Tribune
Publié le 16 juin 2016
Hugues Sibille

Hugues Sibille

Président du Labo de l'ESS

Et l’emploi dans tout ça ?

Il y a des jours où il faut doubler sa dose de vitamines ESS pour ne pas perdre l’optimisme ! Ces jours ci par exemple. Un pays à moitié bloqué par une loi qui porte comme nom : « Travail ». Un beau titre, pour un sujet majeur. Donne-t-il lieu à un débat public de qualité sur les questions essentielles : comment sortir notre société du chômage, comment inventer de nouvelles formes d’emploi, que deviendra le travail dans une société digitale, comment conjuguer parcours professionnel et protection sociale ? Hélas non. Dans les foyers le débat qui devrait être "quel travail demain" finit en "y aura-t-il de l’essence pour ma voiture ? ». Ou « Pourrais-je prendre un train et l’Euro de football aura-t-il lieu".

Et pourtant. Les batailles de postures, l’incapacité chronique au dialogue social et à la co-construction occultent un aspect de la loi méritant intérêt car il est une innovation sociale répondant potentiellement à de vrais enjeux : le Compte Personnel d’Activité (CPA).

Le Labo de l’ESS a lancé un nouveau chantier intitulé "Nouvelles Formes d’Emploi". Quels sont ses premier constats : une augmentation subie de la précarité ; une montée du travail indépendant (auto entrepreneurs) ; une multiplication de la pluri-activité et de la multi-activité ; une croissance des forme hybrides d’emploi telles que le portage salarial, les entrepreneurs-salariés, l’intermittence du spectacle... Ces mouvements dont ne rendent pas compte les débats actuels sur "l’inversion des normes " de l’article 2 de la Loi Travail, s’inscrivent sur une toile de fond qu’il faudra finir par regarder en face dans notre vieux pays : la transformation numérique pousse à l’évolution des formes d’emplois, l’entreprise change et n’est plus le lieu physique du collectif de travail qu’il a été.

Face à ces constats, le Compte Personnel d’Activités a le mérite de chercher une réponse innovante, dépassant le stérile débat, "touche pas à mon code du travail" versus "cassons les protections sociales". Pour des parcours qui alternent de plus en plus des périodes d’emploi et de non emploi, de travail salarié et de travail indépendant, d’engagements civiques ou bénévoles, le CPA devrait permettre à chacun d’accumuler des droits tout au long de sa vie active et de les utiliser au moment où il en a besoin. Le CPA est un droit universel qui concerne tous les actifs quels que soient leur statuts successifs : salariés du privé, fonctionnaires, travailleurs indépendants, chômeurs. Ainsi d’une infirmière, successivement fonctionnaire à l’hôpital, salariée d’une clinique privée, chômeuse, puis infirmière libérale. Il intègre un compte personnel de formation, un compte personnel prévention de la pénibilité et un nouveau compte "engagement citoyen". Il permettra également aux créateurs ou repreneurs d’entreprises de se faire accompagner.

Nous disons : chiche ! Et nous travaillons au Labo de l’ESS (rejoignez-nous) pour aller plus loin et faire des propositions qui s’inspirent des valeurs et des expériences de l’ESS telles que les formidables coopératives d’activités et d’emplois (CAE). Nous appelons de nos vœux de véritables mutuelles de travail associées, qui conjuguent autrement quatre dimensions du travail : le contrat et le revenu qu’il induit ; la protection et les droits sociaux dont le CPA peut faire partie ; le collectif, valeur essentielle de l’ESS, qui est tant un collectif de travail qu’un collectif de négociation, et qu’il faut réinventer à l’heure digitale ; enfin le sens du travail, autre que "l’emploi à n’importe quel prix", pour remettre sur la table les notions de qualité du travail, d’équilibre vie professionnelle/vie privée, de meilleur articulation entre autonomie et subordination.

L’ESS doit faire entendre sa musique sur l’avenir du travail. Les risques que sous-tendent certaines formes d’ubérisation de la société incitent à aller vite. A l’automne le Labo, fabrique d’utopies réalistes, fera des propositions qui s’inspireront d’expérimentations de terrain. Pour nous, tenants d’une autre économie, la seule inversion de normes qui vaille est celle qui consiste à passer d’une société de chômage de masse à une société de plein emploi de qualité, dans laquelle chacun puisse se sentir utile au monde. Nous croyons à l’émancipation par le travail.

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