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Retour sur la rencontre Finpart

Impression ForumPublié le 15 octobre 2012 

Le premier Forum "Finance Participative" s'est tenu le 11 octobre 2012 à la fondation La Borie-en-Limousin (87). Le Labo de l'ESS était partenaire de cette manifestation.

Source : Blog Le Monde, 11 octobre 2012, Anne-Sophie Novel

Anne-Sophie Novel, journaliste, était présente au 1er forum de la finance participative, Finpart ; elle nous en propose un compte-rendu.

La finance participative est dans la place

Etant par monts et par vaux ces temps-ci afin de parler CoRévolution, je peux vous assurer que ça bouge dans les territoires : en ces temps de crises, un vent de changement et d’enthousiasme souffle chez les acteurs de l’économie collaborative. Une preuve encore en ce jeudi 11 octobre avec le forum FinPart qui se tenait non loin de Limoges, à la Fondation Fondation Définition La Borie, afin de promouvoir ces nouvelles formes de financement.

Le B.A.BA de la finance participative Finance participative Définition

Le crowdfunding Crowdfunding Littéralement, signifie "Financement par la foule" ; traduit en français par "finance participative". (de "crowd", la foule) est un mécanisme de financement, via Internet, de projets d’innovation et de création permettant de collecter les apports financiers d’un grand nombre d’épargnants. Il y aurait près de 400 plateformes de financement de ce type dans le monde aujourd’hui. En France, plus de 6 millions d’euros ont été collectés ainsi depuis 2010 pour financer près de 15 000 projets. Aux Etats-Unis, où le contexte juridique est plus favorable à ces formes de financement, le crowdfunding a permis de lever près de 1,15 milliard d’euros en 2011, le double des montants collectés en 2010.

"Depuis cinq ans, ces plateformes Internet créées par des start-up françaises permettent aux épargnants d’investir de petites sommes dans des projets en les laissant libres de choisir la destination finale de leur argent (entreprise, projet créatif ou social)", expliquent les organisateurs du forum.

Trois critères permettent de se repérer dans l’ensemble des plateformes existantes : la nature thématique - ou pas, de la plateforme (projet culturel, environnement, autre), la nature du financement (un projet, une structure) et les formes de financement : l’apport d’épargne peut se faire sous forme de dons, de dons contre une rétribution non monétaire (une "récompense"), de fonds propres ou encore de prêts (rémunérés par des intérêts ou prêts gracieux).

Pour illustrer le propos, prenons quelques exemples : depuis 2007, le site MyMajorCompany vous donne la possibilité de soutenir des artistes et des projets culturels. La première année, le site a levé plus d’un million d’euros pour le chanteur Grégoire.

Sur Kisskissbankbank (’kiss", le bisou, étant un clin d’œil à la "love money" - argent des proches - utilisée par de nombreux entrepreneurs pour financer leur projet) vous pouvez depuis mars 2010 soutenir la réalisation de projets variés ayant une finalité précise (événement, livre, documentaire, etc.). Au total, une vingtaine de catégories-types de projets peuvent être acceptés sur le site, qui connaît actuellement une croissance de 30 % par mois, confiait Vincent Ricordeau, le fondateur de Kisskissbankbank, lors d’une conférence au Salon des micro-entreprises mercredi 10 octobre.

Autres exemples : sur une plateforme comme Babyloan il vous est possible de soutenir des projets de microcrédit ; un site comme Mail for Good vous permet de faire des dons et Arizuka vous propose de financer des projets innovants et solidaires.

Pour fonctionner, les plateformes se financent en prenant une commission sur le montant des sommes récoltées (de 5 à 12 % en général), mais il existe aussi parfois des systèmes de pourboire : la plateforme prend en charge les coûts de transaction, l’intégralité du montant est attribué au projet et le pourboire est alors demandé pour contribuer à la durabilité du service proposé par le site intermédiaire.

Un mouvement de fond

La finance participative n’est donc plus aussi anecdotique qu’à ses débuts. Pour André Jaunay, chef de projet à la Direction du développement économique et emploi de la Région Île-de-France et fondateur du réseau France Angels, "le financement participatif est un moyen pour redonner des marges de manœuvre individuelles et collectives aux citoyens, et pour leur permettre de se réapproprier la compréhension de l’économie et de l’entrepreneuriat. Il permet d’élargir les capacités de financement sur un territoire, cela leur donne une assise et une pérennité. Cela permet aussi plus de collaboration".

Stéphanie Savel, présidente du réseau de business angels DDIDF, explique que trois mots clefs s’appliquent à la finance participative : la traçabilité, la proximité et la transparence. "Quand on place un peu d’épargne dans des projets de finance participative, on s’assure une proximité géographique ou morale, on est en recherche de sens, et on est en mesure d’obtenir un retour direct sur l’usage qui est fait de l’argent qu’on a prêté", estime-t-elle.

Seul hic aujourd’hui : la réglementation bancaire et fiscale, totalement inadaptée à la réalité du secteur. Dans le Livre blanc de la finance participative publié au début de l’été 2012, les acteurs du crowdfunding dénoncent des contraintes surdimensionnées par rapport à l’activité qu’elle exerce (règles de collecte et de conservation d’argent auprès des particuliers disproportionnées, règles de contrôle de la qualification des investisseurs inadaptées, difficulté de gérer les fonds de multiples contributeurs sur de multiples projets individualisés, etc.)

Benoît Granger, professeur chez Advancia et spécialiste de la finance solidaire, estime qu’il serait plus utile de réglementer plus strictement les jeux de hasard, qui représentent un investissement de 85 millions d’euros par jour. "La république tolère cette prise de risque totale et peu éducative, il faudrait que la république permette une forme de prise de risque plus pédagogique. Pourquoi est-il encore impossible d’utiliser et de mettre à profit son épargne comme on le souhaite ?" interroge-t-il.

Pour faire évoluer la réglementation, une association Association Définition a été créée il y a un mois : comme le relatent Les Echos, Financement Participatif France (FPF) sera chargé de "représenter les acteurs de ce mode de financement auprès des autorités et de faire progresser la réglementation en vigueur afin de l’adapter aux différentes formes de financement participatif (investissement en capital, en prêt, en don…)".

En France, le crowdfunding doit encore gagner ses lettres de noblesse. Une affaire à suivre, donc.

++ Si le sujet vous intéresse, il existe depuis quelques mois un Guide du Crowdfunding, de Nicolas Dehorter (suivre aussi le blog de MonArtiste)
++ Pourquoi la finance collaborative peine à se développer en France, par Stanislas Jourdan, sur Ouishare

Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

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