Maison Glaz : un tiers-lieu breton qui apprend à vivre avec la montée de la mer

À l’entrée de la Rade de Lorient, sur la petite presqu’île de Gâvres, Maison Glaz est un tiers-lieu où se croisent habitant·e·s, entrepreneur·euse·s, artistes et curieux·ses autour d’une conviction partagée : plutôt que de lutter sans fin contre la mer, apprendre à vivre avec elle. Fondée sur une idée à la fois simple et audacieuse, cette initiative invente au quotidien de nouvelles façons d’habiter un littoral en pleine transformation, et forme celles et ceux qui porteront demain cette transition.
Un ancien camp militaire devenu laboratoire des littoraux de demain
C’est en 2019 que l’ancien centre de vacances de l’armée de Gâvres, l’emblématique « IGESA », trouve une seconde vie. Sur ce site de 1,5 hectare démilitarisé dix ans plus tôt, les bâtiments et les espaces extérieurs sont réhabilités dans une démarche d’éco-tourisme : salles de réunion et de travail collaboratif, zones de repos au plus près de la nature, lieux d’expérimentation et de convivialité, etc.
Le décor n’a rien d’anodin : avec ses 650 habitant·e·s à l’année, Gâvres est la plus petite commune du littoral morbihannais. La presqu’île, reliée au continent par un cordon dunaire de 9 kilomètres, est amenée à redevenir une île avec l’élévation du niveau de la mer. Fortement urbanisé au fil des décennies, le territoire figure en effet parmi les points de vulnérabilité écologique les plus surveillés de France, et héberge de nombreux dispositifs pilotes sur l’érosion du trait de côte et la submersion marine.
Face à ce constat, Maison Glaz a choisi l’espoir plutôt que la résignation, avec la conviction que si l’érosion du trait de côte est inéluctable, nos modes de vie, nos choix politiques et territoriaux, eux, peuvent changer. En reconvertissant ce lieu en un tiers-lieu dynamique, son équipe a ainsi fait émerger ce qu’elle présente comme le premier écosystème citoyen de France dédié à l’adaptation socio-économique des côtes face à la montée des eaux.
Des activités qui tissent du lien face à la montée des eaux
La raison d’être de Maison Glaz tient en une image : un bassin versant vers lequel convergent une multitude de supports de coopération. Autour de cette thématique commune, cinq grands axes se déploient, complémentaires et interdépendants :
- Événements et convivialité : face la plus visible du lieu, la guinguette du Télémètre, le café-bar, les concerts et une programmation riche d’une centaine d’événements par an attirent 35 000 à 40 000 visiteur·euse·s chaque année.
- Formation et innovation sociale : organisme de formation à part entière, Maison Glaz a monté la première formation de France à la marine marchande à la voile, des parcours de remobilisation pour demandeur·euse·s d’emploi vers les métiers du littoral, ou encore des formations de premiers secours au grand public en situation de submersion marine.
- Accueil : groupes universitaires, entreprises, mariages, fêtes de famille, ou visiteurs en court séjour... l’accueil représente près d’un quart du modèle économique. Un gîte d’étape de 6 chambres et trois cabanes en bois permettent d’héberger jusqu’à 26 personnes.
- Insertion : en tant qu’entreprise d’insertion, Maison Glaz intègre des supports d’activité par l’économique, un levier social autant que politique.
- Vie associative et locale : Maison Glaz fait également la part belle aux expérimentations citoyennes. Le potager partagé, cultivé sous les embruns selon des techniques agronomiques de couverture permanente du sol, reste l’un des seuls coins verts du jardin en pleine canicule.

Un lieu qui vit au rythme des saisons... et des marées
Le cœur battant de Maison Glaz, c’est la Cambuse, l’ancien réfectoire. En semaine, café, bar et espace de coworking baigné de lumière ; le week-end, lieu d’échanges et d’activités associatives ouvert aux promeneur·euse·s venu·e·s boire un café. Un peu plus loin, la Longère, avec son atelier cuisine, sa salle de réunion et son studio yoga, se module et se privatise au gré des groupes et des événements. Et dès les beaux jours, c’est à la guinguette de sortir tables, chaises et musique.
Mais le dérèglement climatique a un impact grandissant sur le rythme du lieu : désormais, les visiteurs se font rares dès que les températures grimpent. Pour Maison Glaz, cela se traduit par une fréquentation en baisse de 40 % sur la période juin-juillet ; un changement de fond qui rebat les cartes économiques et fait de l’adaptation estivale un chantier urgent.
Un moteur économique et social pour la presqu’île
Née d’un besoin du territoire, Maison Glaz a dû faire ses preuves par les faits. Aujourd’hui, la conjonction de l’association et de l’entreprise d’insertion pèse près de 700 000 € (en 2025), et la structure est devenue le premier employeur privé de la presqu’île à l’année, avec 12 emplois salariés en équivalent temps plein, sur un territoire très saisonnier où elle est la seule structure à ouvrir tous les jours, toute l’année.
Au cours des trois dernières années, Maison Glaz estime avoir fait circuler au moins un million d’euros dans un rayon de 20 kilomètres, avec une préférence assumée pour les partenaires de l’Économie sociale et solidaire. La carte des fournisseurs a même été pensée pour un avenir insulaire : des approvisionnements accessibles à vélo, en bateau ou à cheval, le jour où la presqu’île redeviendra une île. Cinq années de suite se sont ainsi conclues sur un bilan positif, au prix d’une solide ingénierie comptable et partenariale.
Pour mieux relever les défis politiques, économiques et écologiques des cinq prochaines années, le lieu franchit une nouvelle étape : à la rentrée, la SAS devient SCIC (société coopérative d’intérêt collectif). De quoi faire entrer dans sa gouvernance celles et ceux avec qui se construisent les projets de demain.

« Nouveaux Rivages » : un partenariat de formation unique pour apprendre à habiter le littoral
C’est le projet qui mûrit depuis trois ans et qui donne aujourd’hui tout son sens à l’aventure : un véritable diplôme d’université, intitulé « Résilience des territoires littoraux », délivré par l’Université Bretagne Sud (UBS) et organisé intégralement en présentiel à Maison Glaz. Un geste politique fort de l’université, qui affirme ainsi ses ambitions littorales et sa participation active à la transition des territoires.
L’atout du tiers-lieu ? Sa capacité à piocher dans les composantes de l’université (géographie, hydro-sédimentologie, biologie marine et terrestre, droit, économie, etc) pour les mêler dans des unités d’enseignement transversales. L’objectif : favoriser chez les praticien·ne·s du changement (acteur·rice·s publics et privés, indépendant·e·s, professionnel·le·s du conseil, etc) une réflexion différente et complexe sur l’habitabilité du littoral. Car s’alimenter demain avec la mer, par exemple, c’est déjà comprendre le cycle de l’eau, la salinisation des terres et le continuum agricole d’un territoire qui se rétrécit.
Avec une semaine de formation toutes les six semaines, le format est pensé pour des professionnel·le·s de tous horizons. Unique en France, cette formation ambitionne de mettre entre les mains des futur·e·s diplômé·e·s des clés de lecture pour porter des redirections écologiques et sociales fortes et fertiles, avec, en fil rouge, une conviction : les solutions techniques existent déjà ; c’est au lien social de les faire vivre, à travers la coopération, l’intelligence collective et la médiation citoyenne.
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Découvrez les actualités de Maison Glaz sur maison-glaz.bzh et le DU « Résilience des territoires littoraux » sur le site nouveauxrivages.fr !
Le Labo de l’ESS remercie Akira Lavault, co-fondatrice de Maison Glaz, co-présidente de l’Association nationale des Tiers-Lieux et Marianne du climat 2025, pour sa participation à cet article !
Article rédigé par Sundari Moutoussamy et Maxime Couette