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Publié le 6 décembre 2018
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Économie circulaire sociale et solidaire et sobriété énergétique : un travail commun pour une meilleure consommation

Quand on parle d’une consommation plus sobre énergétiquement, on pense souvent en premier lieu à notre consommation d’énergie directement visible : les litres d’essence dans le réservoir de la voiture, les kilowattheures indiqués sur le compteur électrique… Mais notre consommation énergétique ne s’arrête pas là : il existe également un impact énergétique des biens de consommation, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à leur traitement en fin de vie, en passant par leur distribution ou leur utilisation ! Qui penserait que, du point de vue des émissions de carbone, acheter un écran de télévision de 40 pouces équivaut à un aller-retour Paris-Nice en avion ? Notre consommation de biens d’équipement est un véritable enjeu d’avenir pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre – et l’économie circulaire peut nous y aider dès aujourd’hui !

L’empreinte carbone de la vie de nos objets

Si « la sobriété est la diminution organisée et volontaire de nos consommations d’énergies »1 , y sont incluses également les consommations d’énergies qui permettent de fabriquer, vendre et faire fonctionner nos objets (y compris les objets qui ne contiendraient pas d’électronique, comme les vêtements, dont les étapes de vie comme le lavage, le séchage et le repassage sont autant de paramètres à prendre en compte dans l’évaluation de leur impact environnemental). La quantité de carbone émise par la consommation d’énergie et de matière première d’un bien est appelée «  empreinte carbone ». L’impact environnemental d’un bien ou d’une activité est, quant à lui, plus large : il comprend, en plus des émissions carbone, d’autres facteurs comme la pollution de l’air, des sols et de l’eau par exemple… L’empreinte carbone s’intéresse directement à l’émission de CO2 (dioxyde de carbone), qui est le principal gaz à effet de serre produit par l’homme – et qui contribue donc directement au dérèglement climatique.

Dans son rapport2 , l’ADEME parle également de « poids carbone », qui permet de dresser un bilan des matières utilisées et déplacées. L’idée de poids est particulièrement parlante et permet de se représenter la production et la vie des objets en termes d’énergies. Premièrement, selon l’infographie multimédia réalisée dans le cadre de cette étude3 , si on cumule le poids de tous les objets que nous avons chez nous, le poids global moyen est de 2,5 tonnes. Mais si l’on prend en compte le « poids caché » que représentent les matières premières extraites, exploitées et transportées pour fabriquer ces objets, cela représente 45 tonnes par foyer. Il ne s’agit pas ici d’évaluer l’énergie nécessaire pour la production de l’objet, mais du poids des matériaux mis en mouvement pour ce faire (par exemple, il faut sortir 200 kg de matières brutes de mines pour en extraire les quelques grammes de minerais nécessaires à la fabrication d’une puce électronique).

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Deuxièmement, il est également possible d’évaluer les émissions carbone directement liées à cette production et à la vie des objets : pour les 600 kgs d’objets qui se trouvent en moyenne dans un salon (télévision, chaîne hi-fi, canapé, etc.), ce sont en réalité 12 tonnes de « poids caché » en équivalent CO24.

Une télévision, par exemple, « pèse » 374 kg équivalent CO2 : près de 300 kg sont nécessaires pour la production des matières premières et la fabrication des composants, plus de 30 pour l’approvisionnement, la mise en forme et l’assemblage, 23 pour la distribution, et 41 pour l’utilisation (lorsque la télévision est sous tension). Le recyclage en fin de vie ne permet d’« alléger » le bilan que de 10 kg. Les appareils électroniques ont un poids carbone plus élevé que d’autres biens au niveau de la production des matières premières du fait de l’extraction nécessaire pour produire leurs composants.

Dès lors, chacun des biens de consommation que nous produisons et achetons a un impact carbone : moins cet objet sera renouvelé souvent, et moins son impact sera important5 Pour une consommation énergétique plus sobre, l’augmentation de la durabilité de nos biens d’équipement est donc un enjeu essentiel. L’économie circulaire, qui « regroupe un ensemble de pratiques […] visant à optimiser l’utilisation des matières et énergies  »6 local, apporte des solutions à ces enjeux : ses acteurs, dont les précurseurs sont des acteurs de l’ESS, s’y emploient au quotidien.

Faire vivre nos objets le plus longtemps possible : la place de l’ESS

La publication Sobriété énergétique du Labo de l’ESS propose des mesures concernant cette « sobriété matérielle » et analyse les enjeux importants : « Deux axes restent encore largement à développer. Le premier concerne l’augmentation de la durabilité des biens d’équipement, leur éco-conception et leur réutilisation. […] Le second axe vise « le partage des biens », qui permet de mutualiser des biens au poids carbone élevés et dont l’utilisation de chacun.e n’est qu’épisodique, comme une perceuse ou une tondeuse à gazon.

L’allongement de la vie de l’objet consiste à optimiser au maximum la durée d’utilisation entre la fabrication de celui-ci et son recyclage : utilisation et maintenance, réemploi (c’est-à-dire usage de la chose inchangée par une autre personne), réutilisation (usage de la chose, éventuellement modifiée, améliorée, customisée, pour un nouvel usage), réparation et upcycling (usage de matériaux issus d’objets en fin de vie pour en créer de nouveaux). Dans cet allongement de vie, la lutte contre l’obsolescence, notamment des produits électriques et électronique, est essentielle. Aujourd’hui, la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte de 2015 (LTECV) punit l’obsolescence programmée, qui est définie comme « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement.7 » L’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) a ainsi déposé la première plainte pour délit d’obsolescence programmée en 2017 contre des fabricants d’imprimantes.

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Le réemploi et la réparation des biens d’équipement ont été promus dès les années 1980 par des acteurs de l’économie sociale et solidaire : on peut penser à Envie8, qui commence en 1984 à collecter et réparer l’électroménager de la région de Strasbourg pour le revendre à petit prix, et qui regroupe aujourd’hui 50 structures d’insertion partout en France. On peut également penser aux groupes Emmaüs : 119 communautés et 46 structures d’insertion, qui collectent, réparent et remettent en vente des objets donnés. Les ressourceries, fédérées au sein d’un Réseau national, participent également à une nouvelle vie des objets apportés par des particuliers : 36% sont réemployés tels quels ou réutilisés après réparation, 56% sont recyclés «  en respectant la hiérarchie des déchets de la directive cadre européenne Déchets9. » Ces structures, malgré les différences de modèles, œuvrent à la fois en faveur de l’économie circulaire, de la solidarité et de l’emploi avec l’insertion par l’activité économique dont un certain nombre d’entre elles relèvent.

L’engagement citoyen dans l’économie circulaire : les valeurs de l’ESS

La seconde vie des objets par le réemploi et la réparation permet non seulement l’allongement de la vie des biens de consommation, et donc une empreinte carbone moindre de chaque objet, mais aussi leur partage, comme le préconise le rapport Sobriété énergétique. Le partage des biens peut passer par une circulation des biens de consommation entre citoyens, qui se défont des objets dont ils n’ont plus besoin : c’est sur ce principe que reposent les boîtes à don, qui «  permettent aux acteurs locaux d’échanger mais aussi d’agir activement pour la vie de leur quartier10  » , et les magasins gratuits, espaces libres de don et de récupération d’objets. Le partage des biens peut également se faire par la mutualisation ou le prêt d’objets : bricothèques de quartier où les habitants peuvent emprunter un outil comme ils emprunteraient un livre à la bibliothèque, buanderies collectives dans les immeubles pour mutualiser les machines à laver11 , mais aussi plateformes web comme Sharevoisins.

Autre aspect de l’engagement citoyen comme levier d’action en faveur de l’économie circulaire : la collaboration dans la réparation. Le réseau des Repair Cafés, dont le modèle vient des Pays-Bas, se développe partout en France : ces ateliers permettent aux citoyens de venir réparer leurs appareils électriques ou autres objets avec des réparateurs bénévoles. Environ 2 personnes sur 3 repartent avec leur objet réparé et prêt à être réutilisé. En plus de cela, elles ont appris à faire la réparation et développent ainsi de nouvelles compétences pour faire vivre leurs objets plus longtemps. La capacité d’auto-réparation et du faire-soi-même citoyen sont en effet centraux pour une sobriété matérielle. Des ateliers spécialisés d’auto-réparation (avec l’aide bénévole ou salariée de réparateurs aguerris) se développement également : par exemple pour la réparation de vélo, plus de 250 ateliers existent en France12, regroupés au sein de réseau L’Heureux Recyclage.

La collaboration des acteurs, structures de l’ESS, collectivités territoriales, entreprises hors ESS, et bien sûr citoyens, est donc un enjeu central pour réussir à atteindre une sobriété matérielle. Celle-ci est essentielle pour réduire l’empreinte écologique de notre consommation : un réfrigérateur « pèse » près de 350 kg équivalent CO2, l’ensemble des vêtements que possède une personne « pèse » en moyenne plus d’une tonne équivalent CO2… Non contentes d’être « écologiques », les solutions des acteurs sociaux et solidaires de l’économie circulaire sont aussi créatrices de lien social et elles permettent l’action citoyenne concrète.

Pour aller plus loin :

 

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  • 1. Selon Virage Energie, à lire : dossier « Sobriété énergétique – ou comment aller vers un modèle sociétal plus sobre en énergie et plus respectueux de l’environnement ? » http://www.appa.asso.fr/_docs/7/fckeditor/file/Revues/AirPur_Env_Sante/numero_09/PDF/APES_09_Dossier.pdf
  • 2. Modélisation et évaluation du poids carbone de produits de consommation et bien d’équipements, ADEME, septembre 2018
  • 3. http://multimedia.ademe.fr/infographies/infographie-poids-carbone/
  • 4. Le kg équivalent CO2 est l’unité de mesure utilisée dans les bilans carbone, qui mesure la quantité de gaz à effet de serre convertie en dioxyde de carbone.
  • 5. Pour une vision globale des différences entre appareils électroniques, électriques, habillement, ameublement, etc. : voir Modélisation et évaluation du poids carbone de produits de consommation et bien d’équipements, ADEME, septembre 2018.
  • 6. Institut de l’économie circulaire https://www.economiecirculaire.org/economie-circulaire/h/du-concept-a-la-pratique.html#page1:
  • 7. Article 99 https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexteArticle.do;?cidTexte=JORFTEXT000031044385&idArticle=LEGIARTI000031048105&dateTexte=vig&categorieLien=cid#LEGIARTI000031048105
  • 8. Voir www.lelabo-ess.org/sharevoisins-partager-ustensiles-appareils-et.html
  • 9. http://www.ressourcerie.fr/decouvrir-les-ressourceries/concept/
  • 10. « Boites à don, la solidarité au service de la citoyenneté », Pour la Solidarité http://www.ess-europe.eu/fr/bonnepratique/les-boites-dons-la-solidarite-au-service-de-la-citoyennete
  • 11. Deux dispositifs prônés par le rapport Sobriété énergétique pour développer la sobriété matérielle
  • 12. Une carte est disponible https://www.heureux-cyclage.org/les-ateliers-en-france.html
Pour aller plus loin

Tribune

Patrick Behm

Patrick Behm

Responsable du groupe de travail Transition énergétique et citoyenne au Labo de l’ESS

Ensemble, relevons le défi de la sobriété énergétique.

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