
Municipales 2026 : Le backlash écologique dans les médias contredit par la transition juste à l'œuvre dans les territoires
À l’occasion des élections municipales de 2026, le Collectif pour une Transition Citoyenne a lancé avec 90 organisations partenaires une campagne nationale visant à mobiliser les habitants et à interpeller les candidats autour d’un objectif commun : construire des communes plus écologiques, solidaires et démocratiques. Baptisée « Mairie-Me », cette initiative s’est appuyée sur plusieurs leviers complémentaires : une plateforme Mairie-Me.org permettant de recueillir les préoccupations citoyennes, un socle de 49 propositions concrètes co-construites avec les organisations partenaires et adaptables aux réalités de chaque territoire, des outils de mobilisation pour accompagner les associations et collectifs citoyens dans leurs actions de terrain.
Les élections municipales 2026 ont révélé une dynamique : celle d'une transition écologique juste déjà à l’œuvre dans les villes et territoires. Cette transition est portée autant par les élus que les habitants, qui s'efforcent à travailler main dans la main. Dans un contexte où la couverture médiatique des enjeux environnementaux n'a jamais été aussi faible1 et où certains récits réactionnaires tentent de délégitimer l’écologie, la solidarité et la démocratie, l’enjeu est désormais de protéger, renforcer et visibiliser cette dynamique.
De l'analyse et du bilan de notre campagne Mairie-Me nous tirons quatre enseignements. Côté mobilisation citoyenne, des collectifs citoyens ont créé localement des belles dynamiques pour pousser des plaidoyers auprès des listes candidates, en formulant des projets concrets qui répondent aux besoins des territoires, à partir d'une démarche de co-construction avec les habitants. Côté programme des listes, nous observons qu'ils contiennent pour une grande majorité des mesures pour l'écologie, et ce au-delà des clivages partisans, témoignant ainsi de réelles avancées dans la bataille culturelle. Ce constat doit toutefois être nuancé au regard du niveau d’ambition des propositions, notamment lorsqu’on les examine à l’aune de la transition juste.
Enseignement I - Alors que les élections ont été sous-médiatisés, les collectifs citoyens ont répondu présent
De Salon-de-Provence à Perros-Guirec, en passant par Nice, Marseille, Grenoble, Grignan, Saint-Étienne, Le Pays Basque, Le Mesnil-Saint-Denis, Le Gosier ou encore Nouméa... 90 collectifs ont mené une campagne Mairie-Me sur leur territoire, en hexagone comme dans les DROM-COM (cf. carte du Transiscope). Cette mobilisation s'est notamment appuyée sur l'engagement local de membres d'organisations partenaires telles qu'Alternatiba, Pas Sans Nous, Oxfam, Colibris, Villes et Territoires en Transition, France Nature Environnement, Terre de Liens, Les Amis de la Terre, Artisans du Monde, la FUB ou encore les Shifters. Leur implication témoigne de la réussite de la campagne à créer et renforcer des dynamiques collectives à l'échelle locale autour d'objectifs communs.
Les collectifs citoyens ont multiplié les formes de mobilisation pour replacer la parole des habitants au cœur des décisions locales : assemblées citoyennes2, actions coup de poing pour dénoncer l'opacité de certaines équipes municipales et exiger plus de transparence sur leur bilan3, vélorutions4, discussions de rue devant les supermarchés/déchèteries/commerces/écoles, nettoyages citoyens dans les quartiers prioritaires de la ville, tables rondes populaires... Autant de démarches qui ont permis de mobiliser les habitants à l'occasion du temps fort des élections, et d'ouvrir et nourrir le débat public sur une diversité de thématiques : démocratie, mobilité, pouvoir d'achat, vie locale, logement...
Enseignement II - La transition répond désormais d'abord aux besoins concrets des habitants
Un tournant s'est opéré : le plaidoyer porté tant par les organisations nationales que les collectifs citoyens dans les territoires a changé de cible. Jusqu'au mandat précédent les plaidoyers visaient à convaincre les élus qu'il était techniquement possible de mettre en place des politiques publiques de transition. Pour la campagne de 2026 les organisations et collectifs ont d'abord visé les habitants, pour leur montrer que la transition juste est souhaitable pour leur quotidien et doit partir de leurs vécus.
Démontrer que les politiques de transition répondent aux préoccupations du quotidien des habitants, c'est montrer qu'un aménagement cyclable sécurisé encourage un plus grand nombre à prendre son vélo et a ainsi un effet sur la santé des habitants de la commune, leur pouvoir d’achat et l’accessibilité. Qu'une cantine bio et locale soutient l’agriculture et la résilience du territoire. Qu'une école rénovée et végétalisée protège les enfants, réduit les consommations d’énergie et améliore le cadre de vie. Et ces arguments font mouche : quand des politiques de transition formulent des réponses concrètes à des attentes sur l'alimentation, la mobilité ou encore la santé, les habitants les soutiennent largement5 6.
« Les habitants des quartiers populaires attendent des candidats qu’ils s’engagent clairement pour une transition écologique et sociale. Ces politiques répondent à des besoins concrets : se loger, se déplacer, se nourrir. »
Daphné Chamard-Teirlinck, Responsable Transition Écologique Juste au Secours Catholique
La campagne Mairie-Me et de nombreuses autres portées par des organisations de l’ESS et de la société civile ont participé à structurer le débat local pour orienter les politiques publiques vers la reconnaissance des besoins du quotidien. Parmi ces campagnes, on peut citer l'accès à une alimentation digne avec une coalition rassemblée autour du Secours catholique, la préservation des terres agricoles avec Terre de Liens et Les Greniers d’Abondance, le soutien aux 700 listes citoyennes en lice avec Fréquence Commune, ou encore la lutte contre l’abstention avec A Voté.
Enseignement III - Pour répondre à leurs préoccupations, le plaidoyer doit être co-construit avec les habitants et depuis les besoins du territoire
Pour proposer des politiques publiques adaptées aux besoins des habitants, il faut dans un premier temps réaliser un travail de diagnostic territorial. Les collectifs citoyens ont dans des démarches "d'aller-vers" interrogé et écouté leurs concitoyens. La campagne Mairie-Me a outillé les collectifs pour structurer ces processus d’interpellation démocratique, notamment à travers une plateforme en ligne Mairie-Me.org. L'objectif : faire remonter les priorités des habitants, transformer des attentes diffuses en propositions concrètes, ouvrir des espaces de dialogue avec les candidats (et maintenant, élus) et enfin obtenir des engagements politiques. Parmi les propositions ayant recueilli le plus d’adhésion au global sur la plateforme figurent : la protection des terres agricoles pour garantir la souveraineté alimentaire ; la production et la consommation de sa propre énergie ; la rénovation des écoles pour la santé des enfants et un meilleur apprentissage... Chaque collectif a été invité à compléter les résultats issus de la plateforme par un travail de terrain auprès des habitants pour récolter leurs préoccupations, besoins et solutions pour leur commune.
A Alleins, une association locale déjà engagée sur la campagne initiée en 2020, a réalisé une consultation citoyenne pour identifier les mesures concrètes à prioriser pour le prochain mandat. Ayant déjà porté une démarche de coconstruction avec l'équipe municipale sortante, elle a su convaincre les deux listes candidates à s'engager à mener une autre façon de faire de la politique locale, "où transparence, participation citoyenne et respect des valeurs républicaines seront au cœur de l’action publique, dans le seul intérêt des habitants".7
A Grenoble, Alternatiba, association œuvrant sur la justice climatique, et Pas Sans Nous, association engagée auprès des quartiers populaires, ont coconstruit avec les habitants “six mesures fortes portant sur le mal-logement, la restauration collective, la transition énergétique, la mobilité, la participation citoyenne et l’inclusivité ; en ayant toujours la justice sociale et la démocratie comme priorités”. Douze listes se sont engagées sur leurs mesures dans dix communes de la métropole, et le collectif réfléchit à la construction d'un pacte métropolitain.8
Enseignement IV) De l'écologie dans tous les programmes, mais à quelle sauce ?
Les programmes des listes ont largement intégré des mesures pour l'écologie, au-delà des clivages partisans9. On peut se réjouir que cet enjeu soit devenu un incontournable au local tant pour les candidats - et par extension les élus10 - que pour les habitants. Le cadrage des "solutions locales pour un désordre global" est une victoire de la bataille culturelle que la société civile mène depuis des décennies. Certains thèmes comme la végétalisation, le bio à la cantine ou la participation citoyenne sont portés désormais par la gauche comme la droite11.
Cependant, insérer quelques mesures écologiques et démocratiques dans un programme ne créé pas le changement de système dont nous avons besoin. Cela peut venir renforcer les inégalités quand elles se font au détriment des plus défavorisés (comme la gentrification par la construction d'éco-quartiers par exemple12, et/ou constituer de simples opérations de greenwashing et de citizenwashing de la part d'élus cyniques.
Passer du plaidoyer au contre-pouvoir, et du contre-pouvoir à acteur du changement
Cette analyse montre que les municipales de 2026 ne sont pas seulement un moment électoral. Elle confirme l’existence d’un espace stratégique d’expérimentation démocratique, de mise en œuvre et de résistance. Pour accompagner et faire vivre cet espace démocratique nous identifions plusieurs défis.
Il s'agit tout d'abord d'accompagner les collectifs qui se sont emparés de ces temps électoraux. Leur première mission est d’aller à la rencontre des nouvelles équipes municipales afin de leur rappeler les engagements pris - ou de les inviter à s’en saisir - et d’obtenir une feuille de route claire pour les traduire en actions concrètes tout au long du mandat. Au-delà de cette première étape, la mobilisation et la pression citoyenne doivent s'inscrire dans la durée : suivre de près la mise en œuvre des engagements, interpeller les élus lorsque nécessaire et continuer à porter dans le débat public les mesures défendues pendant la campagne. En somme, faire vivre un contre-pouvoir citoyen capable de transformer les engagements électoraux en réalisations concrètes. Les collectifs sont également encouragés à se saisir eux-mêmes des mesures qu’ils ont défendues, sans attendre la municipalité. AMAP, épicerie solidaire, recyclerie, ligne de covoiturage, collectif d’énergie citoyenne, guide de la solidarité locale ... autant de projets qui peuvent être lancés directement par les habitants - en lien avec les partenaires de la campagne - pour répondre aux besoins du territoire et démontrer que le changement ne dépend pas uniquement de la bonne volonté des élus.
Deuxièmement, à moyen terme, nous devons ancrer nos nouvelles pratiques de plaidoyer qui visent à montrer que la transition juste a des co-bénéfices positifs pour nos vies quotidiennes, et ce encore plus auprès des personnes que nous touchons peu dans nos réseaux (géographiquement, socialement...). Les alliances que nous avons commencé à former avec des organisations sur des sujets spécifiques (féminisme, démocratie directe et d'interpellation...) et dans les territoires avec lesquels nous avions peu de liens (le rural, les quartiers populaires...) doivent continuer et se renforcer.
Enfin, à long terme, si les transformations à l'œuvre dans les territoires contredisent le discours de backlash écologique des médias, en tant qu'acteurs de la transition juste, nous devons continuer à nous engager sur le terrain des récits. Dans un contexte traversé par les discours anxiogènes et les tentations de repli, il devient essentiel de rendre visibles les expériences qui prouvent qu’une autre manière d’agir est déjà possible. Cela suppose de prendre position en faveur de la transition juste et de soutenir les espaces où habitants, associations et élus coopèrent pour construire, collectivement, des réponses aux besoins concrets des territoires.
Le Labo de l'ESS tient à remercier chaleureusement les équipes du CTC pour ce décryptage.
Sources :
https://www.amrf.fr/2025/11/20/lecologie-ca-se-vit-aussi-dans-les-campagnes-francaises/
https://theshiftproject.org/publications/resultats-grande-consultation-maires-elus-municipaux/
Crédit : Photo de Lucius Amberg sur Unsplash
