entrepreneuriat depuis maintenant quarante ans. Composé d’une quarantaine de structures sous forme associative ou coopérative Coopérative Une coopérative est un groupement d’individus (commerçants, consommateurs, producteurs…) choisissant de mettre leurs moyens en commun afin de satisfaire leurs besoins. , le réseau est implanté sur tout le territoire français. Il accompagne l’entrepreneuriat de l’amont à l’aval grâce à de très nombreuses activités : actions de sensibilisation dans les collèges, lycées ou auprès d’adultes en reconversion professionelle, gestion de diverses pépinières d’entreprises, formations de dirigeants etc. BGE dispose également d’une offre de services basée sur l’accompagnement et la formation individuelle afin d’aider les entrepreneurs à développer leurs entreprises (PME et TPE) et à les faire perdurer.

Ainsi, en 2018, le réseau a accompagné 15 600 entreprises [1] de l’économie dite « classique » et des structures de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
. BGE fait également partie du réseau des « Tiers de confiance » de la Médiation du crédit aux entreprises et accompagne les entrepreneurs qui le souhaitent dans leurs démarches de Médiation. Rencontre avec Sébastien Dottin, directeur de BGE Picardie et Vice-Président national du réseau BGE qui nous expose sa vision du dispositif de Médiation du crédit et de son extension aux structures de l’ESS.

Le Labo de l’ESS : Vous êtes « Tiers de confiance » de la Médiation du crédit aux entreprises, pourquoi et comment envisagez-vous ce rôle ?

Sébastien Dottin :
Nous voyons le « Tiers de confiance » comme un intermédiaire, celui qui va pouvoir détecter le problème ou le besoin chez l’entrepreneur en difficulté. Son rôle premier est d’écouter puis, à partir de cette écoute, de détecter le problème et, si nécessaire, de faire le lien avec la Banque de France pour l’aguiller vers le dispositif de Médiation qui pourra l’aider à résoudre ses problèmes.

BGE s’est en fait naturellement positionné comme « Tiers de confiance » puisque lorsque les gens viennent nous voir pour créer une entreprise ou pour être accompagné, nous avons déjà ce rôle d’écoute. Il n’est pas rare que les entrepreneurs se confient à nous sur leur situation personnelle, patrimoniale ou encore sur leurs ambitions ou les problèmes qu’ils ont pu avoir par le passé. Cela entraîne forcément une relation particulière or, cette relation-là ne peut s’instaurer sans confiance. À partir de ce moment nous pouvons être une passerelle entre la Banque de France, les banques et les entrepreneurs. C’est donc tout naturellement que nous sommes devenus « Tiers de confiance » de la Médiation.

Cependant, à BGE Picardie comme au niveau national, nous ne sommes que très rarement sollicité par les entrepreneurs qui souhaiteraient saisir la Médiation du crédit. Ce dispositif qui a une très belle mission et un bel objectif pâti sans doute d’un manque de communication ou d’une méconnaissance de la part des entreprises. Il serait pour nous intéressant de resserrer les liens entre la Banque de France et BGE au niveau régional voir départemental pour mieux faire connaître ce dispositif auprès des entrepreneurs.

Le Labo de l’ESS : vous accompagnez à la fois des entreprises de l’économie dite "classique" et des entreprises de l’ESS, voyez-vous les mêmes fragilités selon le type de structure ?

Sébastien Dottin : Il existe en fait différentes problématiques quand on est une entreprise ou une structure de l’ESS. Dans une TPE par exemple, tout repose sur les épaules du dirigeant : est-il capable d’apporter une garantie suffisante aux banques ou des cautions afin que les banques acceptent une demande de crédit ou une avance de trésorerie ? Si oui tant mieux, mais il suffit qu’un dirigeant essuie une difficulté personnelle d’une carrière précédente pour que les portes des banques lui soient fermées. C’est à ce moment que l’intervention d’un Médiateur prend tout son sens et peut permettre aux portes de s’ouvrir.

Pour les structures de l’ESS, et notamment les associations, la problématique porte plutôt sur la constitution des fonds propres dont elles sont très souvent sous dotées. Elles ont beaucoup de mal à réaliser des excédents suffisants pour arriver à s’auto-financer et lorsqu’elles doivent faire face à des situations de croissance c’est tout de suite compliqué d’avoir des garanties suffisantes pour les banques, d’autant plus si elles doivent gérer des problématiques de délais de paiement important. C’est très souvent le cas avec les fonds européens, très prégnants dans les territoires mais dont la mécanique complexe demande une forte charge financière, et génère beaucoup de stress ce qui entache souvent la capacité de production. C’est ici aussi que la Médiation du crédit a toute sa place et devrait permettre aux entreprises de l’ESS d’avoir un meilleur accès aux crédits bancaires. Je pense qu’elle devrait même prendre une place encore plus grande que celle qu’on lui donne aujourd’hui.

Le Labo de l’ESS : Pour vous, que devrait permettre l’ouverture du dispositif aux structures de l’ESS ?

Sébastien Dottin : Si on reprend l’historique de la Médiation du crédit, le dispositif était à l’origine très centré sur les entreprises mais aujourd’hui, le monde de l’ESS bouge, les modèles économiques changent et les structures de l’ESS migrent vers des démarches quasiment entrepreneuriales. Dans ce contexte de mutations, les modèles économiques des entreprises de l’ESS sont instables et manquent de moyens. C’est ici que l’ouverture de la Médiation du crédit est intéressante car elle devrait permettre d’aider les structures de l’ESS à accéder, au même titre que les TPE et PME à un accompagnement et une aide face à leurs difficultés. Cependant, cela ne pourra se faire sans de fortes actions de communication pour faire connaître le dispositif.

Il faudra également que les acteurs locaux puissent s’approprier ce dispositif afin qu’il soit utilisé au mieux. Peut-être d’ailleurs que les structures qui gèrent le Dispositif Local d’Accompagnement (DLA) seraient une bonne porte d’entrée et pourraient jouer le rôle de « Tiers de confiance » des entreprises de l’ESS car c’est un dispositif de proximité reconnu, installé dans les territoires depuis de nombreuses années et à la croisée entre divers acteurs (services de l’Etats, structures partenaires, têtes de réseaux associatives…). C’est un outil qui répond bien aux problèmes des structures que ce soient des difficultés ou bien des problématiques liées à la croissance des entreprises.

Plus largement, il faut que le monde de l’ESS, peut-être aujourd’hui un peu timide dans sa capacité à imaginer de nouveaux dispositifs de financement, trouve le moyen de mettre en lumière ses difficultés et ses besoins. Même si les choses ont évolué depuis la Loi Hamon de 2014, il nous reste encore du chemin à parcourir !

Pour aller plus loin

Propos recueillis par Sophie Bordères
Photos : Unsplash


[1Rapport d’activité 2018 de BGE https://fr.calameo.com/read/0052028390c937ad46764?page=1

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