Décryptage
Publié le 19 mai 2026
Municipales 2026 : l'économie sociale et solidaire s'installe dans les territoires

Municipales 2026 : l'économie sociale et solidaire s'installe dans les territoires

Par Anne-Laure Federici, Déléguée générale du Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Sociale et Solidaire (RTES).

Si la proximité des élections invite à la prudence quant aux dynamiques que celles-ci annoncent, Anne-Laure Federici , Déléguée générale du Réseau des collectivités Territoriales pour une Économie Solidaire (RTES), livre dans ce décryptage son analyse, soulignant trois principaux enseignements pour l’économie sociale et solidaire : une mobilisation renforcée des réseaux en amont des élections, une présence consolidée bien qu’inégale de l’ESS dans les programmes des candidats – dont une partie en sont issus – et des premières délégations dédiées confirmant la place de l’ESS dans les politiques locales. Des perspectives encourageantes appelant un accompagnement renforcé de ces élus.

 

 

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 ont refermé un mandat et ouvert le suivant. Trois tendances se dégagent : une abstention en hausse (57.47 % le plus bas de la Ve république), mais variable selon les territoires ; même contrastée, une progression du Rassemblement national (RN) qui gagne 52 mairies; et des résultats difficiles à lire à l'échelle nationale. 

Pour l'économie sociale et solidaire (ESS), ce scrutin mérite une analyse prudente. Trois éléments ressortent : une mobilisation inédite du secteur en amont des élections, une présence réelle mais inégale dans les programmes des candidats et une cartographie des élus en charge de l'ESS qui se dessine progressivement. 

Une mobilisation sans précédent 

Les acteurs de l'ESS se sont fortement impliqués avant le scrutin. De nombreux réseaux nationaux — le Mouvement associatif, la Confédération générale des Scop et des Scic, la Mutualité, entre autres1 — ont formulé des propositions à destination des candidats. Sur le terrain, plusieurs organisations ont aussi outillé leurs adhérents et sociétaires pour interpeller directement les listes locales : chartes d'engagement, rencontres, outils pratiques. Parmi elles, plusieurs CRESS, l'Association nationale des tiers-lieux, le Mouvement SOL, ou encore la démarche Mairie-Me, initiée par le Collectif Transition Citoyenne (CTC) et qui regroupe plus de 80 organisations. Le Kit MunicipalESS 2026 produit par le RTES2 a été largement diffusé, notamment par les réseaux ESS, France Villes & Territoires Durables et des médias spécialisés comme le Courrier des Maires ou Localtis. 

Des élus ancrés dans l'ESS 

Il est encore trop tôt pour dresser un bilan complet, mais plusieurs éléments méritent d'être signalées. Laurence Ruffin, vice-présidente de la Confédération générale des Scop, est désormais maire de Grenoble. Jérôme Saddier, ancien président d'ESS France, est élu à Nanterre et devient premier adjoint. Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération des Scop, est élue à Montpellier et vice-présidente de la Métropole. Elisa Yatchvitz, ancienne directrice des Canaux, est élue à Paris et Violaine Pierre, déléguée générale de l'Opération Milliard, est élue maire de Longueil-Sainte-Marie. Dans toute la France, de nombreux acteurs de l’ESS, issus de structures d’éducation populaire, d’éducation à l’environnement, de collectifs d’énergie citoyenne... ont été élus en 2026. On note aussi les réélections de Mohamed Gnabaly à L'Île-Saint-Denis et de François Dechy à Romainville. 

Moins souvent mentionnée, l'émergence d'une nouvelle génération d'élus dans les villes populaires de la banlieue parisienne mérite l'attention. Issus du monde associatif, souvent non-partisans, ces nouveaux maires incarnent un engagement de terrain : Yahaya Soukouna, ancien éducateur sportif, élu à Fleury-Mérogis ; Bally Bagayoko, ancien entraîneur de basketball, élu à Saint-Denis ; Bassi Konaté, directeur de centre social, élu à Sarcelles ; ou encore Aly Diouara, militant de longue date dans l'accompagnement scolaire et le soutien aux locataires, élu à La Courneuve. Ces trajectoires illustrent ce que l'ESS peut être au-delà de l'économie : un espace d'apprentissage du collectif et d'éveil à l'intérêt général. 

À noter également la forte progression des listes citoyennes (plus de 700 listes citoyennes recensées au 1er tour), qui remportent près de 160 communes, soit plus du double par rapport au scrutin précédent, selon la coopérative Fréquence commune3, mais perdent une ville emblématique comme Poitiers. Cette progression est-elle révélatrice d’une simple défiance vis-à-vis des partis traditionnels ou d’une aspiration à plus de démocratie participative ? Là aussi, une analyse fine territoriale est nécessaire. 

Une présence institutionnelle qui se confirme

Du côté du RTES, la stabilité domine : 60 des 76 communes adhérentes n'ont pas connu d'alternance et devraient poursuivre leur engagement. Parmi les intercommunalités et métropoles membres, plusieurs ont d'ores et déjà désigné un vice-président en charge de l'ESS (par exemple à Rennes, Nantes, Lille ou encore Creuse Grand Sud), même si des disparitions sont à noter ( Métropole de Lyon). 

La présence de l'ESS dans les intitulés des délégations électorales est un signal fort. Cette visibilité de l’ESS dans l’organigramme politique est importante, à l’interne comme à l’externe de la collectivité (même si bien entendu de nombreuses collectivités ont des actions de soutien à l’ESS sans délégation spécifique). Michel Abhervé recense ce phénomène dans ses travaux4. On observe par ailleurs de nouvelles délégations ESS dans des territoires ruraux, comme les communautés de communes Picardie des Châteaux, Entre Beauce et Perche, Pays des Vans en Cévennes. 

Au terme du mandat qui s'achève, 438 collectivités — 284 communes et 154 intercommunalités — avaient désigné un élu en charge de l'ESS. 

Un nouveau mandat à construire 

Sous réserve des confirmations à venir, l'ESS sort renforcée de ces élections. Sa présence dans les organigrammes politiques gagne en visibilité, tandis que l'arrivée de listes citoyennes et d'élus porteurs d'une culture de l'ESS laisse entrevoir des façons de faire plus collaboratives et transversales. Un vaste chantier s'ouvre : repérer, animer et accompagner ces élus pour faire de ce mandat municipal un vrai laboratoire démocratique, écologique et social.

 

Le Labo de l’ESS tient à remercier Anne-Laure Federici et le RTES pour ce décryptage.

 

[1] Retrouvez notamment la recension des propositions des réseaux de l’ESS réalisée par ESS France en janvier 2026 : https://www.ess-france.org/municipales-2026-les-propositions-de-l-ess

[2] Retrouvez ce kit à cette adresse : https://www.rtes.fr/kit-municipaless-2026-du-rtes

[3] Voir la rétrospective proposée par Fréquence commune sur les listes citoyennes et participatives et leurs résultats aux municipales 2026 : https://www.frequencecommune.fr/municipales-2026-restrospectives/ 

[4] Voir les articles publiés sur le blog d’Alternatives Économiques : 

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