Le Labo de l’ESS est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

Accueil > Le Labo de l’ESS > On parle de nous > [Tribune] D’un plan de relance à un plan de transformation : la démocratie (...)

[Tribune] D’un plan de relance à un plan de transformation : la démocratie pour préparer le monde d’après

Impression ForumPublié le 28 avril 2020 

Dans une tribune, des élus comme Marie Toussaint, Aurélien Taché ou Carole Delga, des acteurs de la démocratie participative Démocratie participative 1 - La démocratie participative est un moyen de gouvernement : les initiatives viennent souvent des gouvernants, qui, ayant besoin d’un appui pour éviter les blocages, veulent s’informer surtout dans le domaine socio-technique, où règne l’incertitude (environnement, problèmes sanitaires). ou encore des personnalités comme Priscillia Ludosky et Cyril Dion, ainsi qu’Hugues Sibille, président du Labo, appellent au lancement d’un "chantier participatif pour imaginer et construire" l’après-coronavirus.

Le gouvernement planche sur le "plan de relance économique" qui doit permettre au pays de sortir la tête de l’eau après son confinement. Ces premiers pas seront décisifs pour notre avenir à tous. Nous refusons que le "monde d’après" se décide dans la boîte noire institutionnelle, comme lors de la crise de 2008. Nous refusons que, dans une certaine opacité, le gouvernement relance l’économie d’hier et nous l’appelons à associer les Français à un plan de relance citoyen, ou plus précisément, un plan de transformation citoyenne.

L’urgence sanitaire historique que nous connaissons nous oblige tous à faire face à l’inédit. Il faut aller vite et fort. La priorité est de soutenir les personnes qui sont en première ligne : les soignants, mais aussi toutes celles et ceux qui permettent au pays de fonctionner. La seconde : sortir de la crise sanitaire et économique en mettant en place une société plus résiliente.

Oui, il faut aller vite et fort. Mais rappelons nous que c’est dans de tels contextes que la tentation mortifère de l’autoritarisme ressurgit et fait peser un risque majeur sur nos démocraties. Dans le contexte actuel, certains chercheurs peinent même à "distinguer les réponses des États démocratiques, des régimes autoritaires dans la gestion de cette crise" [1].

L’Histoire nous rappelle sans cesse que les périodes de crise profonde sont propices à un travail collectif, réflexif et prospectif sur l’évolution de nos modèles de société. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à gérer l’urgence (puis la sortie de crise) avec plus de transparence, de collaboration, de participation, c’est à dire, plus de démocratie. C’est en effet la seule voie à même de rassembler l’ensemble des Français dans la construction du "monde d’après", comme le souligne la Convention Citoyenne pour le Climat dans sa dernière déclaration : "Cette crise nous concerne tous et ne sera résolue que grâce à un effort commun, impliquant les citoyens dans la préparation et la prise de décision."

D’un "plan de relance" du monde d’avant à un "plan de transformation" radicale et collective

Le Président de la République, lui même, l’a souligné : "Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour". Autrement dit, hors de question de faire les mêmes erreurs que lors de la crise de 2008-2009. Arrêtons de prolonger les logiques néo-libérales, sans impliquer les citoyens dans les choix structurants de sortie de crise. Cette fois-ci, les peuples ne doivent pas être oubliés comme ils le sont trop souvent quand les gouvernements prennent en urgence des mesures, sans qu’un véritable contrôle parlementaire et citoyen ne puisse être effectué.

Dans ce chaos planétaire, tous les tabous tombent ! Tout ce qui aurait paru impossible à mettre en place il y a encore 15 jours est désormais non seulement possible, mais envisagé ou appliqué. Nous devons collectivement nous hisser à la hauteur des enjeux qui sont devant nous. Cette fois, il ne s’agit pas de mettre en place un "plan de relance" du monde d’avant, mais bien de penser un "plan de transformation" vers le monde d’après.

Un chantier participatif pour imaginer et construire "le monde d’après"

Une fenêtre inédite dans notre histoire contemporaine est ouverte : au moment où les Français sont confinés chez eux pour au moins un mois et où la France entière découvre les outils de travail à distance, mettons leur intelligence à contribution pour sortir de cette crise par le haut. Faisons entrer le citoyen dans les mécanismes de conception des politiques publiques en organisant un chantier participatif avec tous les citoyens pour imaginer et construire les bases "du monde d’après".

Cinq principes devront guider la conception et la mise en œuvre de ce chantier participatif :

  • Diversifier les canaux et formats de contribution pour donner la parole à toutes celles et ceux qui souhaitent la prendre, tout en s’assurant de la possibilité de faire converger les propositions.
  • Permettre une délibération ouverte et éclairée en associant les corps intermédiaires, experts et élus à la réflexion citoyenne.
  • Garantir l’indépendance et la transparence de la démarche en confiant le portage à un autre acteur que le gouvernement (comme la CNDP ou un comité de pilotage indépendant par exemple), afin notamment d’assurer que le mot de la fin reviendra aux citoyens, et que contrairement au Grand débat, il ne s’agira pas que telle ou telle proposition soit choisie à la discrétion seule du gouvernement.
  • S’appuyer sur l’intelligence collective présente dans nos territoires et notamment les démarches de participation citoyenne et les solutions déjà existantes.
  • Prendre en compte les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat dans la stratégie de sortie de crise. Ces 150 citoyens tirés au sort et représentatifs de la diversité de la société française ont tenu une session extraordinaire en ligne, afin d’évoquer dans le cadre de leur mandat, l’impact de la crise sanitaire mondiale sur leurs travaux. A l’issue de cette session, ils ont décidé de de contribuer à la réponse à la crise en écrivant cette déclaration, ainsi qu’en transmettant à l’exécutif certaines de leurs propositions de mesures choisies par rapport à leurs effets positifs sur le climat, sur l’économie, et sur la santé, en ayant une attention particulière aux personnes les plus vulnérables.

Cet ambitieux chantier collectif doit être l’occasion d’aboutir autant à l’expression d’un nouveau modèle de société ou d’un idéal commun, que sur des pistes très concrètes d’action pouvant être menées par chacun d’entre nous au quotidien, à l’intérieur comme à l’extérieur des institutions.

C’est dans ce but, que, nous, acteurs de la participation citoyenne et de la transition démocratique, pensons qu’il faut être à la hauteur de cette situation historique, afin de mener cette réflexion à grande échelle et sur l’ensemble de nos territoires. Dans les prochains jours et en lien avec les autres acteurs et citoyens engagés dans cette voie, nous proposerons une méthodologie précise pour parvenir à sortir de cette crise par plus de démocratie.

Pour ne pas relancer un système vacillant, saisissons cet instant unique de notre histoire pour imaginer collectivement une alternative à même d’orienter notre société vers plus de résilience et de fraternité."

Lire la tribune sur le site du Journal du Dimanche.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de la Démocratie Ouverte.


[1Samuel Hayat, Chargé de recherche CNRS dans "La démocratie à l’épreuve du Coronavirus"

Postez un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Nos partenaires média

Nous suivre