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« Transition énergétique citoyenne » : le travail du Labo de l’ESS sur la sobriété énergétique

Impression ForumPublié le 13 septembre 2018 

Quelle place les citoyens ont-ils et doivent-ils prendre dans la transition énergétique ? Cette question est centrale pour réussir la transition dans nos façons de produire et de consommer. Le Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
travaille sur ces enjeux en réunissant des experts, acteurs de terrain des énergies renouvelables, pouvoirs publics, chercheurs... Rencontre avec Patrick Behm, en charge du groupe de travail « Transition énergétique citoyenne » au Labo de l’ESS.

Qu’est-ce qu’on entend par « Transition énergétique citoyenne » et sur quoi travaille le groupe de travail du même nom en ce moment ?

Patrick Behm : Nous travaillons actuellement sur la sobriété : il s’agit du premier des trois piliers de la transition énergétique, selon Negawatt, les autres piliers étant l’efficacité énergétique et la production d’énergies renouvelables. Pour le dire simplement, la transition énergétique repose sur trois choses : il faut moins consommer, mieux consommer, et pour ce que nous continuons à consommer, produire de façon plus propre. Sur la production, le Labo a déjà mis en place toute une réflexion il y a quelques années, qui a mené à la publication de Pour une transition énergétique citoyenne : on y analyse les façons de produire des énergies renouvelables avec les citoyens. Des éoliennes qui appartiennent aux citoyens par exemple : ces parcs produisent une énergie renouvelable, qui profite directement au territoire et aux habitants et ceux-ci, en s’impliquant dans l’organisation, le financement et la réalisation du projet, s’engagent sur ces enjeux, sensibilisent leurs voisins, et globalement adoptent des comportements moins énergivores.

Notre groupe de travail est parti de ce premier travail, qui portait essentiellement sur le pilier « production », et a décidé de l’enrichir, cette fois-ci plus sur les questions de sobriété. Pourquoi la sobriété ? Parce que sur les aspects de production d’énergies renouvelables, il y a de plus en plus de projets en France : éolien, photovoltaïque, biomasse, etc. Nous sommes en retard par rapport à d’autres pays, mais ces enjeux se développent. L’efficacité, quant à elle, est une notion qui porte sur la technologie : pour un même service, la consommation diminue grâce à l’efficacité. C’est le cas par exemple d’une ampoule à Led, qui consomme cinq fois moins qu’une ampoule à incandescence, pour le même éclairage. Sur ce sujet aussi, il y a énormément de projets qui se développent. En revanche, la question de la sobriété est très peu étudiée : c’est là-dessus que nous avons souhaité travailler ensemble. Cette question nous paraît d’autant plus importante qu’elle conditionne la réussite de la transition énergétique. Plusieurs études montrent par exemple que l’efficacité énergétique ne diminue généralement pas la consommation, car l’énergie gagnée d’un côté est rapidement perdue par l’émergence de nouveaux usages, c’est ce qu’on appelle l’effet rebond.

Pourquoi la sobriété est-elle un sujet encore peu exploré ?

Pour deux raisons principales. Au contraire de l’efficacité énergétique qui intervient pour améliorer la technologie sans bousculer nos habitudes, la sobriété demande d’adapter nos comportements, voire de les remettre en cause. C’est moins évident. Cela demande un changement dans nos modes de vie beaucoup plus profond que, par exemple, de passer des ampoules à incandescence aux ampoules Led.

La seconde raison est économique. Si le secteur des énergies renouvelables et celui de l’efficacité énergétique se développent fortement, c’est aussi parce qu’ils s’inscrivent dans la pratique économique classique : ce n’est pas pour rien qu’on parle de croissance verte ! La sobriété, au contraire, est à contre-courant de notre culture de la surconsommation, puisqu’il s’agit de limiter nos usages. Il s’agit de passer du modèle où la surabondance de consommation est prônée à un modèle où l’éthique deviendrait le moteur de notre développement. Pas étonnant que la sobriété peine à trouver son modèle économique au sens classique du terme !

La problématique est la suivante : la plupart du temps, parler de sobriété consiste à inciter aux éco-gestes de base. Mais l’injonction aux comportements vertueux ne suffit pas : un changement structurel est nécessaire. Comment l’imaginer ? Quels rôles doivent jouer les citoyens, les collectivités, les industriels pour que cette mutation culturelle profonde ait lieu ?

Quelles sont les pistes vers ce changement comportemental collectif et individuel, selon vous ?

De nombreux exemples simples peuvent être donnés. Le partage de matériel en est un. Savez-vous qu’aux Etats-Unis, il existe beaucoup plus d’immeubles avec une laverie collective en sous-sol qu’en France ? Cela évite que chaque ménage s’équipe de sa machine. Pourquoi ne pas imaginer qu’il y ait en France une mesure qui incite à ce type d’équipement collectif ? De façon comparable, on a en France peu de bricothèques : des lieux créés par les municipalités, un peu comme des bibliothèques, où les outils sont mis en commun. On voit là qu’il est nécessaire de changer de comportement : on n’a plus sa petite tondeuse à gazon, individuellement, on doit apprendre à la partager. Le partage de services dans un quartier est un autre exemple de changement relativement simple à mettre en place, comme tentent de le faire les accorderies.

Comment s’organise l’étude du groupe de travail et quels sont vos objectifs ?

Le groupe de travail a commencé par une analyse de l’existant : que se passe-t-il aujourd’hui sur cette thématique ? Quel est l’état de la recherche sur ces enjeux ? Et ensuite : que peut-on faire pour développer les initiatives qui vont dans ce sens ?
Ces réflexions feront l’objet d’une rencontre publique, le 29 octobre prochain, qui s’intitule : « Transition énergétique citoyenne : quelle place pour la sobriété ? ». La publication issue de notre travail sera présentée à cette occasion et pourra être ensuite consultée sur le site du Labo de l’ESS ESS Qu’est-ce que l’Économie sociale et solidaire (ESS) ?
Définition et présentation de cette économie différente, socialement utile, coopérative et ancrée localement
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