Initiative inspirante
Publié le 8 octobre 2013

Babyloan a construit sa plateforme sur le terrain du microcrédit participatif

Pot en verre rempli de pièces
Mots clés
ESS
économie collaborative
financement
numérique
crowdfunding

Arnaud Poissonnier revient sur la création de Babyloan qui a vu le jour en 2008, une des premières plateformes françaises de financement participatif. Celle-ci a misé sur le microcrédit et, par ses collectes et ses projets financés, elle est aujourd’hui la première plateforme du financement participatif solidaire en Europe.

Pour Arnaud Poissonnier, créateur et fondateur de Babyloan, le « crowdfunding », ou « financement participatif », utilise les nouvelles technologies pour poursuivre et explorer un mode de financement alternatif de projets. En effet, la recherche de financement en dehors des circuits conventionnels (les banques) est déjà largement majoritaire puisqu’elle représente presque 70% des projets à l’échelle de la planète. Ces apports proviennent surtout des ressources familiales ou de l’entourage et éventuellement de structures de solidarités (finances solidaires). Cette pratique n’est donc pas neuve en soi. Cependant, l’usage du numérique a permis de démultiplier les potentiels financeurs, d’amener à portée de clic un nombre toujours croissant de projets, de choisir le lieu d’investissement (sur son territoire ou dans un autre pays), etc.

Les spécificités de Babyloan dans le paysage du financement participatif

Cette entreprise de prêt participatif, partage avec les plateformes d’investissement, la faculté de pouvoir renverser la méthodologie de collecte de fonds. Jusqu’à présent, les banques intervenaient pour financer un porteur de projet à travers des produits financiers dont l’attractivité se résume à leur rendement. En étant intermédiaires de cet échange, les banques déconnectent la nature des ressources de celles, plus qualitatives, du projet.

Le microcrédit proposé par Babyloan permet de court-circuiter cette cloison pour mettre en relation directe financeurs et acteurs. Ce fléchage du financement permet à l’investisseur de choisir dans quel projet il va investir et, ce faisant, il soutient un secteur qui lui tient à cœur, à l’instar de la solidarité internationale.

Cette démarche alternative permet à l’Institution de MicroFinance (IMF) de remonter le projet de l’entrepreneur et d’être directement acteur de sa collecte de fond. Ce processus offre plusieurs avantages. La réussite ou l’échec de sa collecte sera déjà un indicateur sur la viabilité de sa proposition. En cas de succès, c’est également un élément de communication non négligeable : les avantages à mettre en avant coulent de source car le projet aura reçu un soutien considérable des citoyens. De plus, cela aura permis de sensibiliser la communauté des crowdfundeurs et leur environnement. Au total, c’est un argument de poids pour trouver d’autres sources de financement, notamment dans le secteur institutionnel.

C’est également un moyen d’établir un lien de confiance et de redéfinir le rôle de l’argent dans le système financier en privilégiant l’impact social sur l’économie réelle. La transparence de ce circuit financier permet aux financeurs de conserver une trace de leur investissement, de bénéficier de toutes les informations disponibles quant aux projets financés, de mesurer leur impact, qu’il soit social, écologique, etc.

Babyloan, comment ça marche ?

Babyloan met en relation les micro-entrepreneurs avec les potentiels financeurs. Les intermédiaires clefs sont les IMF qui proposent aux entrepreneurs des quatre coins du monde ce type de financement, s’assurent de la viabilité du projet, de la solvabilité de l’entrepreneur, communiquent avec les financeurs, etc. Ce sont les relais des porteurs de projets et les garants de la relation de confiance qui s’établit entre les deux parties. Pour Arnaud Poissonnier, il est primordial de conserver cet intermédiaire sans lequel aucun projet ne serait digne de bonne foi. Si la désintermédiation a ses avantages, il ne faut cependant pas la considérer comme absolue. Les IMF permettent tout le travail en amont déjà cité, et garantissent le suivi du projet en aval qui permettra d’allonger sa durée de vie. 

La circulation de la monnaie est un principe clef sur lequel Babyloan fonde la vision de son développement. L’argent ne doit pas dormir. Il doit être l’un des maillons d’une chaîne vertueuse : choisissez un projet, faites votre prêt, vous êtes remboursé, vous pouvez réinvestir.

Le succès des plateformes

Ce financement direct connaît un succès exponentiel. Alors que les structures financières classiques doivent investir considérablement dans le marketing et la communication pour créer un besoin, les plateformes ne comptent que sur leur réputation et le nombre toujours croissant de structures, de projets et de financeurs. Ce triptyque s’autoalimente et permet un développement des structures. C’est notamment le cas du microcrédit. A Babyloan, l’intégralité des prêts a été remboursée ce qui instaure une relation de confiance et attire de nouveaux investisseurs.

Les perspectives du microcrédit participatif

Le succès de ce mouvement a surpris jusqu’à ses pionniers. Aujourd’hui, le secteur se construit dans un contexte, d’une part, d’une législation qui n’est pas encore adaptée et, d’autre part, d’une multiplication de courants développant chacun leur propre vision. La souplesse de ce mode de financement peut également être sa faiblesse. Les prêts directs sont amenés à croître mais les garanties octroyées ne font pas encore l’objet d’un consensus. Certains allant jusqu’à défendre que les risques d’une "e-réputation" dégradée seraient suffisants pour adopter un comportement sain. Pour Arnaud Poissonnier, il faut être prudent, les fondamentaux de la finance vous rattrapent toujours et il vaut mieux un encadrement législatif favorable plutôt qu’un vide juridique qui pourraient être occupé par des comportements risqués.

Seules vingt-cinq plateformes sur environ huit cents se sont lancées dans le microcrédit, notamment du fait des nombreuses complications juridiques qui découlent de cette activité. Par exemple, il est impossible de s’implanter dans des pays ou les Etats opèrent un contrôle de change. C’est le cas dans certains pays africains, d’Amérique du Sud, d’Asie. Il était également compliqué d’exercer cette activité en Europe car ces plateformes étaient considérées comme exerçant une activité bancaire illégalement.

Un des atouts considérables du financement participatif est son impact social. Babyloan s’est engagé auprès de ses investisseurs à fournir les preuves de l’impact social, le "crowd impacting", grâces aux agences de notations MicroFinanza Rating ou Planet Rating.

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