Tribune
Publié le 17 mars 2016
Hugues Sibille

Hugues Sibille

Président du Labo de l'ESS

Choc Coopératif : aux actes, citoyens !

Le changement d’échelle de l’ESS est à la mode ; il est même le fil rouge de la Loi ESS de 2014. Hélas, ce terme s’use de manière préoccupante et ne doit pas prendre des allures de vœu pieux. Parlons en moins, faisons en plus ! Soyons des "faisoux" plus que des "disoux". Soyons dans l’opérationnel et développons des stratégies de filières.

Deux exemples récents, sur lesquels travaille le Labo de l’ESS, mettent la puce à l’oreille.

L’économie collaborative d’abord : les start up capitalistes vont nettement plus vite que nous, hélas. Pourquoi ? J’ai été le premier à dénoncer une certaine confusion entre économie coopérative et économie collaborative. Mais dénoncer ne suffira pas et ne nous mettra pas au cœur de la révolution digitale. Il faut susciter des entrepreneurs coopératifs, disposer de financements d’ingénierie, proposer des solutions d’investissement adaptées à ceux qui veulent aller vite et concilier Collaboratif et Coopératif. Nous en parlerons lors de notre soirée prospective du 29 Mars.

De même, pour la transition énergétique citoyenne. Le Labo a proposé de faire passer d’ici à 2030 à 15 % la part des énergies renouvelables contrôlées par les citoyens contre 1 % aujourd’hui. Les exemples allemands ou scandinaves montrent que ce n’est pas du rêve. Près de 1 000 coopératives productrices d’électricité renouvelable en Allemagne. Pourtant nous avançons à une vitesse qui ressemble à la tortue qui s’arrête pour contempler le paysage ! Alors que nous apprenons que les groupes électrogènes des centrales nucléaires françaises sont dans un état gravement vétuste. C’est maintenant qu’il faut concrétiser l’Accord de Paris, issu de la COP21.

L’habitat coopératif qui fait l’objet de ce Focus est un autre exemple de filière à potentiel de changement d’échelle. L’environnement est porteur. Les besoins de logement sont très importants. L’attrait pour un habitat inter-générationnel, la recherche de mixité sociale, les contraintes des coûts énergétiques... conduisent à innover dans la façon d’habiter et suscitent un vrai intérêt pour l’habitat participatif. Le cadre législatif, avec d’un côté la Loi ALUR qui définit l’habitat participatif et de l’autre la Loi ESS qui favorise les organisations coopératives, est un cadre favorable à un choc Coopératif dans le secteur du logement. Dans ce domaine aussi les exemples européens montrent que c’est possible. Le logement Coopératif représente 17% du total du parc en Suède et 20% en Suisse. En France on compte à ce stade 200 projets seulement. Pourquoi ?

D’abord des raisons culturelles. Les décideurs économiques et politiques ne croient pas spontanément à la forme coopérative. On l’a vu avec les Scic : il a fallu 10 ans pour que cette forme très innovante d’entreprise, multi-partenariale, commence à trouver droit de cité. Les Suisses qui utilisent la forme de coopérative de logement ne sont pourtant pas, à ce qu’on sache, des collectivistes forcenés !

Ensuite parce que les familles coopératives ne savent pas (ou ne veulent pas ?) se rassembler sur des stratégies de filières nouvelles et partagées. Enfin parce qu’effectivement, il reste des problèmes financiers non résolus dans la couverture des risques.  Mettons ces problèmes sur la table des banques coopératives et résolvons les, inscrivons le logement Coopératif dans le programme d’investissement d’avenir PIA 3, dialoguons avec la Caisse des Dépôts qui a une longue expérience de financement du logement social et se veut investisseur du temps long.

En définitive là où il y a des volontés, il y a des chemins.  Nous contenterons nous du poids des mots ou saurons nous passer au choc des actes ? Affirmons la volonté de faire passer l’ESS de 10 à 20 % du PNB dans les 20 ans qui viennent et faisons-le.

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