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Pierre Calame : perspectives pour le quinquennat 2012-2017

Impression ForumPublié le 14 mai 2012 

La publication en mars 2012 de l’ouvrage de Pierre Calame, "Sauvons la démocratie" remet la démocratie sur le devant de la scène dans son acception la plus élémentaire : le pouvoir donné au citoyen de choisir ses représentants. Au lendemain de l’élection présidentielle, Pierre Calame nous propose une synthèse actualisée de cet ouvrage.


Pierre Calame est un ancien haut fonctionnaire de l’Équipement, auteur de plusieurs essais sur le rôle et la place de l’État dans la société contemporaine ; il préside aujourd’hui le Conseil de Fondation Fondation Définition Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme.

EXTRAITS


La démocratie est en crise et l’intérêt porté à la campagne électorale en France ne peut la dissimuler :

1) Des citoyens, de plus en plus nombreux, sont conscients des interdépendances irréversibles entre les sociétés de la planète et entre l’humanité et la biosphère ; ils savent, malgré la tentation du repli sur soi pour retrouver la maîtrise de leur destinée, que ce repli est impossible, qu’il faut continuer à acheter de l’énergie, que les économies sont inter-reliées et qu’on ne peut pas les déconnecter par un coup de baguette magique. Ils savent aussi que rien ne justifie que, pour maintenir leur mode de vie actuel, les pays développés continuent à capter l’essentiel des ressources naturelles de la planète. Georges Bush en déclarant il y a 20 ans que le mode de vie américain n’était pas négociable a mis les USA dans l’impasse et la France n’a pas les moyens, de toutes façons, d’adopter cette posture. C’est donc sur la scène européenne et internationale que se joue notre avenir.

2) Ces citoyens sentent que nous devons nous engager dans une grande transition ; ils sentent que le socle éthique, politique, économique et identitaire qui s’est forgé il y a 2 ou 3 siècles et fonde notre représentation du monde, nos modes de pensée et notre cadre institutionnel ne correspond plus aux réalités et nécessités du 21e siècle. Mais le monde leur parait complexe. Sa compréhension semble exiger un si haut niveau d’expertise qu’ils ont du mal à concevoir ce que devrait être cette transition, avec qui et comment la conduire. Ce devrait être le rôle des dirigeants politiques de proposer un cap et une méthode, de susciter une vaste réflexion de la société sur elle-même. Or les citoyens ont le sentiment que les dirigeants politiques sont aussi démunis qu’eux pour penser la transition. La perte de confiance dans les dirigeants politiques tient au fait qu’ils ne sont pas jugés « à la hauteur » de leur mission.

3) Les citoyens savent que la transition implique des changements structurels, donc qu’elle sera longue et difficile ; on ne change pas par décret des systèmes de pensée et des systèmes institutionnels. Or le jeu politique (renforcé par l’élection du Président au suffrage universel et par la coïncidence des mandats législatifs et exécutifs) donne l’illusion que tous les cinq ansle choix d’un Président détermine la voie à suivre. Le « consensus » entre partis de gouvernement est presqu’un gros mot. Il est synonyme de compromission ou de pensée unique. D’où la contradiction entre engagement de changements structurels, laborieux et longs,et désir des candidats de présenter un programme et des politiques dont les résultats se verront avant la fin du mandat. D’où l’interrogation : et si la démocratie moderne était incapable de penser et d’agir à long terme ? C’est la porte ouverte à l’instauration de régimes autoritaires.

4) Un fossé s’est créé entre "démocratie formelle", démocratie occupationnelle et démocratie substantielle. La première, c’est le rituel électoral vécue comme une compétition sportive : attaque, riposte, coup d’éclat, rebondissement..., spectacle captivant mais sans réelle portée. La seconde, c’est la démocratie participative Démocratie participative Définition , appliquée à des sujets mineurs ou locaux pour donner aux gens le sentiment qu’ils ont encore prise sur quelque chose. Avec une « démocratie subtantielle » nous retrouverions la capacité à penser une communauté de valeurs et de destin -sens même du mot communauté- et à peser ensemble, aux bons niveaux, selon les bonnes méthodes, dans la bonne direction- pour orienter cette destinée. Mais elle reste à inventer.

Surmonter la crise implique de relever ces quatre défis. Voilà des propositions précises pour y parvenir. Elles reposent sur deux idées : la politique n’est pas une "shopping list" des choses à faire en 5 ans, c’est une éthique, une méthode et une vision ; les changements structurels à entreprendre sont identifiés et sont la colonne vertébrale d’un programme politique.

Sauvons la démocratie ! - Lettre ouverte aux femmes et hommes politiques de notre temps, Pierre Calame, ECLM, mars 2012.

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