Initiative inspirante
Publié le 11 octobre 2018

Avec les Repair Cafés : Apprenez à réparer vos objets gratuitement

Femme réparant un ordinateur
Mots clés
économie circulaire
développement durable

Si votre cafetière vient de vous claquer entre les mains, ne la jetez pas ! Il y a peut-être un Repair café qui s’organise près de chez vous. C’est l’occasion de diminuer votre impact environnemental et devinez...la plupart du temps, c’est gratuit. Calqués sur le modèle hollandais, né en 2009, il en existe aujourd’hui un peu partout dans le monde et notamment dans chaque région de France. AlbiLille, Colomiers, CannesMarseilleBordeaux : Le Labo de l’ESS s’est entretenu avec six d’entre eux.

« L’envie de réparer ensemble »

Réparer des objets qui ne fonctionnent plus en organisant des rendez-vous conviviaux, gratuits et accessibles à tous pour réduire l’impact environnemental de chacun. L’idée est simple et depuis 2009, elle fait le tour du monde. En France, on ne compte plus les Repair Cafés qui s’organisent, en général une fois par mois, grâce à des bénévoles qui partagent leur temps et leurs compétences pour « accompagner à la réparation, » explique Guénolé Lorinquer, secrétaire général du Repair Café de Marseille.

C’est avant tout « l’envie de réparer ensemble, » qui s’exprime durant ces rendez-vous, ajoute Christophe Goddon, salarié de la Maison Régional de l’Environnement et des Solidarités qui anime l’un des 25 Repair Cafés présents dans la métropole de Lille. Il ne s’agit pas de services de réparation, le format est participatif et sans garantie : chaque personne est impliquée pour que la réparation puisse se faire à quatre mains. « C’est un système d’entraide » et de sensibilisation, explique à son tour, Valérie Jakubowski, présidente du Repair Café de Bordeaux. Pour Soleiman Hatanian, président du Repair Café de Cannes, l’idée de départ consiste en effet à « sensibiliser les gens pour qu’ils réparent eux-mêmes, ou qu’ils achètent des objets davantage réparables. »

Homme réparant un appareil électronique

Une initiative de développement durable

Les Repair Cafés « figurent bien ce qu’est le développement durable, » souligne Christophe Goddon. Pour Laura Mainer, membre du Repair Café d’Albi, « ils parlent autant d’écologie, d’économie, d’autonomie que de sensibilisation à la consommation. On n’imaginait pas à quel point cette initiative fédérait tout ça. » Elle défend notamment l’écologie par l’action et « ce regard critique sur la consommation et la production actuelle. »

Cafetières, aspirateurs, téléphones, vêtements… « On lutte contre le fait de jeter des objets cassés, » affirme Guénolé Lorinquer. Un bon réflexe quand on sait que la production de déchets est estimée à 300Kg par personne et par an. A Cannes, par exemple, il y a « environ 60 % de taux de réparation sur l’année, » avec un impact environnemental de « 500 kg de déchets évités ». Du côté de Colomiers, on estime le poids des déchets évités à « deux tonnes, » avec un taux de réparation de 70%. Ainsi, si l’environnement peut représenter « la motivation principale » pour impulser cette initiative, pour les visiteurs en revanche, il s’agit souvent « d’un prétexte » à la dimension économique ou sociale, pense Benjamin Masdoua, président du projet à Colomiers.

Homme et femme travaillant sur un fauteuil roulant

Ces rendez-vous valorisent généralement des lieux associatifs et des quartiers populaires pour « proposer un maximum de services pour des personnes qui n’ont pas les moyens de faire autrement, » explique la présidente de Repair Café de Bordeaux. A Colomiers, par exemple, le projet est nomade. Il se déplace, durant l’année, dans toutes les maisons citoyennes de quartier et son président se souvient de cette dame qui, voyant que l’initiative était gratuite, est « descendue avec quatre objets de cuisine en panne ». Un besoin économique qui se fait ressentir partout et notamment à Lille : même si la conscience environnementale est de plus en plus présente, selon son président, c’est probablement la dimension économique « qui prime » pour les usagers.

Mais « les gens cherchent également du social. » Ces rendez-vous permettent de « remettre du lien entre les habitants, c’est un moment convivial pour les bénévoles et les bénéficiaires qui viennent ici, » insiste Laura Mainer. C’est sûrement pour cette raison que certaines personnes viennent à ces rendez-vous sans objet ou « avec un objet qui n’a même pas besoin d’être réparé » remarque Soleiman Hatanian. Comme le dit Guénolé Lorinquer, Ils viennent « pour passer un moment ». A Marseille, comme dans chaque Repair Café de France, les dimensions environnementale, économique et sociale sont donc totalement indissociables.

Homme et femme réparant une bouilloire

La dynamique est lancée

En quelques années d’existence, chaque Repair Café a pu remarquer une forte augmentation de sa fréquentation. A Lille, après « deux ans, on s’est retrouvé avec 80 personnes alors qu’on ne pouvait en accueillir qu’une cinquantaine au maximum, » explique Christophe Goddon. Alors, un système d’inscription a été mis en place, comme à Marseille ou dans d’autres endroits. Une solution parmi d’autres pour répondre au succès : A Colomiers, on cherche des locaux un peu plus grands et comme à Albi, on essaie d’essaimer au mieux cette initiative au niveau local.

Ce qui est sûr, c’est que la dynamique est lancée. A chaque échelon, la structuration s’organise. Lors de leurs ouvertures, les Repair Cafés adhérent, en général, à la fondation internationale du même nom. Elle leur donne le droit d’utiliser la charte graphique, le recensement sur la carte des Repair Cafés, un guide méthodologique et 35 euros de réduction sont offerts sur une trousse à outils. A l’échelle nationale, un réseau des Repair Cafés de France est également en cours de structuration, ajoute le président du Repair Café Marseille et membre du CA de cette nouvelle association. Et dans chaque région, les différents Repair Cafés sont également en contact les uns avec les autres. Avec cette initiative, « quelque chose s’est installé autour de la réparation, » affirme Laura Mainer avant de se souvenir d’une phrase : « la réparation, c’est aussi se réparer soi-même. »

Homme et femme réparant un four
Femmes réparant des vêtements
Homme et femme réparant une machine à café

Crédits photo : Repair café Lille, Bordeaux, Colomiers

Revenir à la page "Le Mag"
Pour aller plus loin

Tribune

Patrick Behm

Patrick Behm

Responsable du groupe de travail Transition énergétique et citoyenne au Labo de l’ESS

Ensemble, relevons le défi de la sobriété énergétique.

Nous y voici, au pied du mur. La démission de Nicolas Hulot fin août a éteint un espoir et mis en lumière l’incapacité...
Lire plus
economie circulaire
Field flap
Publié le 6 décembre 2018

Économie circulaire sociale et solidaire et sobriété énergétique : un travail commun pour une meilleure consommation

Quand on parle d’une consommation plus sobre énergétiquement, on pense souvent en premier lieu à notre consommation d...
Lire plus
L'établi
Field flap

Vous souhaitez soutenir le Labo de l'ESS ?

Accompagnez la construction de l’économie sociale et solidaire de demain en adhérant à notre think tank et à nos valeurs !

Adhérez