Le Labo de l’ESS est un think tank qui construit, par un travail collaboratif, des axes structurants de l’économie sociale et solidaire, à partir d’initiatives concrètes, innovantes et inspirantes issues des territoires.

Accueil > Le Labo de l’ESS > Présentation > L’histoire du Labo de l’ESS > Les Cahiers d’espérances > Visualiser les Cahiers

alimentation de qualité pour tous, pour un projet de territoire

Argumentaire

On pourrait partir de la seule logique gestionnaire (ou comptable) qui consisterait à mesurer les besoins quantitatifs pour en déduire les ressources à mobiliser face à ces besoins.

De fait une vision dominante veut que l’on évalue la précarité (ou la pauvreté) en fonction de critères monétaires, lesquels se traduisent par la définition d’un « seuil de pauvreté » : 50 % ou 60 % du revenu médian, ce qui concerne en France respectivement 6,1 % ou 12,4 % de la population. A ce niveau, on le sait les indicateurs sont dans le rouge. Une étude de la CRCOS (Comité Régional de Coordinnation de l’Observation Sociale) parue en 2006 notait qu’un bas normand sur huit était en dessous du seuil de pauvreté, parce que titulaire d’un minima social (RMI, ASS, AAH, API, minimum vieillesse), 1 salarié sur 5 perçoit par ailleurs un salaire inférieur au SMIC. On retrouve ces éléments et leur localisation territoriale dans les données SIG-ville. Or, à ce niveau de revenu, il faut noter que si l’accès aux soins est à minima reconnu au travers de la CMU et de la CMUC, c’est loin d’être le cas en ce qui concerne les dépenses d’alimentation . « L’élaboration d’un revenu minimum ainsi que la définition de son niveau financier ont fait l’objet d’enjeux politiques et sociaux (Paugam, 2002) qui ont conduit, en France, à tenir de côté une approche pragmatique partant de l’évaluation des besoins (logement, nourriture) pour favoriser le maintien d’un gradient d’inégalité qui se voudrait « incitatif », avec « une logique de statut, au sens où l’objectif est d’aider les plus démunis (…) sans toutefois conduire à une modification substantielle de la structure sociale existante ». (cf. étude Abena 2004-2005)

Du coup, alors que les situations durent –et aujourd’hui s’aggravent- tout est fait et pensé pour renvoyer aux personnes le sentiment d’une faute personnelle. Alors que la monotonie des aliments proposés dans le cadre de l’aide alimentaire est souvent soulignée, on va privilégier l’éducation nutritionnelle ou à la gestion des budgets. Les marges de manœuvre en dessous d’un certain revenu sont pourtant infimes… D’autre part ne sont pas prises en compte d’autres dimensions fondamentales de l’alimentation : Sa fonction de maintien et de renforcement du lien social au niveau de la collectivité et des groupes (ce qui suppose la reconnaissance des habitudes culturelles et des liens inter et trans-générationnels), son rôle dans le maintien de l’estime de soi et le sentiment d’identité.

Par ailleurs, lorsque l’on s’intéresse à ces questions, la tendance est de se focaliser sur la situation d’une personne (ou d’une famille) à un temps T, sans tenir compte de son parcours d’une part, de son environnement géographique d’autre part. Or les lieux d’habitation où les personnes en difficulté résident massivement sont aussi souvent des lieux où il n’y a ni commerce, ni marchés, etc..

Conditions du développement

Il peut être intéressant de reprendre le schéma du développement durable au carrefour de l’économique, du social et de l’écologie, en y ajoutant la reconnaissance de l’engagement des personnes et le concept de coresponsabilité. Situer les choses ainsi, c’est finalement remettre du politique (et non des politiques) dans ce qui pourrait du coup constituer un projet de territoire.

Si on retient que la définition de l’économie c’est « le mode de production et de répartition des biens et des services », l’idée c’est de mettre en perspective ces 2 pôles que sont les producteurs et les consommateurs, en partant du principe que les producteurs ont besoin de vivre de leur production et les consommateurs besoin d’accéder à cette production pour vivre.

Dans cette perspective, tout financement doit être considéré comme un investissement productif d’un point de vue humain, économique et du point de vue écologique et qui prend en compte l’évolution structurelle de notre société.

Si l’on prend comme question de départ la question suivante :

« Comment les producteurs peuvent-ils vivre de leur production et les consommateurs accéder à cette consommation pour vivre ? »

Cela donne le schéma de questionnements et de redéfinition des rôles des uns et des autres suivants (dans une logique de coresponsabilité et de reconnaissance de l’engagement des personnes) :

  • Considérer comme producteur toute personne ou structure produisant des biens ou des services

( Agriculteurs, ACI et plus largement structures de l’IAE, personnes privées et/ou collectifs dans le cadre de l’autoproduction quelque soit sa forme)

Les acteurs (Qui ?)

portée institutionnellement par la CAF du Calvados, le Centre Horticole du Londel et l’IRTS de Basse Normandie.

Présentation de l'initiative (Quoi ?)

Développer sur le territoire un ensemble d’actions coordonnées concernant l’alimentation en pensant les liens économiques entre consommateurs et producteurs mais en considérant aussi les consommateurs notamment ceux qui souffrent d’une situation économique difficile dans leur capacité à penser et à agir par eux même.

Synthèse de mon indignation en une seule phrase

assistanat, paupérisation, stigmatisation, rôle de l’alimentation sous estimée